Israël/Palestiniens – Trump pourrait bien faire comme George W. Bush
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Analyse

Israël/Palestiniens – Trump pourrait bien faire comme George W. Bush

Cherchant à obtenir un ‘accord définitif’, le nouveau président n’est pas pressé de bouleverser la donne. S’il ne voit pas d’un mauvais œil la construction d’implantations israéliennes, il pourrait rapidement faire pression pour une solution à deux états

Raphael Ahren est le correspondant diplomatique du Times of Israël

Le président élu Donald Trump avant de prononcer son discours de victoire au Hilton de New York, le 9 novembre 2016 (Crédit : Joe Raedle / Getty Images via JTA)
Le président élu Donald Trump avant de prononcer son discours de victoire au Hilton de New York, le 9 novembre 2016 (Crédit : Joe Raedle / Getty Images via JTA)

Malgré les grandioses promesses électorales de Donald Trump, le nouveau président commence à faire entendre clairement qu’il ne va ni rapidement déplacer l’ambassade américaine de Tel Aviv vers Jérusalem ni donner à Israël une carte blanche absolue sur la question palestinienne.

Trump et ses conseillers en politique étrangère semblent plus enclins à reconnaître Jérusalem comme la capitale d’Israël que l’administration précédente. Evidemment, ils ne partagent pas la politique de « zéro construction » de Barack Obama qui condamnait Israël pour chaque logement construit en dehors des lignes d’avant 1967.

De fait, dans ses premières déclarations prudentes sur les implantations israéliennes, la Maison Blanche de Trump semblait soutenir une position sensiblement différente de la position constante de toutes les précédentes administrations américaines, à savoir que l’expansion des implantations constitue un obstacle à la paix et doit être arrêtée.

Et pourtant, la jubilation de la droite dure israélienne quant à la politique à venir de Trump sur Israël pourrait bien s’avérer exagérée.

« Si nous ne pensons pas que l’existence d’implantations soit un obstacle à la paix, la construction de nouvelles implantations ou l’expansion d’implantations déjà existantes au-delà de leurs limites actuelles n’aidera peut-être pas à parvenir à cet objectif », a déclaré mardi le porte-parole de la Maison Blanche, Sean Spicer.

La nouvelle administration « n’a pas pris de position officielle sur l’activité d’implantation, a-t-il souligné, ajoutant que Trump était impatient de discuter de la question avec le Premier ministre Benjamin Netanyahu lors de leur rencontre prévue le 15 février à Washington.

Certains conservateurs ont pris cette déclaration comme une victoire. Eugene Kontorovitch, professeur de droit international américano-israélien, et considéré à droite, a fait remarquer qu’il s’agissait « d’un émorme changement de politique » puisque les Etats-Unis « acceptent maintenant largement toutes les constructions à l’intérieur des implantations », y compris dans les communautés en Cisjordanie dans des implantations à l’écart.

Si la Maison Blanche ne va peut-être pas apporter son soutien aux nouvelles implantations, comme Netanyahu a promis de les construire cette semaine en compensation pour les habitants évacués de l’implantation d’Amona, la vaste majorité des constructions au-delà de la Ligne Verte a lieu dans les communautés déjà existantes, a expliqué Kontorovich.

Un homme brandit un drapeau israélien avant l'évacuation de l'avant-poste d'Amona, en Cisjordanie, le 1er février 2017. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)
Un homme brandit un drapeau israélien avant l’évacuation de l’avant-poste d’Amona, en Cisjordanie, le 1er février 2017. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

« Puisque toutes les implantations depuis 20 ans ont été construites dans les lignes existantes, et toutes les constructions prévues se trouvent dans les lignes existantes, c’est une autorisation très importante », a-t-il souligné.

Une telle confiance semble, au mieux, prématurée.

Malgré la promesse faite par Jérusalem de ne pas surprendre la Maison Blanche, l’annonce de cette semaine de la construction de 3 000 logements supplémentaires dans les implantations existantes et de plans pour la construction d’une implantation entièrement nouvelle n’a pas été coordonnée à l’avance avec l’administration américaine, a déclaré un haut responsable du bureau de Netanyahu au Times of Israël. Il reste maintenant à voir comment Trump s’exprimera sur les implantations une fois qu’il aura formulé une position claire fondée sur des discussions avec ses conseillers et ses interlocuteurs dans le monde arabe.

Beaucoup dépendra de la rencontre du 15 février du président avec Netanyahu à la Maison Blanche. Peut-être que le Premier ministre sera en mesure de convaincre Trump que c’est dans l’intérêt d’Israël de construire autant que possible sur l’ensemble de la Cisjordanie. Mais peut-être qu’il n’essaiera même pas d’en parler.

Il est possible que Netanyahu, qui se dit opposé à la solution à un état, expliquera à Trump que, dans une semaine au cours de laquelle son gouvernement de droite a dû détruire un avant-poste vieux de 20 ans à cause d’une décision de justice, il lui fallait autoriser une nouvelle construction importante ailleurs qu’en Cisjordanie.

