Israël se prépare à une riposte après avoir attaqué plusieurs cibles en Syrie
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Israël se prépare à une riposte après avoir attaqué plusieurs cibles en Syrie

L'armée a dit que les frappes ont été menées en représailles à un tir de roquettes et en coordination avec la Russie

Judah Ari Gross est le correspondant militaire du Times of Israël.

Un char Merkava israélien prend position à la frontière entre Israël et la Syrie, sur le plateau du Golan, le 20 juillet 2018. (AFP Photo/Jalaa Marey)
Un char Merkava israélien prend position à la frontière entre Israël et la Syrie, sur le plateau du Golan, le 20 juillet 2018. (AFP Photo/Jalaa Marey)

Mercredi matin, l’armée israélienne a déclaré qu’elle se préparait à d’éventuelles ripostes iraniennes après avoir mené des frappes aériennes nocturnes contre les forces al-Quds de la République islamique présentes en Syrie. Tous les scénarios sont envisagés, du calme total jusqu’à l’attaque de grande ampleur.

« Nous nous préparons aussi bien à nous défendre qu’à attaquer. Nous répondrons à toute tentative de riposte », a déclaré Hidai Zilberman, le porte-parole de l’armée, aux journalistes mercredi matin.

« Nous sommes prêts pour trois scénarios : aucune réponse, une réponse mineure et une réponse plus importante », a-t-il dit.

Des responsables politiques israéliens ont menacé l’Iran suite aux frappes. Le ministre de la Défense a déclaré que même les responsables à Téhéran n’étaient plus « immunisés ».

À part quelques renforts mineurs dans la défense aérienne, il n’y a pas eu de changements significatifs des déploiements de l’armée dans le nord d’Israël mercredi matin. Le Front du Commandement n’a pas imposé de mesures sécuritaires spécifiques aux résidents du nord du pays.

Les frappes ont eu lieu avant le lever du soleil. Elles ont ciblé des dizaines de sites militaires iraniens et syriens en réaction à une attaque de roquette dans le nord d’Israël qui a eu lieu la veille.

Des médias syriens ont rapporté que deux personnes avaient été tuées et d’autres blessées dans les frappes aériennes.

Des images vidéos semblaient montrer un missile tiré par la défense aérienne syrienne tomber dans une zone à forte densité de population, et cela peu après avoir été tiré, ce qui pourrait expliquer le nombre de victimes.

« Nous aurons une meilleure image de la situation dans la matinée », a déclaré Zilberman.

« L’attaque a été menée en réponse au tir de roquettes effectué par la force al-Quds iranienne depuis le territoire syrien », a déclaré l’armée dans un communiqué.

Israël a répété, à de nombreuses reprises, qu’il n’acceptera pas une implantation militaire iranienne en Syrie et qu’il ripostera à toute attaque sur l’Etat juif depuis le territoire syrien.

Zilberman a déclaré que l’armée israélienne avait ciblé aussi bien « l’hôte, la Syrie, que l’invité, l’Iran ».

On peut voir une grande explosion qui frappe Damas. Les images auraient été enregistrées dans la nuit de mardi à mercredi, le 20 novembre 2019. (Capture d’écran)

Israël a souvent conseillé au dictateur syrien Bachar al-Assad de ne pas intervenir lors des frappes israéliennes sur des cibles iraniennes dans son pays, ou sinon son armée serait également visée, comme cela a été le cas mercredi. Les cibles syriennes de la frappe incluaient des systèmes modernes de défense aérienne, opérationnels depuis une dizaine d’années, mais aussi des centres de commandement et des caches d’armes, a déclaré un porte-parole de l’armée.

Israël n’a pas ciblé les batteries syriennes de défense anti-aérienne S-300, de fabrication russe, à cause de la présence de soldats russes à proximité. On ne savait pas précisément si des S-300 avaient tiré sur l’aviation israélienne.

L’armée de l’air israélienne a également bombardé un centre de commandement iranien à l’aéroport international de Damas et des sites logistiques utilisés par l’Iran pour transporter des armes à travers le pays.

