La sécheresse en Belgique met en suspens une tradition chérie de Rosh HaShana
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La sécheresse en Belgique met en suspens une tradition chérie de Rosh HaShana

Au bassin du parc municipal d'Anvers, le rituel annuel du tashlich sera improvisé grâce à des citernes

Deux Juifs marchent dans une rue d'Anvers, en Belgique, le 22 août 2018 (Crédit : Cnaan Liphshiz)
Deux Juifs marchent dans une rue d'Anvers, en Belgique, le 22 août 2018 (Crédit : Cnaan Liphshiz)

ANVERS, Belgique (JTA) — Quand arrive l’automne, des centaines d’hommes et leurs enfants quittent les douzaines de synagogues du quartier juif de cette ville belge et se rendent tranquillement vers son parc principal.

Lorsqu’ils atteignent le parc, ils se regroupent autour de son cours d’eau et se livrent à un rituel ancien appelé le tashlich – lors duquel ils jettent symboliquement des miettes de pain dans l’eau. Propre à Rosh HaShana, la nouvelle année juive, ce rituel incarne l’effacement des péchés et le renouveau.

Alors que les hommes se prêtent au rituel, les enfants attendent avec excitation les poissons et les canards qui se pressent pour attraper l’un des petits morceaux de pain.

Alors que tashlich peut s’exécuter à peu près partout – notamment dans un aquarium à poissons – il occupe une place spéciale à Anvers, où il est considéré comme une activité sociale chérie unissant la petite communauté ultra-orthodoxe isolée de la ville.

C’est la raison pour laquelle de nombreuses personnes déplorent le fait qu’un été de sécheresse et des travaux aient laissé complètement à sec le parc de la ville, suspendant pendant une durée indéterminée l’un des moments les plus importants pour les Juifs de la municipalité.

Une vue de ce qui était le plan d’eau du parc municipal d’Anvers, en Belgique (Crédit : Cnaan Liphshiz)

« C’est véritablement une perte, en particulier pour mon épouse et mes enfants », commente Ahron Spencer, un père de huit enfants âgé de 42 ans, auprès de JTA. Il se tient aux abords de l’une des petites synagogues qui parsèment le Diamant – un triangle comprenant environ une quinzaine de rues qui est au coeur de la vie juive à Anvers. Son nom même est une référence au commerce de diamant que les Juifs dominaient dans le passé.

« On peut faire le tashlich seul, tout comme on peut prier seul, mais c’est plus respectueux envers Dieu de le faire en étant unis en tant que communauté », explique Spencer.

Spencer s’est installé à Anvers il y a douze ans depuis sa ville natale de Londres. Il fait partie d’une communauté croissante de Juifs orthodoxes originaires de cette ville qui se sont installés à Anvers, la vie dans la ville belge étant bien moins chère qu’au Royaume-Uni.

Avec 14 écoles juives, Anvers est probablement le seul endroit en Europe continentale où les aménagements dont profite la population ultra-orthodoxe correspondent à ceux de Londres, de New York ou de Jérusalem. A Diamant, il y a des douzaines de magasins cashers, présentant des produits dotés de certificats reconnus par toute une gamme de sectes strictes, comme celle de Satmar.

La ville accueille également des restaurants cashers, même s’ils sont majoritairement populaires auprès des visiteurs et du contingent orthodoxe moderne de la communauté.

Photo du quartier juif d’Anvers (Crédit : JTA/Ben Harris)

Ce statut unique fait de la communauté ultra-orthodoxe d’Anvers l’une des plus internationales. Le yiddish, l’anglais, l’hébreu, le néerlandais et le français sont universellement parlés ici parce qu’ils sont tous enseignés de manière extensive dans les écoles juives (il est de renommée publique que les élèves de lycée ont ici leur propre dialecte bizarre, incompréhensible pour les Juifs de la capitale fédérale de Bruxelles, à 65 kilomètres de là – une vichyssoise linguistique formée de toutes ces langues).

Les autorités municipales d’Anvers, où vivent et votent environ 20 000 Juifs, ne sont pas indifférentes à l’attachement des locaux à la cérémonie du tashlich.

