Poupées noires et cours d’Histoire : Israël compte réduire les préjugés
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Netanyahu : ‘Nous entendons des histoires poignantes et effrayantes’ de discrimination contre les Israéliens éthiopiens, et ‘nous avons décidé de prendre des mesures contre le racisme’

Poupées noires et cours d’Histoire : Israël compte réduire les préjugés

Les ministres vont étudier un nouveau rapport d’une commission sur le traitement de la discrimination contre les Israéliens éthiopiens

Des Israéliens éthiopiens manifestent contre la violence policière et les mauvais traitements dans la société israélienne, à Tel Aviv, le 3 juin 2015. (Crédit : Flash90)
Des Israéliens éthiopiens manifestent contre la violence policière et les mauvais traitements dans la société israélienne, à Tel Aviv, le 3 juin 2015. (Crédit : Flash90)

Un important rapport gouvernemental sur les moyens de lutter contre le racisme dirigé vers les Israéliens d’origine éthiopienne a été officiellement remis dimanche au Premier ministre Benjamin Netanyahu.

Parmi ses recommandations, on trouve l’intégration de poupées noires dans les jardins d’enfants et la formation des enseignants israéliens à l’histoire éthiopienne juive.

Le rapport a été écrit par une commission interministérielle présidée par la directrice générale du ministère de la Justice, Emi Palmor. La commission a été mise en place en réponse aux récentes manifestations de militants israéliens éthiopiens contre ce qu’ils disent être des préjugés répandus, qu’ils affrontent au sein de la société israélienne.

Le sujet est devenu une préoccupation majeure l’année dernière, dans un contexte d’accusations des Israéliens éthiopiens d’une brutalité policière répandue et d’agressions contre des membres de la communauté. Elle a organisé une série de manifestations dans tout le pays, déclenchée par une vidéo montrant une agression policière semblant non provoquée contre un soldat israélien éthiopien en avril 2015.

Des milliers de personnes étaient descendues dans les rues pour demander au gouvernement de traiter le racisme systématique et institutionnalisé affronté par la communauté israélienne éthiopienne. Les militants avaient aussi exprimé leur frustration de la vision à court terme de l’Etat dans la gestion des besoins économiques et sociaux de leur communauté.

Des Israéliens éthiopiens manifestent contre la violence et le racisme dirigés contre les Israéliens d'origine éthiopienne, à Tel Aviv, le 18 mai 2015. (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)
Des Israéliens éthiopiens manifestent contre la violence et le racisme dirigés contre les Israéliens d’origine éthiopienne, à Tel Aviv, le 18 mai 2015. (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)

Pendant une manifestation sur la place Rabin de Tel Aviv en mai 2015, au moins 41 personnes avaient été blessées dans ce qui s’était transformée en mêlée, longue de plusieurs heures, qui avait vu les manifestants lancer des pierres contre la police et des policiers leur répondre avec des grenades incapacitantes et des canons à eau.

Le dernier rapport marque la conclusion de mois de délibérations, qui ont résulté des tensions de l’année dernière. Il propose 53 recommandations détaillées pour combattre le racisme dans toute la société israélienne, principalement via le système scolaire.

Il sera débattu lundi par la commission, présidée par Netanyahu, des ministres qui l’ont demandée, qui porte un titre peu pratique : la Commission ministérielle pour le progrès et l’intégration dans la société israélienne des Israéliens d’origine éthiopienne.

« Dans la commission ministérielle, nous avons entendu des histoires poignantes et effrayantes » de discrimination contre les Israéliens éthiopiens, a déclaré dimanche Netanyahu dans un communiqué, « et nous avons décidé de prendre des mesures contre le racisme. »

Il a promis de prendre des « mesures supplémentaires » suite au rapport. Le racisme, a-t-il dit, « est indigne de notre pays, de nos citoyens et de notre nation. »

Selon des informations, dont le propre communiqué de presse de dimanche de Netanyahu, les ministres devraient approuver les 53 recommandations.

Les dirigeants religieux de la communauté israélo-éthiopienne manifestent contre le refus de les reconnaitre officiellement en tant qu'autorités religieuses, à Jérusalem, le 4 décembre 2011. (Crédit : Kobi Gideon/Flash90)
Les dirigeants religieux de la communauté israélo-éthiopienne manifestent contre le refus de les reconnaitre officiellement en tant qu’autorités religieuses, à Jérusalem, le 4 décembre 2011. (Crédit : Kobi Gideon/Flash90)

Selon le quotidien Yedioth Ahronoth, qui a obtenu une copie du rapport, la commission a interrogé beaucoup de dirigeants et de militants israéliens éthiopiens, et a entendu leurs expériences avec le racisme, venant souvent de fonctionnaires de l’éducation et des aides sociales bien intentionnées.

Selon le rapport, les exemples cités par les Israéliens éthiopiens comprenaient le fort taux d’enfants noirs qui sont orientés vers des classes « sous performantes » ou qui dispensent une éducation spéciale, ainsi que le nombre relativement important d’enfants noirs qui sont retirés à des familles ayant des conflits domestiques.

Les expériences de préjugés se retrouvent dans une large partie de la vie quotidienne. Les parents éthiopiens disent qu’ils rencontrent souvent des parents blancs qui évitent d’envoyer leurs enfants dans des activités extra-scolaires avec leurs enfants.

La commission a également examiné les chiffres montrant que les fonctionnaires des aides sociales et de la police ont été incapables de traiter efficacement le fort taux d’implication dans la criminalité des jeunes Israéliens éthiopiens.

Les recommandations cruciales de la commission se concentrent sur le déracinement des préjugés à un âge précoce, particulièrement dans les jardins d’enfants et les écoles élémentaires.

La commission appelle les écoles à posséder des livres sur des enfants de différentes cultures et avec des couleurs de peau différentes, et de s’assurer que les enfants jouent avec des poupées et des figurines à la peau noire.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu reçoit le rapport de la Commission Palmor pour éradiquer le racisme dirigé contre les Israéliens éthiopiens de la directrice générale du ministère de la Justice, Emi Palmor, dans les bureaux du premier ministre à Jérusalem, le 31 juillet 2016. (Crédit : Amos Ben Gershom/GPO)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu reçoit le rapport de la Commission Palmor pour éradiquer le racisme dirigé contre les Israéliens éthiopiens de la directrice générale du ministère de la Justice, Emi Palmor, dans les bureaux du premier ministre à Jérusalem, le 31 juillet 2016. (Crédit : Amos Ben Gershom/GPO)

Et, ajoute-t-elle, les écoles doivent travailler pour intégrer des Israéliens éthiopiens comme professeurs et principaux.

Le rapport a également montré que le ministère de l’Education n’a pas de formation systématique pour les enseignants, les principaux et les fonctionnaires du ministère pour les aider à reconnaitre et traiter le racisme. Il recommande des cours pour les enseignants pour examiner leurs propres préjugés, ainsi que sur l’histoire et l’héritage de la communauté juive éthiopienne.

Shlomit Brahno, membre de la commission Palmor et conseillère du chef de l’opposition Isaac Herzog, a déclaré à Yedioth que « la mise en place [des recommandations] du rapport aider à traiter la crise de confiance » entre la communauté israélienne éthiopienne et le gouvernement, « et réduira les fractures de notre société. »

Palmor elle-même a déclaré que le « large soutien dont jouit le rapport au sein des ministères et des agences gouvernementales qui ont pris part à sa rédaction, ainsi que parmi les militants sociaux, accroît la possibilité qu’il puisse apporter un véritable changement. »

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