La démolition du domicile d’un Palestinien qui aurait tué un soldat annulée
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La démolition du domicile d’un Palestinien qui aurait tué un soldat annulée

La Cour suprême permet à l'armée de ne sceller qu'une seule pièce de l'appartement, prenant en compte l'épouse et les huit enfants du meurtrier d'Amit Ben-Ygal qui y vivent encore

Des soldats israéliens cherchent l'individu qui a lancé une brique sur le sergent Amit Ben-Ygal, le tuant, dans la village cisjordanien d'Yabed, le 13 mai 2020. (Crédit : armée israélienne)
Des soldats israéliens cherchent l'individu qui a lancé une brique sur le sergent Amit Ben-Ygal, le tuant, dans la village cisjordanien d'Yabed, le 13 mai 2020. (Crédit : armée israélienne)

Dans une décision qui n’a pas été prise à l’unanimité, la Haute cour de justice a annulé, lundi, la démolition prévue de l’habitation d’un Palestinien accusé d’avoir tué un soldat israélien au début de l’année en jetant une brique depuis le toit de son immeuble.

Les magistrats ont autorisé l’armée à sceller une pièce de l’appartement où vit Nazmi Abu Bakr, 49 ans. Abu Bakr a été accusé au mois de juin d’avoir tué le sergent de première classe Amit Ben-Yigal en lui jetant une brique alors que le soldat participait à une opération dans le village de Yabed, en Cisjordanie.

L’armée israélienne avait déjà commencé les préparations en vue de la destruction de la maison, amenant la famille d’Abu Bakr à déposer un appel contre cette décision.

Les juges Menachem Mazuz et George Karra ont estimé qu’il était nécessaire d’abandonner le projet de démolition, rappelant que l’épouse d’Abu Bakr et leurs huit enfants, sans lien avec l’attaque meurtrière, résidaient encore dans l’appartement. La magistrate Yael Willner s’est prononcée en faveur de l’exécution de l’ordre de démolition de manière à ce qu’il puisse atteindre son objectif, celui d’être un outil de dissuasion de futures agressions à l’encontre des forces israéliennes en Cisjordanie.

Le sergent de première classe Amit Ben-Yigal a été tué lorsqu’une pierre lui a été jetée à la tête lors d’un raid d’arrestation dans le village de Yabed, au nord de la Cisjordanie, le 12 mai 2020. (Crédit : réseaux sociaux)

Mazuz a écrit que « les dommages graves entraînés pour des membres innocents de la famille ne peuvent être ignorés – ceux à qui on ne peut attribuer aucune implication dans l’attaque ».

Kara, qui a partagé le même point de vue que Mazuz, a estimé que « la justice sera faite quand l’agresseur sera sanctionné. Mais les conséquences de ses actions ne peuvent retomber non plus sur ceux qui n’ont pas fauté ».

Willner, pour sa part, a cité « la gravité de cet acte… ses conséquences graves et meurtrières », ainsi que « l’usage de la structure lorsque l’attaque a été commise » pour soutenir le fait qu’à ses yeux, l’ordonnance de démolition était une sanction proportionnelle au crime.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a écrit en réponse sur Twitter que le jugement était « une triste décision de la Haute cour qui a refusé notre requête de détruire le logement du terroriste qui a tué le soldat Amit Ben-Yigal, qui était fils unique ».

« Je demande la tenue d’une audience supplémentaire en présence d’un panel élargi de juges », a continué Netanyahu. « Ma politique, en tant que Premier ministre, est de détruire les habitations des terroristes et j’ai bien l’intention de continuer à le faire. »

Le député du Likud Gideon Saar a pour sa part estimé sur Twitter que « l’Etat doit demander une audience supplémentaire au sujet d’une décision qui nuit à la dissuasion israélienne et à la guerre » contre ceux qui cherchent à détruire le pays.

« Ce n’est pas seulement sa maison », a écrit Saar. « C’est de là qu’il a agi et qu’il a commis le meurtre. »

Nazmi Abu Bakr, 49 ans, est soupçonné d’avoir lancé la pierre qui a tué le soldat israélien Amit Ben-Yigal. (Crédit : Shin Bet)

Saar a noté qu’il avait demandé à la Commission des Affaires étrangères et de la Défense à la Knesset, dont il est lui-même membre, d’organiser une réunion consacrée au sujet et que le panel se réunirait dans cet objectif jeudi.

Le parlementaire du Likud Avi Dichter a répondu que « la Haute cour vient de lancer une pierre énorme sur une composante importante de notre dissuasion antiterroriste ».

Dichter a vivement recommandé que l’habitation soit détruite « pour l’exemple ».

Jessica Montell, directrice du groupe d’aide juridique HaMoked qui avait déposé l’appel au nom de la famille d’Abu, a pour sa part salué le jugement, disant dans un communiqué qu’il a « sauvé une mère et huit enfants innocents, qui ne se retrouveront pas jetés à la rue ».

Montell a déploré que le tribunal n’ait pas statué que la politique de démolition de maisons en général s’apparentait à « une sanction collective invalide », d’une utilité douteuse en termes de dissuasion.

Le service de sécurité du Shin Bet a fait savoir le mois dernier que Nazmi Abu Bakr avait avoué être l’auteur du jet de brique ayant tué le soldat lors du raid en Cisjordanie. Il avait été arrêté avec plusieurs autres personnes qui se seraient trouvées dans le bâtiment à ce moment-là, et il avait reconnu les faits plusieurs semaines plus tard, selon l’agence de sécurité.

Le soldat avait été tué à l’aube du 12 mai, après une série d’arrestations réalisées par le bataillon de reconnaissance Golani à Yabed.

Selon l’enquête initiale effectuée par les militaires, à 4h30 du matin, alors que le bataillon sortait de Yabed, Ben-Ygal avait apparemment entendu un bruit provenant de l’un des toits, aux abords du village, et il avait levé les yeux.

C’est à ce moment-là, quand il exposait son visage, qu’un homme qui se trouvait sur le toit d’un immeuble de trois étage avait lancé une brique en la laissant tomber sur lui, avait précisé l’armée.

L’acte d’inculpation avait remarqué qu’Abu Bakr avait jeté la brique dans la direction des voix des soldats avec l’intention d’entraîner la mort.

Ben-Ygal avait été grièvement blessé. Il avait été soigné sur les lieux avant d’être évacué par hélicoptère au centre médical de Rambam, à Haïfa, où sa mort avait été prononcée.

Les démolitions de maisons sont une politique controversée qui, selon l’armée, aide à dissuader de futurs attentats terroristes. Au fil des années, un certain nombre de responsables de la Défense ont mis en doute l’efficacité de cette pratique et les activistes des droits de l’Homme ont évoqué une punition collective injuste. Elles sont souvent menées avant la condamnation finale de l’accusé.

Judah Ari Gross a contribué à cet article.

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