La majorité des Israéliens voient en l’UE un ennemi plutôt qu’un ami – sondage
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La majorité des Israéliens voient en l’UE un ennemi plutôt qu’un ami – sondage

La Russie est considérée comme le pays le plus important pour Israël après les Etats-Unis ; 41 % des Israéliens ne sont pas intéressés à se rendre dans un pays arabe

Raphael Ahren est le correspondant diplomatique du Times of Israël

Federica Mogherini, haute représentante de l'Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, lors d’une conférence de presse conjointe avant de présider une session du Comité international de liaison pour la Palestine (AHLC) à la Commission européenne, à Bruxelles, le 20 mars 2017 (AFP PHOTO / EMMANUEL DUNAND)
Federica Mogherini, haute représentante de l'Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, lors d’une conférence de presse conjointe avant de présider une session du Comité international de liaison pour la Palestine (AHLC) à la Commission européenne, à Bruxelles, le 20 mars 2017 (AFP PHOTO / EMMANUEL DUNAND)

Une majorité d’Israéliens considèrent que l’Union européenne (UE) est un adversaire d’Israël plutôt qu’un ami, selon un nouveau sondage commandé par un groupe de réflexion sur la politique étrangère publié lundi.

55 % des personnes interrogées considèrent que l’UE est « davantage un ennemi », tandis que 18 % la perçoivent « davantage comme un ami ». 27 % des personnes interrogées n’avaient pas d’avis sur la question.

Parmi les Juifs israéliens sondés, le clivage se creuse davantage : 61 % voient négativement le bloc des 28, tandis que 16 % le considèrent comme une entité amicale. Les Arabes israéliens sont divisés sur la question : 27 % des répondants disent que l’UE est « davantage un ami » et 25 % la considèrent « davantage un ennemi ». Près de la moitié des Arabes israéliens sondés étaient sans opinion.

Le sondage a été commandé par Mitvim, (The Israeli Institute for Regional Foreign Policies), un groupe de réflexion de gauche basé à Ramat Gan. Il a été mené sur un échantillon de la population adulte israélien, composé de 700 personnes, hommes et femmes, Juifs et arabes.

« Le sondage démontre la troublante tendance concernant les régions voisines », a expliqué Nimrod Goren, à la tête de Mitvim. « La plupart des gens considèrent que l’UE est un adversaire pour Israël, et non pas un ami, en dépit du fait que ce soit un partenaire politique, économique, civil et sécuritaire d’Israël. »

Emmanuele Giaufret, l’ambassadeur européen en Israël a déclaré que les relations entre Bruxelles et Jérusalem sont « excellentes » mais a reconnu que l’UE a mauvaise réputation en Israël.

« La perception et la réalité sont très éloignées : quand vous regardez les faits, la relation entre Israël et l’Union européenne est excellente », a-t-il déclaré au Times of Israël lundi.

« L’UE est le premier partenaire commercial d’Israël, la coopération bilatérale est très approfondie dans de nombreux domaines, comme les transports, l’industrie et l’agriculture, mais aussi la justice et les affaires intérieures. La coopération en matière de sécurité, de lutte anti-terroriste et d’antisémitisme est en cours et nous avons commencé les négociations pour intégrer Israël à Europol », a-t-il souligné, en référence à un accord sans précédent signé en juin entre la police israélienne et l’agence européenne de police criminelle.

« Le nombre de connexions historiques, politiques, économiques, sociales et culturelles entre Israël et l’UE est souvent oublié ou négligé. Les perceptions négatives sont probablement dues à des différences de politiques, qui parfois, éclipsent, dans le débat public, les nombreux domaines sur lesquels nous sommes alignés », a poursuivi Giaufret.

