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Interview

La série « We Were the Lucky Ones » sur la Shoah : entretien avec Georgia Hunter

Joey King, Logan Lerman, Lior Ashkenazi, Hadas Yaron et Michael Aloni partagent l’affiche de la série se déroule en Pologne pendant la Seconde Guerre mondiale

Lior Ashkenazi dans le rôle de 'Sol' dans l’épisode un de 'We Were the Lucky Ones' de Hulu. (Crédit : Vlad Cioplea/Hulu)
Lior Ashkenazi dans le rôle de 'Sol' dans l’épisode un de 'We Were the Lucky Ones' de Hulu. (Crédit : Vlad Cioplea/Hulu)

Pessah 1938 : la famille Kurc est réunie autour de la table du Seder à Radom, en Pologne. L’année suivante, c’est le début de la Seconde Guerre mondiale : la famille est éparpillée ça et là, tentant désespérément de survivre à la Shoah sans trop savoir ce qui arrive à ses proches.

L’histoire de la famille Kurc est au cœur de « We Were the Lucky Ones », mini-série en huit épisodes de Hulu qui se déroule sur une dizaine d’années ô combien difficiles. La série suit les membres de la famille un peu partout dans le monde, de la Sibérie à Varsovie, en passant par Paris, Casablanca, Rio de Janeiro et même, brièvement, dans la Palestine par temps de guerre.

Basé sur l’ouvrage éponyme de Georgia Hunter, le scénario est une version légèrement romancée de l’histoire vraie de la famille de Hunter, qu’elle a découverte à l’adolescence, à la mort de son grand-père, et à propos de laquelle elle a fait des recherches approfondies durant neuf ans.

La série, diffusée sur Hulu depuis le 28 mars dernier, sera distribuée à l’international par Disney+ dans le courant de l’année.

Depuis Los Angeles via Zoom, Hunter dit au Times of Israel souhaiter que même les personnes les plus au fait de la Shoah soient « surprises par l’ampleur de l’histoire, inspirées par cette alternance de moments de noirceur mais aussi d’espoir et de bonheur, de courage et de persévérance – tout ce qui m’a permis de mener à bien mes recherches ».

On retrouve à l’affiche les acteurs juifs Joey King (« The Kissing Booth »), dans le rôle de Halina Kurc, et Logan Lerman (« Hunters »), dans celui de son frère Addy, ainsi que des acteurs israéliens de tout premier plan, comme Lior Ashkenazi, dans le rôle du patriarche de la famille Sol, Amit Rahav (« Unorthodox ») et Hadas Yaron (« Shtisel ») dans les rôles des frères et sœurs Jakob et Mila Kurc, Moran Rosenblatt (« Fauda ») dans celui de la belle-fille Herta et enfin Michael Aloni (« Shtisel ») dans celui du gendre Selim – qui retrouve son épouse des Shtisel, Yaron.

Hunter explique au Times of Israel que cette importante distribution juive était voulue.

« Nous avons fait ce choix dès le début du casting », précise-t-elle. « C’est l’histoire d’une famille juive : il était important pour nous de prendre des acteurs juifs, et je suis ravie que nous l’ayons fait… Chacun d’entre eux a sa manière d’être juif et sa propre histoire, ses propres traditions. »

Pour Yaron, dont le personnage, Mila, est une jeune mère séparée de son mari et qui tente désespérément de protéger sa fille, cette histoire a trouvé un écho très personnel, car elle est elle-même la petite-fille de deux rescapés de la Shoah.

« C’est l’histoire de la famille de Georgia que nous racontions, mais j’avais aussi l’impression de raconter celle de ma famille. C’était très fort pour
moi », confie-t-elle via Zoom. « Je sais énormément de choses sur [la Shoah] : c’est littéralement dans mon ADN. »

Avant ses interviews avec la presse, elle disait déjà : « Ma mère me disait : ‘[Souviens-toi] que tu es la petite-fille de Masha et Gustav’… le fait que cette histoire soit si proche de la mienne a quelque chose de très fort. »

Hadas Yaron dans le rôle de Mila (à gauche) et Robin Weigert dans le rôle de Nechuma dans la mini-série Hulu « We Were the Lucky Ones ». (Vlad Cioplea/Hulu)

Statistiquement parlant, l’histoire de la famille Kurc est improbable et semble impossible, alors même qu’elle s’appuie sur une histoire vraie. Le titre lui-même fait clairement allusion à l’improbabilité de leur survie et il est, encore aujourd’hui, difficile de comprendre ce qui a pu les guider.

