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La Ligne verte représentée sur les cartes des écoles de Tel Aviv

La ville explique que la ligne montrant la Cisjordanie séparée enseigne la "réalité complexe" sur le terrain ; le ministère de l'Éducation rejette et condamne l'initiative

Une partie de la carte mise au point par la municipalité de Tel Aviv-Jaffa montrant la Ligne verte entre Israël et la Cisjordanie. (Crédit : Municipalité de Tel Aviv -Jaffa)
Une partie de la carte mise au point par la municipalité de Tel Aviv-Jaffa montrant la Ligne verte entre Israël et la Cisjordanie. (Crédit : Municipalité de Tel Aviv -Jaffa)

La municipalité de Tel Aviv-Jaffa aurait distribué une carte d’Israël dans les écoles de la ville séparant l’État juif et les territoires capturés en 1967, défiant un décret émis par le ministère de l’Éducation qui interdit les cartes montrant la Ligne verte.

Le maire de Tel Aviv, Ron Huldai, a promis que les cartes resteraient sur les murs des salles de classe de sa ville.

Selon un article publié mercredi par Haaretz, la carte a été produite par la municipalité qui a l’intention de les afficher dans les 2 000 salles de cours environ de la ville.

Sur la carte figure la ligne de cessez-le-feu de 1969 – elle est faite de points en rouge sombre – qui sépare Israël de la Cisjordanie, tandis qu’une ligne plus claire marque le plateau du Golan et Jérusalem, des secteurs saisis par Israël lors de la guerre des Six jours, en 1967 et que le pays a ultérieurement annexés.

La légende correspondant à la ligne rouge en pointillé est « Frontière de souveraineté ».

Un encart montrant les centres de population majeurs de la région comprend également une ligne de séparation avec la Cisjordanie. Un autre encart montre Tel Aviv spécifiquement, avec un grossissement optique au niveau des rues.

La barrière de sécurité à proximité de l’implantation de Beit Horon sur la Route 443 (Crédit : Kobi Gideon/Flash90)

Si Israël n’a jamais annexé la Cisjordanie, qui avait été capturée à la Jordanie lors de la guerre des Six jours, en 1967, le pays s’est efforcé d’intégrer le territoire par d’autres moyens, en élargissant ses lois et ses normes aux secteurs qui ne sont pas placés sous le contrôle de l’Autorité palestinienne. Les cartes officielles du gouvernement ne montrent pas la Ligne verte même s’il existe un réseau de checkpoints militaires et de barrières de sécurité qui, dans les faits, séparent Israël et la Cisjordanie sur le terrain.

« Il est important à nos yeux que les élèves apprennent les limites de la souveraineté israélienne et la réalité complexe qui est celle des secteurs où les citoyens juifs d’Israël vivent aux côtés des Arabes sous le contrôle de l’Autorité palestinienne », a écrit Huldai, le maire, dans un courrier adressé aux écoles, selon Haaretz.

La carte, a-t-il ajouté, peut être utilisée pour « des conversations historiques, géographiques, linguistiques – et même sur des sujets d’actualité, sur les alliances, les accords, les conflits, les problèmes politiques qui sont au cœur du discours public ».

Shai Alon, chef du conseil local de l’implantation de Beit El, a critiqué la carte, disant au site d’information Walla que l’initiative prise par la municipalité de Tel Aviv « est le produit de l’instabilité politique et de l’absence d’horizon politique » donné aux Palestiniens.

Un guide montre une carte d’Israël pendant une discussion pendant un randonnée à Ein Gedi, le 11 mai 2013. (Crédit : Sarah Schuman/ Flash90)

« Les parties variées… gèrent le conflit comme elles l’entendent et cela entraîne le chaos qui prévaut en ce qui concerne l’Autorité palestinienne », a-t-il ajouté.

De son côté, le ministère de l’Éducation a rejeté l’utilisation de la carte, disant dans un communiqué émis lundi qu’elle n’avait pas été approuvée à des fins éducatives et même pas « en tant qu’affiche à accrocher au mur ».

Elle a qualifié la carte « d’amateurisme » et elle a accusé la municipalité « d’usage tendancieux » de l’expression « frontière de souveraineté ».

Le ministère a souligné que la seule autorité approuvée concernant la production des cartes officielles était le département d’enquête et de cartographie Survey of Israel (SOI).

Les cartes installées dans les salles de classe sont habituellement fournies par les autorités locales et sont, en général, celles du département SOI. Celles qui sont réalisées par des entreprises privées ne montrent pas non plus la Ligne verte.

Le lancement de cette initiative contestée avait eu lieu il y a deux ans sous l’impulsion de l’adjoint au maire Chen Arieli et de la directrice de l’administration de l’éducation de la municipalité, Shirli Rimon.

Une carte accrochée dans une salle de classe de l’école primaire Gamla à Katzrin, sur le plateau du Golan, le 22 août 2022. (Crédit : Michael Giladi/Flash90)

« Au lieu de censurer la réalité, la carte permet le dialogue », a dit Arieli à Haaretz. « Nous ne pouvons pas forcer les écoles à utiliser la carte mais c’est notre devoir de permettre un débat à ce sujet. »

En 2007, le ministre de l’Éducation Yuli Tamar, issu du parti Travailliste, avait ordonné que les cartes affichées dans les écoles montrent la Ligue verte, entraînant les critiques de la droite. Toutefois, l’initiative n’avait pas été mise en œuvre avant que Gideon Saar, nationaliste opposé à la fondation d’un État palestinien, ne prenne le poste deux ans plus tard.

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