Plusieurs plans ont été évoqués – notamment le remplissage d’une partie du cours d’eau : une solution à laquelle avait souscrit la ville, a annoncé le journal Lemaan Teda. Il s’est finalement avéré trop ambitieux de le remplir en période de sécheresse, explique Pinchas Kornfeld, rabbin et leader de la congrégation Machzikei Hadass locale. Les résidents, pour la première fois depuis des décennies, ont ainsi reçu pour instruction de réduire leur consommation d’eau.

Et la solution sera probablement l’approbation donnée par la municipalité de placer des citernes d’eau dans le parc et ailleurs. C’est une commodité employée régulièrement par plusieurs synagogues d’Anvers, où la communauté juive est une mosaïque riche de dynasties orthodoxes, avec notamment des mouvements hassidiques, des congrégations orthodoxes modernes et des Litvaks — des Haredim non-hassidiques avec des racines ancrées en Lituanie.

Les Juifs prient sur les rives du fleuve Yarkon à Tel Aviv, le 28 septembre 2017, pour le rituel de Tashlich, durant lequel les pratiquants jettent symboliquement leurs péchés dans l’eau (Crédit : Yaakov Naumi/Flash90)

Lors des derniers crépuscules d’Elul, le mois juif qui correspond au mois d’août, les rues qui entourent presque toutes ces synagogues résonnent du son du Shofar, la corne creuse de bélier dans laquelle soufflent les Juifs avant Yom Kippour, le jour du Grand pardon qui suit Rosh HaShana. Le son du shofar ajoute à la cacophonie autour du parc municipal où les enfants orthodoxes déambulent sur des scooters, côtoyant des amateurs de pique-nique et des adolescents arabes.

« Je pense que c’est une bonne solution », estime Michael Freilich, rédacteur en chef du journal juif Joods Actueel Jewish, évoquant le plan de citernes.

« Alors que la ville vient de perdre l’un de ses points d’eau les plus populaires, alors que le pays est plus proche de la pénurie d’eau que cela n’a jamais été le cas depuis des décennies entières, ce ne serait pas un bon message à transmettre si ce cours d’eau devait être rempli pour répondre aux besoins de la communauté juive ».

« Comme le reste de la population d’Anvers, on fait également faire sans le point d’eau et, avec un peu de chance, il se reformera dans pas trop longtemps ». ”

Malgré la sécheresse, Anvers possède encore d’importants points d’eau accessibles à pied depuis le quartier juif. Le fleuve Schelte, par exemple, est à environ un kilomètre et demi.

Des policiers supplémentaires sont déployés en Belgique après l’attaque du musée juif de Bruxelles en mai 2014. (Joods Actueel/Flash90)

Mais dans un pays où quatre personnes -Emanuel et Miriam Riva, Dominique Sabrier et Alexandre Strens – ont été tuées dans un musée juif en 2014 par un djihadiste, « il est déconseillé pour des raisons sécuritaires que d’importants groupes de Juifs défilent et se rassemblent » hors du quartier juif, explique Kornfeld.

Les attaques antisémites sont relativement rares à Anvers – partiellement grâce à l’intervention rapide du groupe de bénévoles local des Shomrim. Et pourtant, au mois de février, cette année, un homme arabe a été filmé en train d’arracher des mezouzot des portes à Anvers et un autre a été soupçonné d’avoir tenté de renverser avec son véhicule un homme et son fils qui se rendaient à la synagogue à Shabbat.

Tout le monde, au sein de la communauté ultra-orthodoxe, ne déplore pas la suspension du tashlich communautaire au parc municipal, connu localement sous le nom de vijver — « fontaine » en flamand.

« Personnellement, cela ne me dérange absolument pas », dit Izzy Gottlieb, 40 ans. « Le tashlich n’est pas une démonstration sociale, c’est un moment de réflexion solennelle sur les péchés, une purification. C’est un moment solidaire et en fait, pour moi, le vivre dans ma salle de bains est une bonne chose ».

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