La Jordanie accusée par HRW d’expulser « sommairement » des réfugiés syriens
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La Jordanie accusée par HRW d’expulser « sommairement » des réfugiés syriens

Les autorités jordaniennes ont rejeté ce rapport, en arguant notamment que le retour de réfugiés syriens dans leur pays s'effectuait sur la base du "volontariat"

Les réfugiés syriens, bloqués entre les frontières jordaniennes et syriennes, qui attendent pour traverser en Jordanie, au passage de la frontière de Hadalat, à l'est de la capitale jordanienne Amman, le 14 janvier 2016 (Crédit : AFP / KHALIL Mazraani)
Les réfugiés syriens, bloqués entre les frontières jordaniennes et syriennes, qui attendent pour traverser en Jordanie, au passage de la frontière de Hadalat, à l'est de la capitale jordanienne Amman, le 14 janvier 2016 (Crédit : AFP / KHALIL Mazraani)

Human Rights Watch (HRW) a dénoncé lundi « le renvoi sommaire » par la Jordanie de « groupes » de réfugiés syriens dans leur pays en guerre, en dépit des risques qu’ils encourent.

« La Jordanie a expulsé collectivement des groupes de réfugiés (…) et ignoré les réelles menaces auxquelles font face ces personnes à leur retour en Syrie », a déploré le directeur de HRW pour les droits des réfugiés, Bill Frelick, dans un rapport rendu public lundi.

Selon l’organisation de défense des droits de l’Homme, les autorités jordaniennes ont expulsé mensuellement environ 400 réfugiés au cours des cinq premiers mois de l’année.

Les autorités jordaniennes ont aussitôt rejeté ce rapport, en arguant notamment que le retour de réfugiés syriens dans leur pays s’effectuait sur la base du « volontariat ».

HRW publie pour sa part le récit de familles de réfugiés, comme celle de Rouqiya, une mère âgée de 30 ans.

En mars, « ils nous ont tous expulsés vers la Syrie, moi, mon mari et mes trois enfants, sans nous donner de raison », a-t-elle raconté. Selon elle, ce retour forcé s’est fait alors que les Etats-Unis étudiaient son dossier pour une éventuelle relocalisation et les Jordaniens ne leur ont pas laissé la possibilité de déposer un recours lorsqu’ils les ont emmenés.

« Ils nous ont dit que nous ne serions pas déportés (…) et puis nous nous sommes retrouvés au poste-frontière en Syrie », a-t-elle relaté.

Par ailleurs, environ 500 autres réfugiés seraient revenus dans leur pays d’origine chaque mois « dans des circonstances peu claires », d’après l’ONG.

Appel aux autres pays

HRW souligne ainsi qu’au regard de son enquête de terrain, des membres d’une même famille décident souvent de rentrer en Syrie « volontairement » après l’expulsion du chef de famille.

Elle relève que ces renvois collectifs ont augmenté après les attaques subies par les forces de sécurité jordaniennes, notamment en 2016, revendiquées par le groupe jihadiste Etat islamique (EI). Mais l’ONG souligne que les autorités « n’ont fourni aucune preuve sur l’implication présumée des expulsés » dans ces agressions.

La Jordanie, voisine de la Syrie, accueille plus de 650 000 réfugiés syriens selon le Haut-Commissariat de l’ONU aux réfugiés (HCR). Ils sont 1,3 million, selon Amman.

HRW a appelé la Jordanie à cesser ces expulsions collectives, mais a aussi enjoint les autres pays « à généreusement aider » Amman pour accueillir ces personnes fuyant la guerre.

Dans une réaction à l’AFP, le ministre d’Etat à l’Information et porte-parole du gouvernement jordanien, Mohammed al-Momeni, a réfuté « les accusations contenues dans ce rapport ».

« Nous souhaitons que les organisations (internationales) traitent les questions en rapport avec la souveraineté (de l’Etat jordanien) avec plus de rigueur », a-t-il ajouté.

Le retour « volontaire » de ces réfugiés en Syrie s’effectue vers des secteurs « non touchés par le conflit », a insisté M. al-Momeni, en appelant en outre les organisations internationales à « faire pression sur d’autres pays pour accueillir des réfugiés » syriens.

Le conflit en Syrie a fait, depuis 2011, plus de 330.000 morts ainsi que des millions de réfugiés et déplacés.

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