Israël se prépare à une deuxième journée de violences à la frontière de Gaza
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Israël se prépare à une deuxième journée de violences à la frontière de Gaza

La Journée de la Nakba devrait donner lieu à des affrontements entre des dizaines de milliers de Palestiniens et les soldats à Gaza, en Cisjordanie

Des émeutiers palestiniens pendant les affrontements avec les soldats israéliens à proximité de la frontière entre Gaza et Israël à Rafah, à Gaza, le 14 lmai 2018 (Crédit : Abed Rahim Khatib/Flash90)
Des émeutiers palestiniens pendant les affrontements avec les soldats israéliens à proximité de la frontière entre Gaza et Israël à Rafah, à Gaza, le 14 lmai 2018 (Crédit : Abed Rahim Khatib/Flash90)

Les forces israéliennes se préparent mardi à une deuxième journée consécutive de manifestations palestiniennes ainsi qu’à la possibilité de leur propagation, après des heures d’affrontements sanglants survenus lundi le long de la frontière avec Gaza qui ont fait au moins 58 morts et des milliers de blessés.

Mardi devrait être le point d’orgue de sept semaines de protestations à la clôture frontalière de la bande de Gaza, avec la crainte que des dizaines de milliers de Palestiniens ne prennent part à de vastes manifestations encouragées par le groupe terroriste du Hamas. Des rassemblements similaires sont attendus en Cisjordanie et peut-être sur la frontière avec le Liban alors que les Palestiniens célèbrent la commémoration annuelle du déplacement des Palestiniens arabes au cours de la guerre de 1948 contre Israël, que les Palestiniens désignent sous le nom de « catastrophe » ou Nakba.

Avant le mouvement de protestation de cette semaine, l’armée israélienne avait déployé deux brigades de combattants supplémentaires – approximativement 2 000 soldats – sur la frontière avec Gaza et une brigade supplémentaire en Cisjordanie.

Mardi matin, les habitants de la périphérie de Gaza n’avaient reçu aucune instruction particulière. Les écoles ont été ouvertes et les agriculteurs autorisés à aller travailler dans leurs champs. Les résidents ont été encouragés à mener leur vie quotidienne de manière habituelle, mais il leur a été demandé d’obéir à n’importe quel ordre émanant des autorités.

La journée de la Nakba est souvent ponctuée de mouvements de protestation et de manifestations dans les territoires palestiniens et le long des frontières israéliennes, mais ces rassemblements devraient être plus importants, cette année, dans un contexte de tensions autour de l’ouverture, lundi, de l’ambassade américaine à Jérusalem. La nuit de mardi pourrait également marquer le début du mois sacré du Ramadan, où les tensions sont souvent plus élevées.

Une majorité des deux millions d’habitants de la bande de Gaza sont des descendants de réfugiés et ce mouvement de protestation dans son ensemble a été nommé « la grande marche du retour » – vers les habitations perdues depuis longtemps sur le territoire devenu Israël. Les leaders du Hamas ont également déclaré que les marches et les manifestations avaient pour objectif de supprimer la frontière et de « libérer la Palestine ».

Israël a retiré ses soldats et ses civils unilatéralement de Gaza en 2005. Le Hamas, qui cherche à détruire Israël, a pris le contrôle de l’enclave côtière des mains de l’Autorité palestinienne deux ans après.

Lundi, environ 40 000 Palestiniens ont participé aux manifestations le long de la frontière qui ont connu leur apogée, et des milliers de plus se sont rassemblés à quelques centaines de mètres de la clôture frontalière, selon l’armée israélienne qui a accusé les dirigeants du Hamas d’être à la tête des violences.

Des manifestants palestiniens se rassemblent le long de la barrière frontalière entre la bande de Gaza et Israël, le 14 mai 2018. (JACK GUEZ/AFP)

Ces manifestations, à la veille de la journée de la Nakba, ont eu lieu alors que les Etats-Unis inauguraient leur nouvelle ambassade à Jérusalem, une initiative qui avait causé la fureur des Palestiniens et suscité de vives protestations de la part de la communauté internationale.

Pendant toute la journée, les manifestants à Gaza ont incendié des pneus, dégageant des nuages de fumée épais dans l’air et ils ont jeté des bombes artisanales et des pierres aux soldats israéliens positionnés de l’autre côté de la frontière.

Les militaires israéliens, critiqués par la communauté internationale pour un usage excessif de la force contre les manifestants, ont expliqué que le Hamas – groupe terroriste islamiste appelant à la destruction d’Israël – a tenté de jeter des bombes et de commettre des attentats à l’arme à feu sous couverture du mouvement de protestation. Ils ont diffusé une vidéo de Palestiniens détruisant des parties de la clôture frontalière faite en fil barbelé.

Des soldats israéliens marchent au milieu de la fumée d’un incendie dans un champ de blé près du kibboutz de Nahal Oz, le long de la frontière avec la bande de Gaza, causé par des incendiaires attachés à des cerfs-volants pilotés par des manifestants palestiniens de l’autre côté de la frontière. 14 mai 2018. (JACK GUEZ/AFP)

De nombreux incendies ont éclaté dans des champs agricoles à proximité, dans les communautés israéliennes, allumés par des cerfs-volants transportant des containers de combustibles en feu depuis Gaza vers le territoire israélien. Les pompiers ont été appelés et de nombreux agriculteurs n’ont pas attendu leur arrivée, tentant d’éteindre les feux eux-mêmes en labourant le sol autour des flammes pour neutraliser ces dernières.

