La réunion du cabinet de dimanche annulée
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La réunion du cabinet de dimanche annulée

Les partenaires de coalition seraient optimistes sur un compromis budgétaire pour éviter des élections qui semblent inéluctables, mais les piques continuent entre les deux camps

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, et le ministre de la Défense et Premier ministre d'alternance Benny Gantz en conférence de presse à Tel Aviv le 27 juillet 2020. (Crédit : Tal Shahar/POOL/Flash90)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, et le ministre de la Défense et Premier ministre d'alternance Benny Gantz en conférence de presse à Tel Aviv le 27 juillet 2020. (Crédit : Tal Shahar/POOL/Flash90)

Le cabinet du Premier ministre Benjamin Netanyahu ne se réunira pas dimanche pour sa rencontre hebdomadaire, apparemment en raison d’une crise de la coalition qui a placé le gouvernement au bord de l’effondrement si un compromis n’est pas trouvé sur le budget de l’Etat d’ici lundi soir.

Ce sera la seconde fois en trois semaines que cette réunion du cabinet est annulée, soulignant le bras de fer qui oppose le parti du Likud de Netanyahu et la faction Kakhol lavan, avec à sa tête son rival et partenaire de coalition Benny Gantz.

Les deux parties ont jusqu’à lundi soir pour adopter un budget ou pour obtenir l’approbation, à la Knesset, d’un report de cent jours de cette échéance. En cas d’échec, le gouvernement sera automatiquement dissous et un nouveau scrutin sera organisé – le quatrième en moins de deux ans.

Les deux parties restent optimistes concernant la conclusion d’un accord qui permettra d’éviter de nouvelles élections, avaient noté de multiples médias en hébreu samedi soir.

Au coeur du conflit, la question d’un budget qui couvrirait l’année 2021 – comme le précise l’accord de coalition et comme le demande Gantz, le ministre de la Défense. Netanyahu, pour sa part, réclame l’adoption d’un budget qui n’intégrerait que la fin de l’année 2020.

Selon des informations, le Likud voudrait procéder à un certain nombre de changements dans l’accord de coalition en échange de cette prolongation de cent jours de l’échéance de l’adoption d’un budget. Il réclame notamment d’avoir son mot à dire dans la nomination des hauts-responsables dans le secteur de la justice.

Gantz a fait savoir, samedi soir, qu’il pourrait apporter son soutien à un accord de compromis qui retarderait l’échéance budgétaire et qui permettrait aux parties de former une commission qui serait chargée de réfléchir à la manière dont les hauts-responsables gouvernementaux sont choisis. Le Likud et Kakhol lavan s’abstiendraient d’effectuer des désignations à des postes pendant cette période de cent jours.

« De mon point de vue, la commission doit être formée et elle peut l’être ; elle devra réfléchir aux manières de procéder à des nominations et, quoi qu’il en soit, nous devrons trouver un accord à ce sujet », a commenté Gantz lors d’une interview diffusée par le Treizième chaîne.

Il a ajouté que si de nouvelles élections devaient avoir lieu, ce serait à cause des « raisons personnelles » de Netanyahu – se référant ainsi à des mises en examen du Premier ministre pour des faits de corruption.

Gantz a déclaré que « Netanyahu doit se demander : ‘Qu’ai-je fait, en tant que Premier ministre, pour éviter de nouvelles élections ?’. Il ne s’est pas conformé à la clause figurant dans l’accord de coalition sur le budget ».

« Nous avons des solutions prêtes. Tout ce qu’il faut faire, c’est revenir aux clauses de l’accord. Il n’y a aucune raison d’organiser de nouvelles élections », a martelé Gantz.

Le Likud de Netanyahu serait également favorable à l’idée de soutenir la loi reportant la date-limite d’adoption du budget, a indiqué la Douzième chaîne.

De plus, le Likud et Kakhol lavan auraient également accepté de se concentrer sur la prise en charge de la pandémie de coronavirus et de la grippe pendant l’hiver, ainsi que sur les menaces sécuritaires potentielles qui planent sur les frontières nord et sud du pays.