Israël a déclaré que la campagne aérienne avait été menée en coopération avec Moscou à travers la procédure visant à éviter les confrontations entre les deux pays. Cette procédure a été mise en place du fait de la forte présence russe militaire en Syrie.

Zilberman a dit que les cibles des frappes étaient toutes situées dans un rayon de 80 kilomètres de la frontière d’Israël. Les frappes étaient focalisées autour de Damas et du plateau du Golan syrien.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, à droite, et le ministre de la Défense Naftali Bennett, 2è à gauche, rencontrent des chefs militaires à Tel Aviv, le 12 novembre 2019. (Crédit : Haim Tzach/GPO)

« Les règles ont changé : quiconque tire sur Israël pendant la journée ne dormira pas la nuit. C’était le cas la semaine dernière et c’est le cas cette semaine », a déclaré le nouveau ministre de la Défense Naftali Bennett. Il faisait référence à l’assassinat ciblé de la semaine dernière du chef terroriste du Jihad islamique palestinien Baha Abu al-Ata dans sa maison à Gaza, qui a entraîné deux jours de conflit.

« Notre message aux responsables iraniens est simple : vous n’êtes plus immunisés. Dès que vous avancerez vos tentacules de pieuvre, nous les couperons », a ajouté Bennett.

Un officiel de haut rang de la Défense a déclaré aux journalistes qu’Israël pensait avoir tué et blessé un certain nombre d’Iraniens dans la frappe. Le responsable, qui s’est exprimé sous condition d’anonymat, a repris l’image de la pieuvre comme une métaphore pour les actions de l’Iran en Syrie, mais aussi la menace implicite de s’en prendre aux responsables iraniens.

« L’Iran est une pieuvre avec sa tête à Téhéran qui envoie ses tentacules autour de nous. Nous n’avons pas encore menacé Téhéran, mais nous commençons à nous rapprocher de la tête de la pieuvre. Nous avons frappé un bâtiment occupé par des Iraniens à l’aéroport de Damas. Nous estimons que des Iraniens ont été tués et blessés », a-t-il déclaré.

Il a ajouté qu’Israël avait détruit six batteries de défense aérienne syrienne, et aussi de nombreux bâtiments sur des bases militaires syriennes qui sont contrôlés par la force al-Quds des Gardiens de la Révolution islamique iranienne.

De son côté, le Premier ministre Benjamin Netanyahu a déclaré au sujet des frappes : « J’ai clairement fait savoir que nous attaquerons toute personne qui nous attaque. C’est ce que nous avons fait dans la nuit sur des cibles militaires iraniennes de la force al-Quds et des cibles militaires syriennes. »

Le président de Kakhol lavan, Benny Gantz, s’exprime lors de la conférence de l’ADL sur la cohésion sociale en Israël, à Lod près de Tel Aviv, le 5 novembre 2019. (Avshalom Shoshoni/Flash90)

Benny Gantz, le chef de Kakhol lavan, actuellement chargé de former un gouvernement et ancien chef d’Etat major de l’armée, a déclaré : « Tsahal a fait payer un prix cher aux cellules cancéreuses iraniennes en Syrie. Nous devons préserver et renforcer notre capacité de dissuasion sur tous les fronts. Même en cette période d’instabilité politique [en Israël], nous soutiendrons tout acte responsable du gouvernement qui vise à renforcer la sécurité des citoyens israéliens. »

Des images diffusées sur les réseaux sociaux et la télévision syrienne d’Etat montraient des explosions nocturnes à Damas et des tentatives syriennes d’intercepter des missiles israéliens en approche.

SANA, l’agence de presse officielle de Syrie, a cité une source militaire comme ayant déclaré : « À 1h20 du matin mercredi, des avions de combat israéliens ont ciblé la banlieue de la ville de Damas avec un certain nombre de missiles. Notre défense aérienne s’est opposée à l’attaque puissante et a intercepté les missiles hostiles. Nous avons pu détruire la plupart de ces missiles avant qu’ils ne frappent leurs cibles. »

Les autorités syriennes affirment régulièrement avoir détruit la majorité des missiles lancés dans de telles attaques, même si la véracité de telles affirmations peut être discutée. L’armée israélienne a reconnu avoir été ciblée par les défenses aériennes syriennes lors de l’attaque et a déclaré avoir détruit plusieurs batteries de missiles anti-aériennes en riposte.

