La communauté juive française appelle à « un sursaut national »
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La communauté juive française appelle à « un sursaut national »

Le président du Crif a déploré la "libération et la banalisation de la haine antijuive" ; Joël Mergui évoque "un climat où la désinhibition des haines est de plus en plus patente"

  • Graffiti antisémite avec le mot "Juden" sur la vitrine du restaurant Bagelstein, à Paris, France, le 9 février 2019. (Capture d'écran : YouTube)
    Graffiti antisémite avec le mot "Juden" sur la vitrine du restaurant Bagelstein, à Paris, France, le 9 février 2019. (Capture d'écran : YouTube)
  • Le visage de Simone Veil taggué d'une croix gammée dans le 13e arrondissement, le 11 février 2019. (Crédit : JACQUES DEMARTHON / AFP)
    Le visage de Simone Veil taggué d'une croix gammée dans le 13e arrondissement, le 11 février 2019. (Crédit : JACQUES DEMARTHON / AFP)

La communauté juive en France a appelé à « un sursaut national » après la forte hausse du nombre des actes antisémites en 2018 dans ce pays et un week-end marqué par plusieurs cas de vandalisme, unanimement condamnés par la classe politique.

L’image de Simone Veil – une figure de la vie politique française et européenne, déportée à 15 ans dans le camp de concentration d’Auschwitz – a ainsi été barrée d’une croix gammée, un tag « Juden » (Juifs en allemand) a été tracé sur la vitrine d’un restaurant parisien et un arbre à la mémoire d’Ilan Halimi a été coupé. Ce jeune Juif -il était âgé de 23 ans- était mort après avoir été séquestré et torturé pendant plusieurs semaines en 2006 en banlieue parisienne.

Le président du Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif), Francis Kalifat, a exhorté à « un sursaut national », déplorant, auprès de l’AFP, la « libération et la banalisation de la haine antijuive ».

Joël Mergui, le président du Consistoire israélite de France, a quant à lui évoqué « un climat où la désinhibition des haines est de plus en plus patente ».

« La situation est ancienne », a noté Jean Veil, avocat et fils de Simone Veil. « Personne n’osait manifester son antisémitisme après la Guerre. Mais au fond, on sentait que la lèpre était toujours là ».

« Ces actes sont répugnants », a réagi mardi le Premier ministre Edouard Philippe, qui doit décerner dans la soirée le prix Ilan Halimi à la mémoire de ce jeune homme. « Je partage cette colère qui, je crois, est très largement partagée au sein du peuple français ».

Au cours de la Deuxième guerre mondiale, le régime de Vichy en France a activement collaboré avec l’occupant allemand. Il s’est notamment rendu responsable de rafles massives au sein de la population juive. Cette politique fit de 10 000 à 15 000 morts et 80 000 civils furent déportés.

Depuis la Shoah, ce pays a régulièrement connu les polémiques liées aux déclarations de personnalités négationnistes comme l’essayiste d’extrême droite Alain Soral, condamné à plusieurs reprises pour des propos antisémites.

Condamnation unanime

Lundi, le ministre français de l’Intérieur Christophe Castaner avait dénoncé un « poison », annonçant une hausse de 74 % du nombre des actes antisémites en 2018 : 541 contre 311 l’année précédente, a précisé le ministère.

183 « actions antisémites » – dont un homicide, celui de Mireille Knoll – et 358 menaces ont été recensées, selon un bilan du ministère rendu public mardi, qui traduit une forte poussée l’an dernier après deux années consécutives de repli.

Ce total reste toutefois inférieur au pic de 808 actes antisémites en 2015.

En mars 2012, le jihadiste Mohamed Merah avait tué par balle Imad Ibn Ziaten, Abel Chennouf et Mohamed Legouad, trois militaires, puis trois enfants et un enseignant juifs, Gabriel Sandler, Aryeh Sandler, Myriam Monsonégo et Jonathan Sandler à Toulouse et Montauban (sud-ouest).

Les portraits des sept victimes de Mohamed Merah pendant une cérémonie de commémoration organisée par le CRIF à Toulouse, le 19 mars 2014. (Crédit : Rémy Gabalda/AFP)

En janvier 2015, quatre Juifs, Yoav Hattab, Yohan Cohen, Francois-Michel Saada, Philippe Braham avaient été tués lors d’un attentat contre le magasin Hyper Cacher à Paris.

Les quatre victimes de l’Hyper Cacher, de gauche à droite : Yoav Hattab, Yohan Cohen, Francois-Michel Saada, Philippe Braham. (Crédit : autorisation)

Dans un rapport sur l’année 2017 publié en mai 2018, la Commission nationale consultative des droits de l’Homme (CNCDH) en France soulignait que les Juifs étaient l’une des minorités restant les « mieux acceptées dans l’opinion publique, malgré la persistance des préjugés antisémites traditionnels liant les Juifs à l’argent, au pouvoir et leur reprochant leur communautarisme ».

« La persistance » de ces « vieux préjugés » et « les violences dont ils sont victimes requièrent toutefois une extrême vigilance », relevait-elle.

Le bilan officiel annoncé mardi fait apparaître que les faits antimusulmans, au nombre de 100, sont quant à eux à leur plus faible niveau en France depuis 2010.

Le nombre des faits racistes et xénophobes hors actes antisémites et antimusulmans se sont pour leur part de nouveau repliés en 2018 (496, -4,2 %) après une décrue spectaculaire en 2017 (-14,8 %), note par ailleurs le ministère.

Le gouvernement français, par la voix de son porte-parole Benjamin Griveaux, a promis une réponse « pénale, judiciaire » forte. Il a lancé en mars 2018 un plan triennal de lutte contre l’antisémitisme et le racisme, qui prévoit notamment l’expérimentation d' »un réseau d’enquêteurs et de magistrats spécifiquement formés à la lutte contre les actes haineux ».

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