La presse ultra-orthodoxe appelle à la démission de Gamzu
Rechercher

La presse ultra-orthodoxe appelle à la démission de Gamzu

Les journaux haredis s'enflamment après la condamnation par Ronni Gamzu des instructions données par le Rav Chaïm Kanievsky contre les dépistages et les quarantaines

Le vice-ministre de la Santé Yaakov Litzman, (à gauche), serre la main de Ronni Gamzu lors d'une conférence de presse au ministère de la Santé à Jérusalem le 3 janvier 2019. (Noam Revkin Fenton/Flash90)
Le vice-ministre de la Santé Yaakov Litzman, (à gauche), serre la main de Ronni Gamzu lors d'une conférence de presse au ministère de la Santé à Jérusalem le 3 janvier 2019. (Noam Revkin Fenton/Flash90)

Jeudi, les journaux ultra-orthodoxes ont condamné Ronni Gamzu, responsable de la gestion du coronavirus en Israël, appelant à son éviction suite à ses critiques d’un rabbin éminent ayant enjoint aux élèves des yeshivot de ne pas se faire dépister.

Le rabbin Chaïm Kanievsky, considéré comme l’un des plus importants dirigeants de la branche non hassidique du judaïsme ultra-orthodoxe en Israël, a exprimé sa crainte que le processus de dépistage n’éloigne les élèves de leur étude de la Torah et que des résultats positifs n’obligent ceux qui ont été en contact avec le patient à se mettre en quarantaine, perturbant encore davantage la vie de la yeshiva, selon le site web de Kikar HaShabat.

Il avait donné des raisons similaires la veille, lorsqu’il avait dit aux responsables de la yeshiva de ne pas mettre en quarantaine les étudiants exposés à des porteurs de virus, comme l’exige la réglementation du ministère de la Santé visant à endiguer l’importante épidémie actuelle de coronavirus.

Gamzu a répondu que les déclarations de Kanievsky « mettaient en danger le public ultra-orthodoxe ».

Le quotidien Yated Neeman, affilié au parti Yahadout HaTorah, a commenté jeudi la réaction de Gamzu.

Le rabbin Chaïm Kanievsky dans la ville de Safed, au nord d’Israël, le 26 février 2020. (David Cohen/Flash90)

« Des rabbins et des personnalités publiques ont protesté furieusement contre le professeur Ronni Gamzu, qui s’est exprimé contre… [Kanievsky]. La communauté haredie exprime sa sincère indignation face au commentaire sournois contre l’autorité de la Torah », dit l’article.

« Cela entre dans le cadre de la méfiance totale à l’égard des actions du responsable censé gérer la lutte contre le virus et de son plan de ‘feux de signalisation’, suite à sa pensée erronée qui ne reflète pas la réalité sur le terrain, et des jeux calculés… qui nuisent surtout au public haredi. »

Le quotidien HaDerech a exprimé jeudi son « profond désarroi » face à la remarque de Gamzu.

« Au sein du grand public, et principalement parmi les responsables impliqués dans la lutte contre le coronavirus, des critiques sans précédent ont été émises contre les mesures prises par le professeur Gamzu, qui a choisi… d’inciter de manière flagrante contre la communauté ultra-orthodoxe et ses dirigeants. »

Des hommes juifs ultra-orthodoxes étudient la Torah en petits groupes « en capsule » à la yeshiva Ateret Shlomo dans la ville de Modiin Illit, 24 août 2020. (Yossi Zeliger/Flash90)

Selon l’article de Kikar Hashabat, les instructions de Kanievsky ne s’appliquaient pas aux lycées-yeshivot. Contrairement aux yeshivot supérieures, où les étudiants ont au moins 17-18 ans et dorment souvent sur place dans des dortoirs, de nombreux lycéens des yeshivot rentrent chez eux chaque soir, ce qui les met en contact avec un plus grand nombre de personnes et présente donc un grand risque de propagation des infections. C’est pourquoi les élèves des lycées doivent subir un test de dépistage du virus s’ils présentent l’un des symptômes de la maladie, a indiqué Kanievsky.