Le ministre des Affaires étrangères Gabi Ashkenazi s’exprime lors d’une conférence de presse conjointe avec le ministre allemand des Affaires étrangères Heiko Maas, le 10 juin 2020. (Ministère des Affaires étrangères/Autorisation)

Les responsables des deux formations se sont encore échangés des piques, samedi soir. Le ministre des Affaires étrangères de Kakhol lavan, Gabi Ashkenazi, a ainsi dit que « Netanyahu a encore 48 heures pour se ressaisir et pour prouver ce qui est au centre de son attention : L’intérêt public ou ses intérêts personnels ».

Le Likud a répondu à ces propos, écrivant sur Twitter que « Ashkenazi continue d’être un élément subversif infatigable. Jusqu’au dernier moment, Ashkenazi continuera à faire tout ce qui est en son pouvoir pour entraîner les Israéliens aux urnes ».

Alors que la possibilité d’un nouveau scrutin se profile à l’horizon, la députée Meretz, Tamar Zandberg, a appelé samedi Kakhol lavan à abandonner Netanyahu et à former un gouvernement d’alternance, affirmant qu’il y avait une majorité à la Knesset qui permettait de le faire.

« Le bloc de centre-gauche a une majorité de 61 députés dans la Knesset actuelle. Tout ce que Kakhol lavan a à faire, c’est voter en faveur d’une motion de censure constructive lundi… et il y a un gouvernement qui sera prêt à adopter un budget et à prendre en charge les citoyens, et non seulement lui-même, sans nouvelles élections et sans racisme », a-t-elle écrit sur Twitter.

Capture d’écran de la vidéo du député Zvi Hauser, du parti Derech Eretz, lors du vote à la Knesset d’un projet de loi visant à repousser la date limite d’adoption du budget national, le 12 août 2020. (Chaîne de la Knesset)

Malgré ce qu’a affirmé Zandberg, il ne semble pas y avoir à la Knesset la majorité nécessaire pour mener à bien une telle initiative, le ministre des Communications Yoaz Hendel et le député Zvi Hauser, de la faction Derech Eretz, au sein de Kakhol lavan – dont le soutien serait indispensable – ayant d’ores et déjà exclu toute possibilité de travailler avec la Liste arabe unie, qui réunit les formations arabes, pour former un gouvernement sans Netanyahu.

Alors que l’adoption d’un budget est considérée comme impossible compte-tenu de l’échéance, la seule solution réaliste est de donner l’approbation finale au projet de loi qui prévoit le report de l’approbation d’un budget de cent jours.

Cette législation a été approuvée en première lecture en séance plénière de la Knesset – elle doit passer trois lectures – mais le Likud fait des demandes variées en échange de son adoption définitive.

Kakhol lavan accuse Netanyahu de tenter de contrevenir à l’accord de coalition de manière délibérée avec sa demande soudaine portant sur un budget d’un an pour se laisser la possibilité, à l’avenir, de dissoudre le gouvernement – ce qui lui éviterait d’honorer l’accord de partage du pouvoir souscrit avec Gantz, auquel il devra abandonner, sous les dispositions prévues, le poste de Premier ministre au mois de novembre 2021.

Netanyahu aurait réclamé des changements variés dans son accord de coalition avec Kakhol lavan pour protéger son statut dans le cadre de l’avancée de son procès pour corruption, ainsi que pour élargir son pouvoir sur le système judiciaire et sur la police.

Il réclamerait également un plus grand pouvoir sur les nominations des hauts-responsables, notamment dans le secteur de la justice, en contradiction avant les accords qui avaient été conclus précédemment. Ashkenazi a expliqué samedi que Netanyahu voulait un nouveau scrutin pour « des raisons personnelles et juridiques » liées à son procès, laissant entendre que le Premier ministre espère qu’une nouvelle Knesset différente puisse générer une majorité des députés désireux de soutenir une législation susceptible de déjouer les procédures judiciaires intentées à son encontre dans trois procès.

D’éminents économistes ont estimé qu’un budget englobant à la fois 2020 et 2021 était le plus raisonnable dans la mesure où il y avait peu d’intérêt à voter un budget 2020 à quelques mois seulement de la fin de l’année. Netanyahu dit ne pas être d’accord, citant le contexte d’incertitudes lié à la crise du coronavirus.

Le président Reuven Rivlin a discuté, ces derniers jours, avec les partenaires de coalition dans le but d’empêcher de nouvelles élections, a indiqué jeudi un communiqué de la résidence du président.

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