SANA a ajouté que l’attaque avait été menée depuis des « territoires libanais et palestiniens ». Israël lance parfois ses frappes en Syrie depuis des avions survolant le Liban voisin.

La force al-Quds fait partie du corps des Gardiens de la Révolution iranienne responsable des opérations extérieures. Il s’agit d’un acteur clef en Syrie – à la fois contre les rebelles et dans l’effort de Téhéran de s’implanter le long de la frontière israélienne et d’y menacer l’Etat juif depuis cette position.

Tôt mardi matin, le système de défense anti-aérienne d’Israël a intercepté quatre roquettes tirées depuis la Syrie vers le plateau du Golan.

Le commandant des forces al-Quds des Gardiens de la Révolution islamique, Qassem Soleimani. (Crédit : YouTube/BBC Newsnight)

Peu après, des explosions ont été entendues à proximité de l’aéroport international de Damas, a déclaré l’agence de presse SANA. L’agence n’a pas donné de détails, mais son communiqué est intervenu peu après que l’armée israélienne a annoncé qu’elle avait intercepté des roquettes tirées depuis la Syrie.

Certains médias syriens ont formulé l’hypothèse que les explosions étaient dues à une frappe aérienne israélienne, alors que d’autres agences ont déclaré qu’il s’agissait du bruit des roquettes lancées sur Israël.

Les roquettes ont déclenché les sirènes d’alerte dans le nord du plateau du Golan et la région de Galilée à 4h52 du matin. Les habitants se sont précipités vers les abris anti-bombe.

La semaine dernière, des médias syriens officiels ont rapporté qu’une frappe israélienne avait frappé la maison d’un haut responsable du groupe terroriste du Jihad islamique palestinien à Damas, Akram al-Ajouri, tuant son fils et une autre personne. Le Jihad islamique a accusé Israël d’être à l’origine de la frappe à Damas. L’armée israélienne a refusé de commenter l’information.

Le même jour, une frappe israélienne a tué le commandant militaire du Jihad islamique Baha Abu Al-Ata, qu’Israël considérait comme responsable de récents tirs de roquettes sur son territoire, dans une frappe sur sa maison à Gaza. Environ 450 roquettes ont été tirées sur Israël depuis la bande de Gaza en représailles de l’opération militaire contre Abu Al-Ata, selon l’armée israélienne. À son tour, Tsahal a visé des cibles du Jihad islamique. Un cessez-le-feu entre Israël et le Jihad islamique a été obtenu après 50 heures d’affrontements, mais l’accord reste fragile.

Capture d’écran d’une vidéo montrant la livraison de missiles de défense S-300 russe en Syrie. (YouTube)

Israël a mené des centaines de frappes aériennes en Syrie contre des cibles iraniennes au cours des dernières années, mais n’a généralement pas commenté d’attaques spécifiques. L’Iran a des forces basées en Syrie, le voisin nord d’Israël, et soutien le Hezbollah et des groupes terroristes à Gaza.

En août, dans une rare annonce, l’armée israélienne a reconnu avoir ciblé des sites à Aqrabah, dans le sud-est de Damas, à proximité de l’aéroport de la ville. Les frappes visaient à empêcher ce qui devait être une attaque imminente de drone armés sur Israël. Des combattants soutenus par l’Iran avaient été chargés de mener l’attaque.

En janvier, Israël aurait mené une attaque de missile en plein jour sur des cibles iraniennes à l’aéroport. L’Iran a répondu en tirant un missile sol-sol sur le plateau du Golan, qui a été intercepté par le système de défense du Dôme de Fer au-dessus de la station de ski du Mont Hermon, selon l’armée.

L’équipe du Times of Israël et l’AFP ont contribué à cet article.

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