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La nouvelle Consule générale à Shanghaï sous le feu des critiques

Ghaida Rinawie Zoabi est mise en cause pour des propos tenus sur l'hymne israélien et sur l'État juif ; Netanyahu qualifie de "scandale" la désignation de la députée du Meretz

Ghaida Rinawie Zoabi. (Crédit : Meretz)
Ghaida Rinawie Zoabi. (Crédit : Meretz)

La députée du Meretz Ghaida Rinawie Zoabi, qui vient d’être désignée nouvelle consule-générale à Shangaï, en Chine, a déclaré mercredi qu’elle ne connaissait pas les paroles de l’hymne national israélien, ajoutant que ces paroles l’excluaient.

Alors qu’il lui était demandé au cours d’un entretien avec la station de radio Kan Bet ce qu’elle ferait quand l’hymne israélien, la Hatikvah, serait joué au cours des cérémonies officielles, Zoabi a répondu : « Je ne connais pas par cœur l’hymne – la phrase ‘âme juive’ m’en exclut ».

La Hatikva évoque « l’âme juive » rêvant de Sion.

Première femme arabe à être désignée à la tête d’une mission diplomatique, Zoabi a affirmé au micro de Kan que sa nomination était « une source de fierté pour toutes les femmes arabes du pays », ajoutant qu’elle était « la première à briser le plafond de verre, ce dont je suis très fière ».

Lundi, le ministre des Affaires étrangères Yair Lapid avait annoncé la désignation de Zoabi au poste de Consule générale à Shangaï, notant sa « riche expérience de gestion et un parcours diversifié et impressionnant en économie et en service public ».

Des législateurs issus de la coalition au pouvoir et de l’opposition ont critiqué le choix de Lapid.

L’ancien Premier ministre et leader actuel de l’opposition, Benjamin Netanyahu, a ainsi évoqué un « scandale ».

Le Premier ministre Naftali Bennett, à droite, parle avec le ministre des Affaires étrangères Yair Lapid lors d’une réunion du cabinet au bureau du Premier ministre à Jérusalem, le 5 décembre 2021. (Crédit : Gil Cohen-Magen/Pool via AP)

« Il est inconcevable que la personnalité qui va représenter Israël dans l’une des puissances mondiales les plus importantes soit une personnalité qui ne reconnaît pas Israël en tant qu’État juif et qui s’oppose à son hymne national », a-t-il écrit en hébreu dans une publication sur Twitter. « Je demande au gouvernement d’annuler dès aujourd’hui cette nomination ».

Interrogée sur cette réaction, la députée du Meretz a rappelé qu’elle avait prêté serment d’allégeance à l’État juif et démocratique d’Israël lors de son entrée à la Knesset, l’année dernière.

De son côté, le ministre des Communications Yoaz Hendel a lui aussi condamné avec force la désignation de Zoabi à son poste, mercredi, affirmant qu’une personnalité nourrissant des points de vue antisionistes ne devait pas représenter le pays sur la scène internationale.

« Il est inconcevable qu’une personnalité affichant un positionnement antisioniste, comme c’est son cas, puisse incarner le visage d’Israël dans un pays d’une telle importance », aurait dit Hendel, selon des propos relayés par la Douzième chaîne.

Le leader de l’opposition et chef du parti du Likud Benjamin Netanyahu lors de la Conférence des présidents des organisations juives américaines majeures à Jérusalem, le 22 février 2022. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Le parlementaire Bezalel Smotrich, qui dirige le parti Sionisme religieux d’extrême-droite, a fustigé Lapid pour sa décision.

« Ce gouvernement n’a aucune limite », a-t-il déclaré, accusant le gouvernement de « corruption politique » et de « corruption sioniste et morale ».

Autre son de cloche à la tribune des Nations unies où l’ambassadeur israélien à l’ONU, Gilad Erdan, a utilisé cette désignation pour rejeter les accusations « d’apartheid » qui ont pu être lancées à l’encontre de l’État juif.