Sa survie politique en dépendait, pourrait tenter d’expliquer le Premier ministre. Mais maintenant que la pression est retombée, il ralentira le rythme d’expansion des implantations, tout particulièrement en dehors des implantations, pour sauver l’option d’un futur Etat palestinien démilitarisé.

Trump autorisera probablement Israël à construire dans les implantations, et peut-être de temps en temps en dehors, et continuera à promettre de déplacer l’ambassade au moment opportun, comme l’ont dit les précédents présidents, sans le faire réellement.

Alors qu’il commence à discuter du conflit israélo-palestinien avec les dirigeants du monde et les diplomates au ministère américain des Affaires étrangères, le nouveau président pourrait bien finir par soutenir l’idée d’une solution à deux états, s’il ne l’a pas déjà fait.

Ehud Olmert et George W. Bush à la Maison blanche en mai 2006 (Crédit : Avi Ohayon/GPO/Flash 90)
Ehud Olmert et George W. Bush à la Maison blanche en mai 2006 (Crédit : Avi Ohayon/GPO/Flash 90)

Permettre à Israël de consolider des communautés que l’on pense généralement faire partie d’Israël dans n’importe quel accord de paix imaginable, tout en limitant l’expansion des implantations à l’écart, resterait dans le cadre des intentions déclarées par Trump pour obtenir un accord de paix palestinien.

Un accord israélo-palestinien « peut uniquement être négocié directement entre les deux parties », a affirmé la Maison Blanche après la discussion téléphonique entre Trump et Netanyahu dimanche dernier. Il est difficile d’imaginer les Etats-Unis essayant de relancer des accords de paix avec les Palestiniens tout en encourageant Israël, ne serait-ce par un consentement silencieux, à construire des implantations à travers la Cisjordanie. Alors que l’administration ne voit pas les implantations déjà existantes comme un obstacle à la paix, il y aurait des solutions pour les gérer dans un accord de paix final, Trump n’a jamais désavoué la solution à deux états.

Le manque de volonté de Trump de déplacer rapidement l’ambassade, avec la déclaration de son porte-parole affirmant que la Maison Blanche « consultera » le ministère des Affaires étrangères et d’autres « acteurs », probablement les dirigeants des états arabes, suggère que Trump pourrait biensôt s’aligner avec le reste de la communauté internationale en soutenant la solution à deux états.

Même certains dirigeants du mouvement des implantations comprennent que Trump ne fera peut-être pas tout ce qu’ils avaient espéré.

« Nous devons comprendre que les Etats-Unis ont des intérêts propres qui ne correspondent pas toujours avec nos propres intérêts », a déclaré Oded Revivi, le représentant en chef du Conseil Yesha, un groupe pour les communautés juives en Cisjordanie.

Oded Revivi (Autorisation d' Avi Hyman Communications)
Oded Revivi (Autorisation d’ Avi Hyman Communications)

Beaucoup de ceux qui conseillent le président sur les affaires du Moyen Orient, des personnes comme Jared Kushner, Jason Dov Greenblatt et David Friedman, connaissent l’histoire du conflit et sont très favorables à Israël et au mouvement des implantations.

« Si vous regardez la vice-président et certaines des membres du cabinet, ils sont tous des soutiens forts d’Israël, et certains ont fait de donations importantes pour des institutions en Judée et Samarie, a déclaré Revivi. Mais entre cela et l’adoption complète de la position [du mouvement des implantations] ou du gouvernement israélien, il y a une grande différence ».

Trump adoptera-t-il une nouvelle version de la lettre de 2004 de Bush ?

Trump est toujours prêt pour une surprise, alors les dirigeants israéliens feraient bien de se préparer à toutes les éventualités.

Le nouveau président continuera certainement de proclamer son soutien inébranlable à l’Etat juif, mais les responsables politiques à Jérusalem ne devraient pas être pris au dépourvu lorsqu’il annoncera soudainement son soutien à une solution à deux états et préconisera un gel de l’expansion de implantations en dehors des grands blocs d’implantations.

Dans la lignée de la lettre de 2014 de George W. Bush au Premier ministre de l’époque Ariel Sharon, Trump pourrait déclarer « qu’il n’est pas réaliste d’attendre que le statut final des négociations conduira un retour total et complet aux lignes de l’armistice de 1949 », une reconnaissance de facto que les blocs d’implantations resteront sous la souveraineté israélienne, tout en assurant, dans le même temps, que les Etats-Unis « soutiennent la création d’un Etat palestinien qui soit viable, contigu, souverain et indépendant ».

Ou alors, il pourrait, après qu’une tentative de relancer les accords de paix finisse inévitablement par échouer, être frustré, déplacer l’ambassade à Jérusalem et dire à Netanyahu de faire ce qu’il veut en Cisjordanie.

Pourtant, à en croire les déclarations prudentes des officiels de la Maison Blanche au cours des derniers jours, ce dernier scénario semble beaucoup moins probable.

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