La saga budgétaire sans fin verra-t-elle le Likud cannibaliser l’un des siens ?
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Analyse

La saga budgétaire sans fin verra-t-elle le Likud cannibaliser l’un des siens ?

Katz devait présenter un budget 2020 lors de la réunion du gouvernement dimanche ; mais il n'a pas pu, paralysé par la volonté de Netanyahu d'éviter de céder le pouvoir en 2021

Haviv Rettig Gur

Haviv Rettig Gur est l'analyste du Times of Israël

Le ministre des Finances Israel Katz tient une conférence de presse au ministère des Finances à Jérusalem, le 1er juillet 2020. (Olivier Fitoussi/Flash90)
Le ministre des Finances Israel Katz tient une conférence de presse au ministère des Finances à Jérusalem, le 1er juillet 2020. (Olivier Fitoussi/Flash90)

Le ministre des Finances Israel Katz pourrait regretter son portefeuille. Ce mandat était censé être jusqu’à présent le point culminant de sa carrière, un éventuel tremplin vers le fauteuil de Premier ministre pour cet ambitieux politicien de carrière. Apprécié de tous, connu pour sa compétence et sa politique à l’ancienne (c’est-à-dire dans le respect), il pensait être à la hauteur pour diriger les finances de la nation à travers la pire crise économique de l’histoire.

Il se peut qu’il remette en question cette croyance depuis ces derniers temps.

Le ministre est pris entre le marteau et l’enclume. Pour stabiliser l’économie, éviter une dégradation de la notation de la dette et changer le discours de responsables politiques égocentriques qui gèrent mal la pandémie alors que le pays coule, il doit adopter un budget d’État. Mais cela pourrait finir par coûter son siège à son patron, le Premier ministre Benjamin Netanyahu. Israel Katz a essayé de faire avec. Et il est difficile aujourd’hui de trouver quelqu’un qui prétende qu’il soit parvenu à trouver une solution.

Le gel de la loi sur le budget a poussé plusieurs hauts fonctionnaires des finances à démissionner par frustration, dont son propre bras droit depuis quatre ans, l’ancienne directrice générale du ministère, Keren Terner Eyal. Les opposants politiques au Likud accusent ouvertement M. Katz des problèmes budgétaires – comme si le report de la loi budgétaire en raison de la longue lutte entre Netanyahu et le ministre de la Défense Benny Gantz était dans son propre intérêt politique.

Même Netanyahu, l’homme pour lequel il a tant souffert, le réprimande régulièrement devant les autres ministres lors des réunions du gouvernement, ce qu’Israel Katz ne peut s’empêcher d’interpréter comme une manifestation publique et délibérée d’un manque de soutien.

Le 17 octobre, il a convoqué une conférence de presse pour faire un vœu solennel à la nation. La loi budgétaire pour 2020 sera présentée lors de la réunion hebdomadaire du gouvernement le dimanche 25 octobre.

Les ordres du jour de ces réunions sont publics et publiés par le bureau du Premier ministre le mercredi soir précédent. Mais dans la nuit du 21 octobre, aucun ordre du jour n’a été publié, ce qui laissait supposer qu’aucune réunion ne serait organisée, comme cela s’est produit à plusieurs reprises ces derniers mois.

Pour dissiper ces rumeurs, le cabinet de Netanyahu a publié vendredi matin une déclaration insistant sur la tenue d’une réunion et incluant un ordre du jour – sans loi budgétaire.

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu (à droite) parle au ministre de la Défense Benny Gantz, alors que les deux hommes portent un masque de protection en raison de la COVID-19 lors du conseil des ministres hebdomadaire à Jérusalem, le dimanche 7 juin 2020. (Menahem Kahana/Pool Photo via AP)

Le conseil des ministres de dimanche a été l’un des plus importants et des plus conséquents depuis des mois. La plupart des réunions de ces derniers mois ont été soit annulées lorsque Netanyahu et Gantz n’ont pas pu se mettre d’accord sur l’ordre du jour, soit entièrement consacrées à la gestion de la pandémie (avec quelques exceptions en matière de relations publiques, comme les décisions du gouvernement faisant la part belle aux réservistes de l’armée ou aux nouveaux immigrants). Mais la réunion de dimanche a donné lieu à des débats animés et à des décisions difficiles. Le cabinet a approuvé les objectifs du pays en matière d’énergies renouvelables pour 2030, une question politique qui a des conséquences critiques pour la sécurité énergétique d’Israël. Il a également décidé de prolonger un programme d’investissement majeur pour les infrastructures et les programmes sociaux dans la communauté arabe, le « Plan 922 ».

