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La photo d’une survivante prise à tort pour une ancienne nazie lors d’un procès

De nombreux médias ont publié la photo de Dita Sperling comme étant Irmgard Furchner ; Sperling, 99 ans, a témoigné dans le procès de cette ex-secrétaire d'un camp de la mort nazi

99-year-old Holocaust survivor Yehudit (Dita) Sperling, survivante de la Shoah, qui a témoigné dans le procès ouvert contre l'ancienne secrétaire du camp de concentration de Stutthof, Irmgard Furchner (Autorisation)
99-year-old Holocaust survivor Yehudit (Dita) Sperling, survivante de la Shoah, qui a témoigné dans le procès ouvert contre l'ancienne secrétaire du camp de concentration de Stutthof, Irmgard Furchner (Autorisation)

Une photo largement reprise dans les médias et qui prétend révéler les traits d’Irmgard Furchner, ancienne secrétaire d’un camp nazi dont le procès se déroule actuellement en Allemagne, montre en fait une survivante du camp âgée de 99 ans qui a par ailleurs témoigné contre Furchner.

Yehudit (Dita) Sperling est l’une des survivantes – ils sont plusieurs – à avoir témoigné dans le cadre du procès contre Furchner, qui doit répondre de complicité dans le meurtre de plus de 10 000 personnes au sein du camp de concentration de Stutthof, en Pologne.

Mais dans le cadre d’une confusion cruelle, de nombreux médias du monde entier ont utilisé de manière erronée une photo de Sperling pour présenter Furchner. Vendredi, le Daily Mail, dont la circulation est importante au Royaume-Uni, a ainsi utilisé ce cliché montrant Sperling avec le titre : « La ‘secrétaire du diable’ nazie de 96 ans rattrapée alors qu’elle était en cavale ».

Des proches de Sperling ont indiqué qu’ils étaient en train de tenter d’entrer en contact avec les médias qui ont utilisé la photo de façon erronée pour corriger l’erreur (Le Times of Israel avait aussi intégré un Tweet montrant le mauvais cliché, qui a été supprimé lorsque les parents de Dita Sperling se sont manifestés. Une note de correction a été rajoutée).

Sperling, originaire de Kovno, une ville lituanienne connue dorénavant sous le nom de Kaunas, avait été déportée à Stutthof aux côtés de sa mère en date du 19 juillet 1944 après l’exécution pour collaboration avec les partisans de son premier mari, Yehuda Zupovich, qui était un policier juif dans le ghetto de Kovno.

Sperling, qui vit dorénavant à Tel Aviv, devait recevoir la croix lituanienne après avoir sauvé la vie d’un enfant juif pendant la Shoah au cours d’une cérémonie qui avait été organisée à l’ambassade lituanienne en Israël en 2013.

L’avocat de Sperling, Onur Özata – qui représente également un autre survivant de Stutthof – a confié au journal allemand Bild que présenter des preuves contre Furchner, qui a maintenant 96 ans, était une mission historique importante.

Le chef-adjoint de la police Yehuda Zupovich pose avec son épouse Dita dans leur appartement du ghetto de Kovno, deux semaines avant son arrestation. Crédit : United States Holocaust Memorial Museum, autorisation de Yehudit Katz Sperling)

« Cette procédure judiciaire revêt une importance particulière aux yeux de mes clients. Il ne s’agit pas de vengeance pour eux. Ils veulent que la responsabilité criminelle d’un grand nombre de personnes qui ont aidé à la Shoah ou qui en ont été complices soit établie », a dit Özata.

Furchner a été replacée en détention jeudi après avoir passé plusieurs heures en cavale, tentant de fuir son procès.

Le tribunal de la ville d’Itzehoe a ordonné que la nonagénaire reste incarcérée jusqu’à la reprise des audiences, le 19 octobre.

L’une des premières femmes à être poursuivie pour des crimes commis sous le Troisième Reich depuis plusieurs décennies, Furchner doit répondre du rôle qu’elle a tenu au camp de concentration de Stutthof, en Pologne, où elle était secrétaire du commandant du camp alors qu’elle était encore adolescente.

Elle ne s’est pas présentée lors de l’audience d’ouverture de son procès, dans la journée de jeudi, mais elle a été appréhendée plusieurs heures plus tard.

Furchner avait quitté sa maison de retraite située à proximité de Hambourg et elle avait pris un taxi jusqu’à une station de métro, avait expliqué la porte-parole de la Cour, Frederike Milhoffer.

L’avocat Christoph Rueckel, qui défend des survivants de la Shoah, a fait savoir que Furchner avait écrit au tribunal il y a environ trois semaines, faisant part aux magistrats de son intention de ne pas venir au procès qui serait « dégradant » pour elle.

« Si on garde le silence dans un tel procès, si l’on ne s’y présente même pas, c’est plutôt choquant pour les survivants parce qu’après tant d’années passées, on pourrait penser qu’il y a eu un retour à la raison », a-t-il commenté.

Les procureurs accusent Furchner d’avoir contribué à l’assassinat systématique des détenus de Stutthof, où elle avait travaillé au bureau du commandant du camp, Paul Werner Hoppe, entre le mois de juin 1943 et le mois d’avril 1945.

Le procès se déroule devant une Cour pour mineurs dans la mesure où l’accusée était âgée de 18 et de 19 ans à l’époque.

Près de 65 000 personnes étaient mortes dans le camp, qui n’est pas très éloigné de la ville de Gdansk, avec parmi eux « des prisonniers juifs, des partisans polonais et des prisonniers de guerre russes soviétiques », note l’acte d’inculpation.

La principale entrée menant au camp de concentration nazi de Stutthof à Sztutowo, en Pologne, le 18 juillet 2017. (Crédit : AP Photo/Czarek Sokolowski)

Selon Rueckel, Furchner avait « géré toute la correspondance » pour Hoppe, son supérieur.

« Elle a tapé à la machine les ordonnances de déportation et d’exécution » sous la dictée du commandement et paraphé chaque courrier elle-même, a déclaré Rueckel à la station de radio NDR.

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