Le ministère de la Santé de Gaza dirigé par le Hamas a indiqué que 58 Palestiniens avaient été tués et plus de 2700 personnes avaient été blessés lors de ces violences, le bilan meurtrier le plus élevé du conflit israélo-palestinien depuis la guerre de 2014 entre l’Etat juif et le Hamas à Gaza.

Les médias en hébreu ont fait savoir que dix des individus qui ont trouvé la mort étaient des membres de groupes terroristes.

L’armée israélienne a qualifié les affrontements de « sans précédent » en les comparant aux semaines passées.

« C’est sans précédent en termes de niveau de violence, si on les compare aux dernières semaines », a estimé le général de brigade Ronen Manelis, porte-parole, citant trois tentatives d’attaque des soldats israéliens par des hommes armés au cours des émeutes comme preuve de leur férocité.

Des manifestants palestiniens regardent les gaz lacrymogènes et la fumée s’élever des pneus en feu, à l’est de Gaza Ciry, le 14 mai 2018 (Crédit : Mohammed ABED/AFP)

Manelis a déclaré s’attendre à ce que le mouvement de protestation continue mardi et peut-être même encore quelques jours.

Ces violences ont entraîné des condamnations internationales contre l’Etat juif ainsi que des appels au calme dans la journée de lundi. Le Conseil de sécurité de l’ONU devrait discuter de ces morts lors d’une réunion d’urgence réclamée par le Koweït et qui aura lieu mardi, même si les Etats-Unis ont d’ores et déjà bloqué une résolution prônant la tenue d’une enquête indépendante et exprimant son « indignation ».

Avant les violences de lundi, l’armée israélienne avait lâché des prospectus sur Gaza, avertissant les Palestiniens de la nécessité de rester à l’écart de la clôture de sécurité séparant l’enclave côtière d’Israël, a indiqué l’armée.

Ces prospectus écrits en arabe disaient également aux résidents que le Hamas mettait en danger leur vie.

« Le Hamas tente de cacher ses nombreux échecs en mettant vos vies en péril », disaient encore les prospectus. « Et en même temps, le Hamas vole votre argent et l’utilise pour creuser des tunnels à votre détriment ».

Les militaires n’ont pas fait savoir s’ils adopteraient des modes d’action similaires mardi, et le niveau des violences reste indéterminé pour la journée même s’il y a eu des signes annonçant un recul des parties.

Le Hamas aurait envoyé des messages à Israël via des intermédiaires faisant savoir à l’Etat juif qu’il prévoyait de se retirer de son mouvement de protestation qui aura duré sept semaines et de changer le ton de ses manifestations, au cours desquelles il avait prévu de tenter d’ouvrir des brèches massives dans la clôture frontalière.

Des sources palestiniennes ont fait savoir au Times of Israel que le Hamas ne prévoyait pas de stopper le mouvement de protestation mais qu’il s’efforcera plutôt de continuer à l’observer, en se mettant un peu à l’écart.

Les soldats israéliens prennent position près de la frontière entre la bande de Gaza et Israël à l’est de la ville de Gaza le 14 mai 2018. (Thomas COEX/AFP)

Du côté israélien, des responsables auraient averti le Hamas que l’Etat juif reprendrait les assassinats des chefs du groupe terroriste si le mouvement continuait à organiser des affrontements sur la frontière israélienne.

Au même moment, le ministre de la Défense a annoncé la réouverture du carrefour de Kerem Shalom vers Gaza pour permettre à l’aide humanitaire et aux autres produits d’entrer dans l’enclave pour apaiser la pression mise sur les résidents de la bande.

Des craintes d’affrontements ailleurs

Il y a eu lundi des affrontements plus modestes en Cisjordanie. Plusieurs milliers de personnes se sont rassemblées dans le centre de Ramallah et des centaines d’autres ont marché vers le carrefour de Qalandiya, dans la banlieue de Jérusalem. Elles ont jeté des pierres aux soldats israéliens.

Des manifestants palestiniens affrontent les forces de sécurité israéliennes lors d’affrontements survenus aux abords du check-point de Hawara, au sud de la ville de Naplouse, en Cisjordanie, le 14 mai 2018 (Crédit : Nasser Ishtayeh/Flash90)

Les responsables de la sécurité craignent que les protestations ne prennent de l’ampleur mardi avec la journée de la Nakba, a expliqué la Dixième chaîne.

Ils ont également fait part de leur inquiétude de voir des manifestations le long de la frontière nord. Des manifestants libanais ont tenté de défiler à la frontière dans le passé.

En 2011, des protestations massives avaient vu des douzaines de personnes ouvrir des brèches dans la clôture séparant Israël du Liban et de la Syrie. Une douzaine de personnes avaient été tuées dans la mêlée qui avait suivi.

Judah Ari Gross et Avi Issacharoff ont contribué à cet article.

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