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Jean-Claude Grumberg et la mémoire trouée de la Shoah

"Votre Maman", la pièce brève et forte mise en scène par Charles Tordjman file vers son issue terrible : la poursuite du devoir de mémoire - ou pas

Jean-Claude Grumberg (Crédit : capture d'écran)
Jean-Claude Grumberg (Crédit : capture d'écran)

Jean-Claude Grumberg, né en 1939, « voit le monde à travers la déportation » de ses parents, selon ses propres mots, et cette fois, c’est la mémoire de sa mère qu’il explore dans « Votre maman », au théâtre de l’Atelier à Paris.

« Votre maman », c’est la phrase que le personnel soignant utilise pour donner au visiteur des nouvelles du parent dans une maison de retraite ou un hôpital.

« Votre maman va bien aujourd’hui », « votre maman en a fait de belles » : qui n’a pas entendu cette apostrophe un peu condescendante en arrivant pour voir un proche.

La maman en question n’a plus toute sa tête, mais garde de la répartie.

Campée par la formidable Catherine Hiegel, elle ne s’en laisse pas conter et défend sa chambre contre ses voisines intrusives à grands coups de parapluie. On rit à ses frasques, avant que le sourire ne se fige, au fur et à mesure que la pièce file vers son sujet glaçant : les souvenirs épars de la Shoah qui remontent à la surface dans la mémoire trouée de la mère.

Vieille dame indigne, rebelle et fragile, Catherine Hiegel est bouleversante dans le rôle de la mère.

Lorsqu’elle passe la visite médicale, ce n’est pas un « vrai médecin » qu’elle voit dans le docteur Klein, mais le nazi en charge de sélectionner les déportés à l’arrivée dans le camp.

Catherine Hiegel à l'avant-première du film "Violette" en 2013 (Crédit : CC BY-SA 3.0)
Catherine Hiegel à l’avant-première du film « Violette » en 2013 (Crédit : CC BY-SA 3.0)

Et lorsqu’elle fugue, comme tant de personnes âgées frappées d’Alzheimer, c’est pour retrouver sa mère, qu’elle a laissée derrière elle, morte en chemin, pendant leur déportation.

Avec un décor unique de troncs d’arbres stylisés, la pièce brève et forte de Jean-Claude Grumberg mise en scène par Charles Tordjman file vers son issue terrible.

C’est le fils – Grumberg évidemment – qui en donne la conclusion en forme d’avertissement : « Et quand la dernière survivante aura rejoint les siens dans le ciel de Pologne, nous laissant seuls avec pour héritage sa chancelante mémoire, qu’en ferons-nous, nous orphelins »?

Pour prendre vos places : rdv sur le site de l’Atelier.

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