Lorsque l’Allemagne envahit la Pologne, des membres de la famille partent se réfugier à Lvov, occupée par les Soviétiques. Un frère est envoyé en Sibérie, d’autres à Radom, Varsovie ou Lvov : certains sont enfermés dans des ghettos ou des prisons, d’autres se cachent, d’autres encore se battent dans les rangs de la résistance.

Addy, qui se trouve à Paris au début de la guerre, échoue sur le navire Alsina, de triste mémoire, en partance pour le Brésil mais qui, pris dans un entrelacs bureaucratique de plus de 10 mois, se voit refuser à plusieurs reprises son entrée sur le territoire.

« Nous avons tourné des scènes supposées se passer à Dakar ou Casablanca, dans les montagnes italiennes, en Sibérie et, bien sûr, en Pologne ou au Brésil », rappelle Hunter. « Notre parti pris est d’offrir une vue globale, mais racontée via un prisme très personnel qui, je l’espère, va renouveler le genre. »

Ashkenazi – le patriarche de la famille Sol – dit avoir appris beaucoup de choses sur la Shoah grâce à ce tournage.

« On pense tout savoir parce qu’on a grandi en Israël… c’est dans notre sang », explique-t-il. « Mais c’était nouveau, je ne savais pas tout ça, je ne savais pas que les Juifs, que [beaucoup] d’hommes juifs avaient quitté le pays et rejoint les rangs de l’armée soviétique ou de la résistance polonaise… Cela m’a étonné. »

Jakob, interprété par Amit Rahav, et Bella, par Eva Feiler, dans une scène de la mini-série Hulu « We Were the Lucky Ones ». (Vlad Cioplea/Hulu)

Près de 90 % des Juifs polonais ont été assassinés pendant la Shoah. Selon Yad Vashem, 30 000 Juifs vivaient à Radom en 1939 et l’on estime que 300 seulement ont survécu à la guerre. Chacun d’entre eux le doit à une série de miracles. On pourrait dire la même chose des rescapés Juifs d’une grande partie de l’Europe.

Comme le personnage d’Aloni le demande dans un épisode, en prenant conscience du sort de leurs proches, dont ils sont séparés : « Combien de miracles peut-il y avoir ? Combien peut-on en espérer ? »

D’une certaine manière, il est logique que ce soit ces histoires-là qui soient racontées. Après tout, les familles entières anéanties par les nazis – parents, enfants, tantes, oncles, cousins – n’ont pas eu de descendants pour faire des recherches sur leur vie et raconter leur histoire.

Pourtant, « We Were the Lucky Ones » n’est pas facile à regarder. Il y a de la violence, du désespoir, des actes de cruauté inimaginables, en plus de toutes les horreurs qui ont émaillé la Shoah. Leur seule évocation est difficile à supporter.

Herta, joué par Moran Rosenblatt, et Genek (Henry Lloyd-Hughes), sont envoyés dans un voyage en train exténuant dans un épisode de la mini-série Hulu « We Were the Lucky Ones ». (Vlad Cioplea/Hulu)

Ashkenazi dit avoir vécu des moments difficiles sur le plateau, même – ou peut-être surtout – pour quelqu’un d’imprégné de l’histoire de l’époque.

« Je me souviens de ma première scène, dans un magasin. Les nazis arrivent pour mettre des brassards [aux Juifs], avec l’étoile de David. Je me suis figé, je ne pouvais plus bouger », confie-t-il. « J’ai eu atrocement peur de ces figurants déguisés en nazis. »

Dans une scène particulièrement effrayante, le personnage qu’interprète Yaron est arrêté par les Einsatzgruppen, ces escadrons de la mort nazis qui ont conduit tant de Juifs dans les forêts et les ont forcés à creuser leur propre tombe avant de les tuer.