Insistant sur l’importance des tests de dépistage du virus, Kanievsky a également conseillé aux rabbins qui sont à risque en raison de leur âge ou de leur santé de se tenir à distance des étudiants.

Sa décision a été prise après que des centaines d’étudiants de yeshiva aient été diagnostiqués avec le virus depuis que les institutions ultra-orthodoxes ont repris leurs études le 23 août.

Des juifs ultra-orthodoxes de la secte hassidique Breslev protestent contre le Premier ministre Benjamin Netanyahu, réclamant une solution qui leur permettrait de se rendre à Ouman pour Rosh HaShana. Le 29 août 2020. (Yonatan Sindel/Flash90)

Gamzu a également soulevé la colère de la communauté Haredi et d’autres politiciens avec son opposition à un rassemblement massif de pèlerins hassidiques dans la ville ukrainienne d’Ouman à Rosh HaShana, qui tombe cette année le 18 septembre, par crainte d’une propagation massive de coronavirus.

La semaine dernière, l’Ukraine a annoncé qu’elle fermerait ses frontières aux étrangers jusqu’en septembre pour freiner la hausse des infections à coronavirus, empêchant les pèlerins israéliens et juifs de se rendre à Ouman. Le Premier ministre ukrainien Denys Shmyhal a également signalé que le gouvernement allait interdire les grands rassemblements à Ouman même pendant le nouvel an juif.

Certains ont accusé Gamzu – qui a envoyé une lettre au président ukrainien l’implorant d’interdire le pèlerinage – d’une agression d’un pèlerin juif dans la ville par des résidents locaux. Parmi eux, le chef de la secte hassidique Breslev en Israël, Nahman Benshaya, a déclaré mercredi à la radio de l’armée : « La lettre de Gamzu est devenue la bible de l’antisémitisme en Ukraine. »

Miki Zohar et Zeev Elkin du Likud se sont fait l’écho de cette position, affirmant que Gamzu alimentait l’antisémitisme par sa position contre le pèlerinage sur la tombe du Rabbi Nahman de Bratslav.

Des hassidim de Breslev protestent à Jérusalem contre le Premier ministre Benjamin Netanyahu au sujet de l’interdiction faite aux voyageurs étrangers par l’Ukraine, qui les empêchera de se rendre à Ouman pour Rosh HaShana, 29 avril 2020. Le panneau dit : « Netanyahu contre Rabbi Nahman. » (Yonatan Sindel/Flash90)

Suite à la lettre de Gamzu, le président ukrainien a annoncé au début de ce mois que le pays « limiterait de manière significative » l’entrée des visiteurs juifs à Rosh HaShana à la demande du Premier ministre Benjamin Netanyahu, sans préciser dans quelle mesure le pèlerinage serait limité. Le bureau de Netanyahu a rapidement nié que le Premier ministre ait fait une telle demande. Mais de nombreux membres de la communauté Breslev ont tenu Netanyahu pour responsable, promettant qu’il n’aurait plus leur soutien politique.

Selon la Douzième chaîne, après que les hassidim ont retiré leur soutien, Netanyahu a dit aux principaux rabbins qu’il s’efforçait de trouver une solution pour leur permettre d’entrer en Ukraine et de se rendre à Ouman.

Depuis, le gouvernement a formé un groupe d’experts chargé d’examiner une éventuelle proposition visant à permettre à certains de faire le voyage, bien qu’il ne soit pas certain que Kiev y soit favorable.

Mercredi, la Douzième chaîne a rapporté que deux Hassidim de Breslev à Ouman auraient contracté le coronavirus. Citant le maire de la ville, la chaîne d’information a déclaré la possibilité qu’ils aient pu infecter d’autres personnes.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...