La Pologne annule la visite de Bennett qui voulait « dire la vérité » sur la Shoah
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La Pologne annule la visite de Bennett qui voulait « dire la vérité » sur la Shoah

Le ministre de l'Education a dit qu'il se sentait "honoré" d'être snobé après qu'il a "mentionné les crimes" des Polonais, violant la nouvelle loi

Le ministre de l'Education Naftali Bennett (2e-G), le rabbin Meir Lau (2e-D) et le chef d'état-major de Tsahal Gadi Eizenkot (D) participent à la Marche des Vivants au camp d'Auschwitz-Birkenau en Pologne le 24 avril 2017. (Yossi Zeliger/Flash90)
Le ministre de l'Education Naftali Bennett (2e-G), le rabbin Meir Lau (2e-D) et le chef d'état-major de Tsahal Gadi Eizenkot (D) participent à la Marche des Vivants au camp d'Auschwitz-Birkenau en Pologne le 24 avril 2017. (Yossi Zeliger/Flash90)

La Pologne a annulé lundi une prochaine visite du ministre de l’Education Naftali Bennett après que ce dernier a déclaré qu’il profiterait de ce voyage pour dire aux Polonais « la vérité » sur leur complicité durant l’Holocauste, a fait savoir un porte-parole du gouvernement polonais.

« Le gouvernement de Pologne a annulé ma visite parce que j’ai mentionné les crimes de son peuple. Je suis honoré », a dit Bennett dans un communiqué, affirmant qu’en annulant ce déplacement, le gouvernement polonais a choisi « d’éviter la vérité ».

« Le sang des Juifs crie sur ce sol, et aucune loi ne saura le réduire au silence », a-t-il ajouté.

Quelques heures auparavant, le bureau de Bennett avait annoncé qu’il effectuerait une visite officielle mercredi dans un contexte de tensions entre Jérusalem et Varsovie, au sujet d’un projet de loi qui érige en infraction pénale le fait d’accuser la nation polonaise pour les atrocités de l’Holocauste commises dans le pays.

Dans une déclaration diffusée par son bureau, Bennett avait précisé qu’il était « déterminé à dire clairement ce que l’histoire a déjà prouvé : la nation polonaise a été impliquée dans le meurtre des Juifs pendant l’Holocauste ».

Bennett avait ajouté qu’il dirait : « Je suis venu dire la vérité là où la vérité s’est produite ».

« Le message est clair et net : le passé ne peut pas être réécrit et nous écrirons l’avenir ensemble », avait poursuivi Bennett, qui dirige le parti national-religieux HaBayit HaYehudi.

Le ministre de l’Education devait rencontrer le vice-Premier ministre polonais Jaroslaw Gowin, ministre polonais des Sciences et de l’Enseignement supérieur. Il devait aussi s’entretenir avec des étudiants polonais et visiter le mémorial du Soulèvement du Ghetto de Varsovie, avait précisé son bureau.

Andrzej Duda, président de la Pologne (Crédit : Wikimedia Commons CC BY 3.0)

Dans un communiqué suivant l’annulation, Bennett a affirmé : « En tant que ministre de l’Education de l’Etat du peuple juif, je garderai la tête haute face à ce que je ne peux pardonner [et je ne renoncerai pas à défendre] l’honneur de ceux qui ont été assassinés ».

Le voyage de Bennett en Pologne serait intervenu alors que le gouvernement polonais continue de faire avancer le projet de loi controversé malgré l’objection d’Israël et des organisations juives, qui affirment que le projet de loi pourrait entraver la recherche sur l’Holocauste et occulter le rôle de certains Polonais dans l’assassinat de Juifs.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a pour sa part dénoncé le projet de loi comme étant « une falsification de la vérité, la réécriture de l’histoire et la négation de l’Holocauste ».

La Pologne affirme que ce projet de loi est nécessaire pour empêcher que le pays ne soit accusé des crimes de l’Holocauste. Il interdit l’expression « camp de la mort polonais » pour décrire les camps d’extermination dirigés par les nazis dans le pays lorsqu’il était occupé pendant la Seconde Guerre mondiale, une expression qui a suscité la colère de Varsovie.

Le projet de loi a été approuvé par la chambre basse du Parlement polonais le 26 janvier – à la veille de la Journée internationale de commémoration de l’Holocauste – et adopté par le Sénat mercredi. Pour devenir loi, le projet de loi doit être signé par le président Andrzej Duda, qui a indiqué qu’il appuyait la loi et a critiqué la réaction « violente » d’Israël la semaine dernière.

Jaroslaw Kaczynski, le chef du parti au pouvoir Droit et Justice qui est considéré comme le politicien le plus influent de Pologne, a déclaré samedi que Duda devrait approuver le projet de loi, qui, selon lui, est « interprété de façon totalement erronée ».

Au cœur de la polémique sur la loi, l’ambassade d’Israël à Varsovie a condamné la « vague de déclarations antisémites » , dont beaucoup étaient dirigées contre l’ambassadrice israélienne Anna Azari.

 

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