« Est-ce qu’une personne saine d’esprit peut maintenant justifier l’association entre Israël et cette forme – la plus horrible – de discrimination ? », a-t-il dit dans un discours prononcé devant la session mensuelle du Conseil de sécurité consacrée au conflit israélo-palestinien.

Toutefois, certains ont mis en doute la motivation sous-jacente à la désignation de Zoabi, estimant que la décision de Lapid, une décision « gagnant-gagnant », avait été prise par souci de politique intérieure.

Zoabi a pu être une épine dans le pied de la coalition, une alliance qui ne bénéficie que d’une très mince majorité à la Knesset. La législatrice s’était notamment abstenue de voter à plusieurs occasions, torpillant d’importants projets de loi et notamment la législation récente portant sur le recrutement des ultra-orthodoxes au sein de l’armée.

« Lapid a pris cette décision pour augmenter les chances que l’accord de rotation soit honoré et pour réduire les risques jusque là », a commenté une source auprès du quotidien Haaretz, mardi, se référant à l’accord de coalition qui prévoit que Lapid deviendra Premier ministre après Naftali Bennett.

La députée Ghaida Rinawie Zoabi assiste à une réunion de la commission spéciale sur les affaires de la société arabe, à la Knesset, le parlement israélien à Jérusalem, le 21 juin 2021. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Interrogée sur le lien entre sa nomination et ses prises de position qui avaient pu mettre la coalition dans l’embarras, Zoabi a répondu : « M’auriez-vous posé la même question si j’avais été une femme juive ? »

La députée du Meretz a indiqué avoir fidèlement représenté la communauté arabe dans le cadre de son travail de politicienne. « Aujourd’hui, je vais fidèlement représenter la coopération économique entre la Chine et Israël. Je pense que l’impact sera fort ».

Elle a dit avoir la certitude que sa désignation à son nouveau rôle s’était basée sur ses compétences professionnelles et diplomatiques.

« J’ai l’opportunité d’influencer les liens économiques entre Israël et la Chine », a-t-elle déclaré, notant son expérience dans le secteur des finances en tant que diplômée en économie et en gestion à l’université d’Oxford, où elle avait fait des études dans le cadre d’un programme en 2019.

Elle a salué la coalition pour sa promotion de l’inclusivité et pour ses encouragements à l’égard des Arabes israéliens à poursuivre des carrières importantes.

« Je pense vraiment que cette coalition fait des choses bonnes pour la communauté arabe et pour la société israélienne dans son ensemble », a-t-elle affirmé, même si « elle peut paraître instable de l’extérieur parfois ».

Le Premier ministre israélien Naftali Bennett dirige la réunion du cabinet au bureau du Premier ministre à Jérusalem, le 13 février 2022. (Crédit : Amit Shabi/POOL via Flash90)

« Quand j’observe le ‘gouvernement du changement’, et ce n’est pas seulement un changement, je me rends compte que beaucoup de choses se sont produites… Notamment, il y a ce genre de nomination qui ne doit pas être considérée comme acquise – ce sont des nominations qui transmettent un message à la communauté arabe concernant l’inclusivité : ‘Vous aussi, vous pouvez faire partie du processus décisionnaire aux échelons les plus élevés’, » a-t-elle commenté.

Zoabi a noté espérer pouvoir apporter « son propre point de vue personnel » dans son nouveau rôle, ainsi que ses capacités à examiner les difficultés « dans le pays et dans le monde ».

Interrogée sur son positionnement à l’égard des persécutions des musulmans ouïghours par la Chine, Zoabi a dit que son rôle n’était pas politique. « C’est l’ambassade israélienne de Pékin qui gère les questions politiques », a-t-elle ajouté.

Évoquant un document qui examinait l’avenir des Arabes israéliens et qui ne reconnaissait pas Israël en tant qu’État juif, qui avait été co-écrit par Zoabi il y a plus d’une décennie, le journaliste a demandé à cette dernière si elle estimait toujours qu’Israël était « le résultat du colonialisme juif et sioniste » – comme l’affirmait le document mis en cause.

« Je crois que l’État d’Israël, dans son essence, peut être une véritable démocratie », a-t-elle répondu. « Je suis en désaccord avec de nombreux points figurant dans le document. »

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