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La justice militaire israélienne condamne une Espagnole à 13 mois de prison

Juana Rashmawi, condamnée pour détournement de fonds au profit du FPLP, a aussi été condamnée à 50 000 shekels d'amende

Juana Ruiz Sanchez Rishmawi, citoyenne espagnole mariée à un Palestinien, lors de sa condamnation à la prison d'Ofer près de Jérusalem, le 17 novembre 2021. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Juana Ruiz Sanchez Rishmawi, citoyenne espagnole mariée à un Palestinien, lors de sa condamnation à la prison d'Ofer près de Jérusalem, le 17 novembre 2021. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Un tribunal militaire israélien en Cisjordanie a condamné mercredi une femme hispano-palestinienne à 13 mois de prison pour détournement de fonds au profit d’un groupe terroriste palestinien, mais celle-ci pourrait être libérée prochainement après avoir en partie purgé sa peine selon son avocat.

En détention depuis avril, Juana Ruiz Sanchez Rishmawi a admis, selon les autorités israéliennes, avoir levé des fonds pour l’ONG palestinienne pour laquelle elle travaillait depuis 1993, « Health Work Committees », qui ont servi au Front de libération de la Palestine (FPLP), mouvement armé considéré comme terroriste par Israël, l’Union européenne et les États-Unis.

Mme Rashmawi, 63 ans, a été condamnée par le tribunal militaire d’Ofer près de la ville de Ramallah, à « 13 mois de prison et 50 000 shekels d’amende », a indiqué à l’AFP son avocat, Avigdor Feldman.

La sentence avait été proposée la semaine dernière par Juana Rashmawi elle-même dans le cadre d’un accord de négociation de peine, une procédure courante dans les tribunaux militaires israéliens en Cisjordanie.

Devant les journalistes, M. Feldman a assuré que sa cliente « n’était pas impliquée dans un transfert d’argent vers le FPLP. Elle travaillait pour une organisation de santé, elle apportait de l’argent à l’organisation de santé et elle ne savait pas que cet argent était transféré au FPLP ».

À la demande de l’avocat, le tribunal militaire israélien a publié une clarification : selon l’acte d’accusation contre elle, Ruiz n’appartenait pas au FPLP, et elle n’avait aucune connaissance directe du fait que les fonds qu’elle avait collectés avaient été transférés au groupe terroriste.

« La juge a mis les choses au clair. Mme Rashmawi a peut-être soupçonné qu’il y avait des liens entre le FPLP et son employeur, mais elle ne savait pas que des fonds étaient transférés au FPLP », a déclaré Me Feldman.

Juana Ruiz Sanchez Rishmawi, citoyenne espagnole mariée à un Palestinien, lors de sa condamnation à la prison d’Ofer près de Jérusalem, le 17 novembre 2021. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

« Alors que [Rishmawi] soupçonnait que l’organisation pour laquelle elle travaillait et collectait des sommes importantes était affiliée au FPLP, elle a continué à y travailler. Elle a continué à y travailler après que le groupe a été interdit par un décret juridique », avait écrit la juge militaire Eti Adar.

Détenue depuis avril, l’Espagnole pourrait être libérée d’ici deux semaines si les autorités pénitentiaires réduisent sa peine d’un tiers, pour bonne conduite ou en raison de l’absence de condamnations passées notamment, a expliqué Me Feldman.

La fille de Juana Rashmawi, Maria, a déclaré après l’audience qu’elle attendait depuis des mois qu’un jugement soit prononcé « car l’incertitude était angoissante et difficile à supporter ».

L’organisation Health Work Committees a été placée sur liste des organisations terroristes en janvier 2020, et Rishmawi et plusieurs autres individus liés au groupe ont été arrêtés peu de temps après.

Mi-octobre, le gouvernement israélien a également placé six ONG palestiniennes – dont Al-Haq, Addameer et l’Union of Agricultural Work Committees – sur sa liste des groupes terroristes en raison de liens supposés avec le FPLP, une désignation fustigée par Amnesty International, Human Rights Watch et des organisations israéliennes. Des diplomates étrangers ont également mis en doute les éléments censés prouver le caractère terroriste de ces organisations. Les téléphones portables de six membres de ces ONG avaient été auparavant infiltrés par le logiciel espion Pegasus de la société israélienne NSO, d’après des groupes de défense des droits humains.

Selon les autorités israéliennes, les Health Work Committees auraient transféré des millions de fonds provenant de gouvernements européens au FPLP. L’organisation à but non lucratif a toujours nié l’accusation et affirme chercher à apporter un meilleur accès aux soins aux Palestiniens, notamment en gérant un réseau de cliniques.

Le ministère israélien des Affaires étrangères a avancé que la négociation de plaidoyer de Ruiz début novembre était une preuve que le FPLP avait « exploité un réseau d’organisations ‘humanitaires’ dans le but de collecter des fonds dédiés au terrorisme » – bien que Rishmawi n’ait travaillé pour aucune des six organisations récemment interdites, mais pour un groupe différent.

« L’ensemble de la communauté internationale doit travailler avec Israël afin d’empêcher les organisations terroristes d’utiliser le vernis de la couverture civile », avait ajouté le ministre des Affaires étrangères Yair Lapid dans un communiqué.

Feldman a déclaré que Rishmawi exigerait des excuses formelles de Gantz et Lapid, qui, selon lui, ont exposé sa cliente à des poursuites judiciaires en sous-entendant publiquement qu’elle était membre d’un mouvement terroriste.

Le Front populaire de libération de la Palestine est résolument engagé dans la destruction d’Israël. Outre Israël, les États-Unis et l’Union européenne, entre autres, classent la faction comme groupe terroriste. Sa branche armée est responsable de nombreuses attaques commises contre des soldats et des civils israéliens, dont le massacre dans une synagogue de Jérusalem qui a fait 8 morts, dont les deux terroristes, en 2014.

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