Le fait même que le gouvernement ait enfin avancé sur des questions politiques importantes et nécessaires qui dépassaient le cadre de la réponse à la pandémie n’a fait que mettre en évidence ce qui manquait à la réunion de dimanche – malgré la promesse explicite du ministre des Finances seulement quelques jours plus tôt.

Il n’y a toujours pas de budget de l’État pour 2020, plus de dix mois après le début de l’année.

Des conversations officieuses avec des fonctionnaires du ministère des Finances révèlent une grande confusion. Le personnel chargé de rédiger la loi budgétaire affirme qu’il n’y a pas de désaccord sur son contenu entre les agences gouvernementales. Son retard n’a qu’une seule cause : les querelles politiques entre Netanyahu et Gantz.

Le Likud a reçu la plupart des critiques pour l’échec du budget, en partie parce que Netanyahu est celui qui a rompu l’accord de coalition avec sa demande d’adopter un budget d’un an – plutôt qu’un budget pour 2020 et 2021 – et en partie parce que le Likud contrôle l’institution responsable de la rédaction du budget, qui a délibérément échoué à le faire pendant des mois.

Le premier ministre Benjamin Netanyahu (à gauche) préside une réunion d’urgence des ministres de haut rang pour décider des mesures à prendre pour freiner la propagation du coronavirus, le 16 juillet 2020. (Chaim Tzach/GPO)

Alors que le système politique approche de la date limite du 23 décembre pour l’adoption du budget 2020 (ou d’une dissolution de la Knesset et la convocation d’élections anticipées), cette accusation est devenue un problème politique.

Netanyahu n’est pas inquiet par sa récente impopularité. « Je ne suis jamais bon aux élections, mais je suis bon aux urnes », a-t-il déclaré à un journaliste la semaine dernière. Il s’inquiète plutôt du fait que la tactique dilatoire destinée à empêcher Gantz de le remplacer comme Premier ministre pourrait bien être la cause de l’accession de celui-ci à ce poste.

L’accord de coalition stipule que si le budget biennal 2020-21 n’est pas adopté, des élections seront automatiquement convoquées – et le parti qui a violé l’accord perdra le fauteuil de Premier ministre pendant les mois où le gouvernement intérimaire se dirigera vers des élections.

Benjamin Netanyahu a besoin que la Knesset soit dissoute en raison de l’échec de l’adoption du budget – c’est la seule façon pour lui d’entrer dans le gouvernement intérimaire sans donner à Gantz le poste de Premier ministre – mais sans avoir à assumer la responsabilité de l’échec du budget.

Après tout, Gantz pourrait porter son affaire devant la Haute Cour de justice s’il estime qu’aucun budget n’est prévu.

Le ministre de la Défense Benny Gantz rencontre les soldats du Commandement du Front Intérieur de l’armée israélienne lors d’une visite dans la ville d’Ashdod, au sud d’Israël, le 14 septembre 2020. (FLASH90)

Ainsi, alors que l’année touche à sa fin, à l’approche de la dernière échéance budgétaire, le stratagème de Netanyahu s’est compliqué. Il ne suffit plus de retarder la loi de finances pour lui permettre d’échapper à l’accord de coalition en fin d’année. Il doit maintenant assurer le retard de la loi tout en semblant vouloir un budget. Il doit tout faire pour refuser à Gantz la possibilité de prétendre qu’il est le camp qui a empêché l’adoption du budget.

Le ministre des Finances est donc pris en étau. Katz est désireux de faire avancer une loi budgétaire, et le chef du gouvernement est désireux de donner l’impression de vouloir qu’il le fasse, mais sans lui permettre de le faire réellement.

