La police ne suivrait pas les recommandations pour diminuer la brutalité contre les Ethiopiens
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La police ne suivrait pas les recommandations pour diminuer la brutalité contre les Ethiopiens

Alors que d’autres ministères ont adopté les suggestions d’un rapport, la police souligne qu’elle a déjà mise en place la plupart d’entre elles

Stuart Winer est journaliste au Times of Israël

Des Israéliens éthiopiens manifestent contre la violence policière et les mauvais traitements dans la société israélienne, à Tel Aviv, le 3 juin 2015. (Crédit : Flash90)
Des Israéliens éthiopiens manifestent contre la violence policière et les mauvais traitements dans la société israélienne, à Tel Aviv, le 3 juin 2015. (Crédit : Flash90)

La police aurait rejeté plus d’un quart des suggestions mises en avant par une commission spéciale chargée de trouver des moyens pour éliminer la violence et les discriminations contre la communauté israélienne éthiopienne, et a expliqué qu’elle avait déjà adopté d’elle-même beaucoup des idées présentées.

Pendant une réunion de la commission ministérielle pour le progrès de l’intégration éthiopienne dans la société israélienne, tous les ministères ont accepté les recommandations d’un rapport sur le sujet, mais la police et le ministère de la Sécurité intérieure ont rejeté 15 des 53 sections du document, a annoncé lundi la Deuxième chaîne.

Parmi les sections rejetées par la police, on retrouve un examen de l’utilisation des tasers contre les Israéliens éthiopiens, et une hausse de la sévérité des punitions contre les policiers qui agissent de manière raciste, selon le rapport.

Le sujet du racisme et de la violence envers les Ethiopiens en Israël est devenu une préoccupation majeure l’année dernière, après des violences policières contre un soldat israélien éthiopien en 2015, qui avaient déclenché des manifestations dans tout le pays.

Des responsables de la police et du ministère de la Sécurité intérieure ont affronté des représentants d’autres ministères pendant la réunion gouvernementale, et quand la ministre de la Justice Ayelet Shaked a demandé pourquoi les suggestions ne seraient pas adoptées, la police a répondu que « toutes les suggestions avaient déjà été mises en place. »

Ayelet Shaked, ministre de la Justice, pendant la cérémonie de serments des nouveaux juges, à la résidence présidentielle de Jérusalem, le 28 juillet 2016. (Crédit : Yossi Zamir/Flash90)
Ayelet Shaked, ministre de la Justice, pendant la cérémonie de serments des nouveaux juges, à la résidence présidentielle de Jérusalem, le 28 juillet 2016. (Crédit : Yossi Zamir/Flash90)

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a ensuite demandé que le ministère de la Sécurité intérieure explique officiellement d’ici une semaine pourquoi il avait refusé les 15 propositions.

Le rapport avait été préparé par une équipe rassemblée en début d’année, composée de dirigeants de la communauté israélienne-éthiopienne et de responsables de différents ministères. Elle avait été chargée de trouver des moyens d’éradiquer un racisme institutionnel contre la communauté.

Les recommandations mises en avant par la commission appelaient les responsables de la police et du ministère de la Justice à réexaminer les procédures d’utilisation des tasers, et demandaient la nomination d’un officier national pour examiner toutes les affaires d’utilisation de taser par un policier. Les affaires où les policiers utilisaient un taser à l’encontre des procédures et n’ayant pas correctement rapporté l’incident seraient transmises à l’unité d’enquête de la police, selon la proposition de la commission.

La police israélienne a déclaré dimanche dans un communiqué qu’elle « accueille toutes les activités gouvernementales qui amélioreront le traitement de ce sujet important. »

« La police était ravie de voir que le rapport a adopté certains des travaux effectués par l’équipe de pilotage de la police, qui fonctionnent depuis déjà un an, est-il écrit dans le communiqué. Une partie significative des suggestions données dans le rapport est basée sur les projets d’action que la police a conçus et a déjà mis en pratique sur le terrain dans 26 postes de police qui desservent les zones résidentielles de la communauté éthiopienne. »

« Entre autres, la suggestion d’équiper les policiers de caméras corporelles, un projet mené par le ministre [de la Sécurité intérieure Gilad] Erdan, en est déjà à un stade avancé, comme le sont les suggestions de travailler avec les dirigeants de la communauté, de former les policiers, de traiter la sur-exécution, comme la fermeture de dossiers, et d’autres sujets ont déjà été mis en place depuis un moment. »

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu rencontre Damas Pakada, le soldat éthiopien israélien qui a été agressé par des policiers, au bureau du Premier ministre, à Jérusalem, le 4 mai 2015 (Crédit : Haim Zach/GPO)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu rencontre Damas Pakada, le soldat éthiopien israélien qui a été agressé par des policiers, au bureau du Premier ministre, à Jérusalem, le 4 mai 2015 (Crédit : Haim Zach/GPO)

Les Israéliens éthiopiens accusent depuis longtemps la police de violences et d’agressions contre les membres de la communauté. L’année dernière, elle avait organisé une série de manifestations dans tout le pays, déclenchée par une vidéo montrant une agression policière contre un soldat israélien éthiopien en avril 2015.

Des milliers de personnes étaient descendues dans les rues pour demander au gouvernement de traiter le racisme systématique et institutionnalisé affronté par la communauté israélienne éthiopienne. Les militants avaient aussi exprimé leur frustration de la vision à court terme de l’Etat dans la gestion des besoins économiques et sociaux de leur communauté.

Pendant une manifestation sur la place Rabin de Tel Aviv en mai 2015, au moins 41 personnes avaient été blessées dans ce qui s’était transformée en mêlée, longue de plusieurs heures, qui avait vu les manifestants lancer des pierres contre la police et des policiers leur répondre avec des grenades incapacitantes et des canons à eau.

Il y a eu plusieurs manifestations et affrontements avec la police depuis, contre d’autres incidents de discrimination et de violences policières présumées envers des Israéliens éthiopiens.

L’équipe du Times of Israël a contribué à cet article.

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