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Israël rouvre l’enquête sur l’explosion de 1982 au quartier général de Tsahal

Jusqu'à présent, l'explosion qui avait fait 91 morts à Tyr avait été attribuée à une fuite de gaz ; il semblerait, cependant, qu'il s'agissait d'un attentat-suicide du Hezbollah

Emanuel Fabian est le correspondant militaire du Times of Israël.

Des secouristes cherchant des survivants après une explosion au quartier général de l'armée israélienne dans la ville libanaise de Tyr, en 1982. (Crédit : Wikimedia Commons/Archives de l’armée israélienne)
Des secouristes cherchant des survivants après une explosion au quartier général de l'armée israélienne dans la ville libanaise de Tyr, en 1982. (Crédit : Wikimedia Commons/Archives de l’armée israélienne)

Les autorités israéliennes ont annoncé jeudi qu’elles allaient réexaminer les documents relatifs à l’explosion meurtrière survenue au quartier général de l’armée israélienne à Tyr pendant la première guerre du Liban, le 11 novembre 1982.

Dans une déclaration commune, les responsables de Tsahal, de l’agence de sécurité intérieure du Shin Bet et de la police israélienne, ont déclaré qu’une équipe conjointe serait créée pour examiner l’incident connu sous le nom de « premier attentat de Tyr ».

Officiellement, Israël a déclaré que l’explosion du 11 novembre 1982 s’était produite à la suite d’une fuite de gaz, bien que de nombreux médias aient suggéré qu’il s’agissait d’un attentat-suicide commis par le groupe terroriste chiite libanais du Hezbollah.

Le Hezbollah, soutenu par l’Iran, avait revendiqué la responsabilité de l’explosion, identifiant le kamikaze comme étant Ahmad Qasir, âgé de 17 ans. Un monument a été érigé en son honneur près de Baalbek, dans l’est du Liban.

Selon les autorités israéliennes, au moins 91 personnes sont mortes dans l’explosion, dont 75 soldats israéliens et plusieurs prisonniers libanais et palestiniens.

Les responsables ont déclaré que l’affaire était rouverte « par respect pour les personnes tombées au combat et au nom de la recherche de la vérité », alors que la semaine dernière marquait le 40e anniversaire de la tragédie.

La déclaration commune indique que l’équipe utilisera « des technologies modernes qui n’existaient pas à l’époque » pour enquêter sur les faits.

Les conséquences de l’attentat contre le quartier général de Tsahal à Tyr, au Liban, le 11 novembre 1982. (Crédit : Armée israélienne/Domaine public)

L’historien de l’agence d’espionnage du Mossad, Ronen Bergman, affirme dans un livre publié en 2007 sur la guerre de l’ombre entre Israël et l’Iran, que trois témoins ont vu une Peugeot, vraisemblablement conduite par Qasir, foncer sur le bâtiment du quartier général de Tsahal, quelques instants avant l’explosion.

Dans son livre, Bergman explique que les enquêteurs de la police militaire ont trouvé une jambe qui n’appartenait à aucune des victimes, ainsi que le moteur de la Peugeot enterré sous les décombres du bâtiment. Le moteur a été identifié comme provenant du Liban, et n’était pas utilisé par Tsahal.

En outre, Bergman a déclaré qu’une déclaration sous serment d’un membre du Shin Bet, qui servait au Liban à l’époque, indiquait qu’après l’explosion, il avait reçu un rapport détaillé des services de renseignement contenant une description complète des préparatifs du Hezbollah de l’attentat-suicide.

Ahmad Qasir (Crédit : Réseaux sociaux)

Toujours d’après la déclaration sous serment, les hauts gradés du Shin Bet auraient ordonné que le rapport soit jeté et qu’il ne soit plus jamais évoqué, selon Bergman.

Le ministre de la Défense, Benny Gantz, a salué jeudi la décision de relancer l’enquête, déclarant qu’il s’agissait d’un « message clair sur notre engagement envers les familles endeuillées ».

Le 4 novembre 1983, près d’un an après la première explosion, un autre attentat à la bombe similaire avait visé la base militaire de Tsahal à Tyr, tuant 28 Israéliens et 32 prisonniers libanais. Israël avait confirmé que la deuxième explosion était un attentat-suicide commis par le Hezbollah.

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