En fin de compte, l’adoption d’un budget 2020 en décembre dépend de deux facteurs : la popularité de Netanyahu dans les sondages – s’ils restent bas, il approuvera le budget et repoussera la dissolution de la Knesset jusqu’à la bataille sur le budget 2021 en mars – et la volonté de Gantz de découpler les deux exercices budgétaires.

Si le numéro un du gouvernement approuve finalement le budget 2020, Gantz aura du mal à voter contre, ce qu’il ne pourra expliquer publiquement après avoir insisté pendant des mois sur le fait qu’une loi de finances de l’État est vitale pour stabiliser l’économie et lutter contre la pandémie. Un vote contre donnerait également à Netanyahu une échappatoire : Gantz perdrait son droit au mandat de Premier ministre dans le gouvernement intérimaire.

Dimanche, le journal de droite Makor Rishon a publié en première page un article affirmant que le Likud travaillait désormais à l’adoption du budget 2020 sans l’aide de Gantz. Netanyahu, selon le quotidien, mettrait le budget 2020 à l’ordre du jour du cabinet sans l’approbation de Gantz, puis essaierait de le faire adopter par le gouvernement et la Knesset avec l’aide des partis d’opposition.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, avec à gauche l’assistant du chef d’Etat major Eyal Zamir, et le ministre de la Défense Benny Gantz, à droite, visite le commandement militaire du coronavirus à Ramle, le 4 août 2020. (Amos Ben-Gershom/GPO)

Cet article est, c’est presque certain, un exercice de relations publiques de la part du Likud. Katz lui-même peut témoigner du fait que Netanyahu est bien l’obstacle, et non la victime, de ce jeu particulier. Pour être plus précis, deux éléments de ce plan – placer des sujets qui ne sont pas des urgences à l’ordre du jour du cabinet ; et l’adoption d’un budget pour 2020 sans que le budget 2021 n’y soit rattaché – sont des violations explicites des accords de coalition qui ont été ancrés dans la loi lors de la mise en place du gouvernement.

« Le procureur-général pourrait l’empêcher », avertit de manière inquiétante le journal à la deuxième ligne de sa Une, rejetant une fois encore la responsabilité d’un Premier ministre apparemment impuissant et contraint au procureur Avichai Mandelblit, ostensiblement insensible, qui est devenu ces dernières années la bête noire de la droite.

Les problèmes rencontrés par Katz ont une origine. Son patron tente d’empêcher l’adoption du budget – sans donner à ses opposants une raison de le blâmer de le faire. C’est une stratégie qui fera inévitablement des victimes, ces boucs-émissaires bien pratiques dont la seule fonction sera de détourner la responsabilité de Netanyahu, garantissant ainsi qu’il restera dans le fauteuil du Premier ministre.

Inutile de blâmer Gantz. Ce dernier ne s’oppose qu’au principe d’un budget courant sur un an – ce qui, quel que soit le cas, est une violation de l’accord de coalition. Cette tentative de mettre en cause Mandelblit est dure à avaler, même pour le Likud.

Katz est un membre loyal du Likud depuis le début de sa carrière parlementaire, il y a 22 ans – il l’était resté même quand son premier patron politique, qui avait été le plus important, Ariel Sharon, avait déserté les rangs du parti pour fonder Kadima en 2005. Katz se trouve aujourd’hui bloqué dans une situation où Netanyahu cherche à reporter l’adoption du budget tout en trouvant quelqu’un auquel il pourra attribuer la responsabilité de ces incessants retards. Et il est difficile d’imaginer quelqu’un qui soit mieux placé que Katz pour endosser cette responsabilité au nom du bien, pour ainsi dire, du roi et du pays.

Les responsables du Likud espèrent que les choses n’iront pas aussi loin. Katz est une personnalité puissante du parti – suffisamment puissante pour entraîner des problèmes, même pour un leader aussi influent que l’est Netanyahu. Mais Netanyahu a prouvé qu’il pouvait déployer d’immenses efforts pour éviter de devoir céder son siège, même pour la courte durée qu’impliquerait un gouvernement intérimaire. La loyauté de Katz au Likud pourrait bien être une fois encore rapidement mise à l’épreuve.

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