La charia plus importante que la République pour 38 % des musulmans – Sondage
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La charia plus importante que la République pour 38 % des musulmans – Sondage

L’étude révèle plusieurs disparités entre l’ensemble des français et ceux de confession musulmane

La Grande mosquée de Paris. Illustration. (Crédit : Wikimedia Commons)
La Grande mosquée de Paris. Illustration. (Crédit : Wikimedia Commons)

Un sondage Ifop pour le Comité Laïcité République publié la semaine dernière a révélé que 38 % des musulmans français estimaient que la charia était plus importante que la République. Le chiffre monte à 57 % (+ 10 points depuis 2016) chez les 15-24 ans.

Cette étude sur le « rapport des Français à la laïcité à l’heure de la lutte contre l’islamisme et la loi contre les séparatismes » a été rendue publique à l’occasion de la remise du Prix de la laïcité 2020 par le Comité Laïcité République (CLR). Elle a été menée auprès d’un échantillon de 2 034 personnes, représentatif de l’ensemble de la population vivant en France métropolitaine âgée de 15 ans et plus et d’un échantillon de 515 personnes, représentatif de la population de religion musulmane vivant en France métropolitaine âgée de 15 ans et plus.

L’étude révèle plusieurs disparités entre l’ensemble des français et ceux de confession musulmane.

Selon le sondage, 75 % des Français se définissant comme musulmans se déclarent favorables « au port de signes religieux ostensibles » – le chiffre tombe à 25 % auprès de l’ensemble des Français, sans tenir compte de leur appartenance religieuse.

Tandis que 85 % des Français se disent favorables à la loi de 2004 interdisant le port de signes religieux ou de tenues manifestant une appartenance religieuse dans les écoles, collèges et lycées publics, le chiffre tombe à 44 % chez les musulmans.

Alors que 88 % des Français soutiennent la loi de 2010 interdisant le port d’un voile intégral (burqa) couvrant le corps et le visage dans la rue et les espaces publics, 60 % des musulmans y sont favorables.

82 % des Français sont pour l’instauration de cours sur les valeurs de la République et la laïcité qui seraient sanctionnés par une épreuve obligatoire au brevet des collèges, et 61 % des musulmans.

Alors que les Français se disent peu favorables au port de signes religieux ostensibles dans les lieux publics, les musulmans soutiennent largement l’idée, ainsi que celle de l’instauration d’un jour férié pour les Juifs (Kippour) et les musulmans (l’Aïd-el-Kebir).

La disparité est forte également en ce qui concerne des lois qui autoriseraient les femmes à porter dans une piscine publique un maillot de bain couvrant la totalité de leur corps, une partie de leurs membres et de leur tête (burkini) et qui permettraient aux femmes à avoir droit à des horaires réservées dans les piscines municipales.

Interrogé par Le Point, Jean-Pierre Sakoun, président du CLR, affirme que l’étude offre néanmoins des raisons d’espérer.

« Comme l’ensemble des sondages qui se succèdent depuis une dizaine d’années, on se rend compte que l’écrasante majorité des Français sont favorables à la laïcité qui recueille plus de 88 % d’adhésion sur l’ensemble de la population. Cela signifie qu’en France, l’adhésion à la laïcité est massive », explique-t-il.

Au sujet du soutien de l’application de la charria par les jeunes musulmans, il déclare : « Il y a une vraie rupture, qui touche les jeunes en général. Les 15-24 ans sont moins sensibles à la nécessité de défendre des lois humaines. Il y a différentes manières d’analyser ce phénomène. On peut considérer que c’est la preuve du séparatisme à l’œuvre auprès des musulmans, ce à quoi je ne crois pas. Il faut au contraire considérer comme encourageant le fait que près de la moitié d’une population qui pratique une religion que l’on sait exigeante en matière de comportements se dit favorable à tout ce qui concerne la laïcité. Cela signifie que la mécanique française d’intégration, voire d’assimilation, j’ose le mot, est en marche. Je vois surtout dans cette affirmation de la supériorité des lois religieuses sur le temporel, la trace des forces qui travaillent les Français musulmans de l’intérieur comme le salafisme ou le frérisme, qui ne sont pas exactement des amis de la laïcité ou de la démocratie. »

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