« Nous pouvons certainement en faire davantage pour gérer ces perceptions négatives, et pour mettre en évidence le fait que, dans la réalité, il y a une amitié importante et mutuellement bénéfique. »

L’ambassadeur de l’UE en Israël Emanuele Giaufret dans son bureau de Ramat Gan en décembre 2017 (Crédit : Ariel Zandberg)

Moins d’un quart des personnes sondées pour l’enquête de Mitvim (23 %) ont déclaré qu’Israël appartient davantage à l’Europe, tandis que 28 % estiment qu’Israël appartient au Moyen-Orient, et 22 % affirment que le pays appartient au bassin méditerranéen.

Interrogés sur les questions de politique étrangère qu’Israël devraient traiter en priorité, les personnes sondées ont répondu, pour beaucoup, que le conflit israélo-palestinien et les liens avec les pays arabes émergents devaient être en tête de liste (25 % pour chacune de ces problématiques), suivies de la lutte contre la délégitimation et les boycotts d’Israël (22 %) et l’amélioration des relations avec la Russie (20 %).

La menace iranienne arrive en cinquième position avec seulement 19 % des sondés qui la jugent assez importante pour être la priorité. Seuls 17 % estiment que le développement des liens avec l’Europe doit être une priorité pour la politique étrangère israélienne.

Les relations entre l’UE et Israël ont longtemps été marquées par des tensions, notamment parce que Bruxelles et Jérusalem divergent sur l’accord concernant le nucléaire iranien, le conflit israélo-palestinien et les implantations en Cisjordanie, entre autres sujets.

Benjamin Netanyahu aux côtés de Federica Mogherini à Bruxelles, le 11 décembre 2017 (Crédit : Avi Ohayon/GPO)

Selon le sondage, les Israéliens considèrent que la Russie est le « pays le plus important » après les Etats-Unis, suivis de l’Allemagne, de la Grande-Bretagne, de la Chine, de la France et de l’Egypte.

Une majorité d’Israéliens (70 %) pense qu’au sein de l’UE, Israël doit resserrer ses liens avec la Grande-Bretagne, la France et l’Allemagne. Seuls 7 % souhaiteraient voir leur gouvernement se rapprocher du groupe Visegrad, constitué de la Hongrie, la République tchèque, la Pologne et la Slovaquie.

Près de 70 % des personnes sondées pensent que la « coopération régionale entre Israël et les autres pays du Moyen Orient » est possible, et 19 % l’estiment impossible.

Interrogés sur les pays arabes qu’ils visiteraient s’ils avaient des relations « normales » avec Israël, 41 % d’entre eux n’étaient pas intéressés par l’idée de se rendre dans un pays arabe.

13 % ont dit vouloir se rendre aux Emirats arabes unis, 12 % en Egypte, 8 % en Jordanie et 6 % iraient au Liban ou en Arabie saoudite.

Miri Regev, au centre, visite la grande mosquée Sheikh Zayed à Abou Dhabi avec des responsables émiratis, le 29 octobre 2018 (Autorisation : Chen Kedem Maktoubi)

Israël entretient des relations diplomatiques officielles avec l’Egypte et la Jordanie, mais à l’échelle de la population, ces liens restent pour le moins frileux.

Ce sondage survient alors que la ministre de la Culture et des Sports Miri Regev s’est rendue pour la première fois aux Emirats arabes unis pour assister à une compétition internationale de judo. Pour la première fois, les athlètes israéliens ont été autorisés à afficher le drapeau national et l’hymne a résonné suite à la médaille d’or remporté par Sagi Muki.

Le sondage a également mis en évidence le fait que 60 % des Arabes israéliens estiment que la loi controversée sur l’Etat-nation aura un impact négatif sur la politique étrangère israélienne. Seuls 38 % des Israéliens sondés sont du même avis.

5 % des Arabes israéliens sondés et 13 % des Juifs sondés estiment que la loi aura un impact positif sur la politique étrangère israélienne.

L’enquête, que Mitvim réalise chaque année en partenariat avec la fondation allemande Friedrich-Ebert, a une marge d’erreur de 3,5 %.

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