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La Mostra s’achève sur un pied de nez de Jafar Panahi au pouvoir iranien

Un flashmob a réuni une centaine de personnes pour réclamer la libération des cinéastes détenus à travers le monde

Le réalisateur iranien Jafar Panahi lors d'une interview avec l'AFP à son domicile à Téhéran, le 3 septembre 2004. (Crédit : Atta KENARE / AFP)
Le réalisateur iranien Jafar Panahi lors d'une interview avec l'AFP à son domicile à Téhéran, le 3 septembre 2004. (Crédit : Atta KENARE / AFP)

La compétition de la 79e Mostra s’achève sur un pied de nez à la censure : récemment emprisonné, le réalisateur iranien Jafar Panahi a présenté vendredi son dernier opus, une mise en abyme de sa propre situation pour mieux dénoncer l’oppression.

L’artiste primé dans les plus grands festivals, empêché par son incarcération de venir défendre son film « No bears », en lice pour le Lion d’or, est omniprésent à l’écran dans un jeu de miroirs reflétant la complexité de sa situation : celle d’un créateur enfermé dans son propre pays.

La projection réservée à la presse a été saluée par une salve d’applaudissements, destinée autant au film, qui croise plusieurs intrigues, qu’au cinéaste de 62 ans, se mettant en scène dans son propre rôle, poursuivant son travail malgré les embûches et la tentation de fuir un pays où il est harcelé.

Le film le montre dirigeant depuis un village d’Iran des acteurs, réfugiés en Turquie de l’autre côté de la frontière, via une application de visioconférence.

Mina Khosravani, à gauche, et Reza Heydari, acceptent le prix spécial du jury au nom du réalisateur Jafar Panahi pour le film « No Bears » lors de la cérémonie de clôture de la 79e édition du Festival du film de Venise, en Italie, le samedi 10 septembre , 2022. (Crédit : AP/Domenico Stinellis)

Emprisonné en juillet après une condamnation pour « propagande contre le régime », Panahi a adressé la semaine dernière au festival une lettre co-signée avec son confrère Mohammad Rasoulof, lui aussi détenu, dans laquelle ils accusent Téhéran de considérer les cinéastes indépendants « comme des criminels ».

« L’histoire du cinéma iranien témoigne de la présence constante et active de réalisateurs indépendants qui ont lutté contre la censure et pour garantir la survie de cet art. Parmi ceux-ci, certains se voient interdire de tourner des films, d’autres ont été contraints à l’exil ou réduits à l’isolement », ont-ils dénoncé dans leur missive.

Leur compatriote Vahid Jalilvand, auteur du second film iranien en compétition à la Mostra et présent sur le Lido, leur a exprimé son soutien.

« Aucun artiste ou intellectuel ne devrait être en prison, que ce soit en Iran ou ailleurs dans le monde », a-t-il déclaré jeudi à l’AFP.

Le producteur iranien Farzad Pak, qui tient un téléphone dans lequel apparaît le réalisateur iranien Mohammad Rasoulof qui a reçu « l’Ours d’or du meilleur film », assiste à une conférence de presse après la cérémonie du 70e festival du film de Berlin, le 29 février 2020. (Crédit : John MACDOUGALL / AFP)

Alors que le pouvoir iranien et Panahi se livraient depuis des années à un subtil jeu du chat et de la souris qui permettait au cinéaste de continuer à tourner, la situation a pris un tour plus dramatique avec son incarcération.

Dans une tribune intitulée « Libérez Jafar ! », publiée vendredi, le directeur de la Mostra, Alberto Barbera, s’inquiète de son sort et craint « une dure punition » : « le régime s’est toujours opposé à lui de manière agressive et nous avons tous peur de ce qui va lui arriver ».

Une autre manifestation de soutien s’est tenue sur le tapis rouge du palais du cinéma juste avant la projection officielle du film dans l’après-midi : un flashmob a réuni une centaine de personnes, au premier rang desquelles Alberto Barbera, la présidente du jury Julianne Moore ou encore la réalisatrice française Audrey Diwan, vainqueure du Lion d’or l’an dernier et jurée cette année.

Les participants brandissaient des pancartes demandant la libération des cinéastes détenus à travers le monde, dont bien évidemment les réalisateurs iraniens, mais aussi la productrice birmane Ma Aeint et la journaliste et productrice turque Cigdem Mater.

Jafar Panahi, qui a débuté sa carrière comme assistant d’Abbas Kiarostami, a remporté le Lion d’or à Venise en 2000 pour « Le cercle » et le Prix du scénario à Cannes en 2018 avec « Trois Visages », trois ans après l’Ours d’Or à Berlin pour « Taxi Téhéran ».

Deux autres films en compétition ont été présentés vendredi aux festivaliers : « Les Miens » de Roschdy Zem, le plus personnel des six films que le réalisateur et acteur français de 56 ans a déjà signés, et « Chiara », fresque de l’Italienne Susanna Nicchiarelli sur la vie de sainte Claire, la compagne de route de saint François d’Assise que l’histoire a souvent reléguée dans l’ombre.

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