« C’est fou, parce que c’est exactement de cette façon que mon arrière-grand-père a été assassiné », confie Yaron. « Je n’arrivais pas à croire que cela ait pu se passer de la sorte, mais 70, 80 ans plus tard, le fait que sa fille ait survécu et se soit échappée et que sa petite-fille soit ici pour raconter [cette] histoire… c’est totalement surréaliste, c’est dingue. »

Hunter se dit émue de voir sa famille et leur histoire prendre vie à l’écran,
« de voir les acteurs incarner mes proches ».

« L’histoire se déroule pendant la Seconde Guerre mondiale et la Shoah, mais ils donnent vie à ces personnages d’une manière si moderne et juvénile que, pour moi, c’est extrêmement émouvant », dit-elle. « C’est avant tout l’histoire d’une famille, d’une famille qui veut se retrouver à nouveau autour d’une table. »

Michael Aloni dans le rôle de Selim, avec bébé Felicia, dans une scène de la mini-série Hulu « We Were the Lucky Ones ». (Vlad Cioplea/Hulu)

Felicia, le bébé de Mila et Selim né fin 1938, était encore en vie lorsque Hunter a commencé ses recherches sur l’histoire de sa famille et elle a donc pu lui raconter ses souvenirs de la guerre. Elle est décédée peu de temps avant la fin du tournage de la mini-série.

« J’aurais tellement aimé qu’elle puisse voir la série, elle en était si fière », confie Hunter, qui rappelle que neuf des 10 cousins germains nés des enfants Kurc sont encore en vie et que de nombreux membres de la famille ont assisté à un événement lié à la sortie de la série à Washington. « Le fait qu’ils viennent d’Israël, de France, du Brésil, de Californie, de Miami, bref du monde entier, est le reflet du soutien que j’ai reçu de leur part dès le tout premier jour. »

Aloni, qui interprète le rôle de Selim, le mari de Yaron – Mila -, précise que les acteurs ont appris à bien se connaître avant le tournage – qui s’est pour l’essentiel fait en Roumanie et en Espagne – avant de se séparer en raison des aléas de leur histoire.

« Il nous est arrivé un peu la même chose – nous étions ensemble et nous avons été séparés », explique Aloni au Times of Israel via Zoom. « Chacun a dû vivre ce qu’il avait à vivre, avant de retrouver les autres avec beaucoup d’émotion et de bonheur. »

Le casting de la mini-série Hulu « We Were the Lucky Ones » lors d’une scène du Seder de Pessah à Radom, en Pologne. (Vlad Cioplea/Hulu)

Le tournage s’est terminé plusieurs mois avant l’assaut barbare du Hamas contre le sud d’Israël, le 7 octobre, qui a déclenché la guerre à Gaza et bouleversé la vie de nombreux Israéliens, ainsi que des Juifs du monde entier confrontés à une flambée d’antisémitisme.

Au sein du groupe WhatsApp des acteurs, révèle Yaron, « tout le monde a voulu faire quelque chose » dans les jours qui ont suivi l’attaque, « à grand renfort de ‘Si tu as besoin d’un endroit de repli’… Les gens m’ont énormément soutenue. Il est difficile d’expliquer ce qui se passe en Israël à des gens qui n’y vivent pas. »

Aloni pense qu’il était approprié de sortir la série à ce moment-là, en pleine tourmente.

« Cette série rappelle à tout le monde à quoi peut ressembler le mal, à quel point il peut s’imposer facilement et que l’antisémitisme peut montrer une nouvelle fois son hideux visage », explique-t-il. « C’est une piqûre de rappel extrêmement importante pour ceux qui regarderont la série, le fait que, oui, ‘nous avons eu de la chance’. Ils sont tellement nombreux à ne pas en avoir eu. »

La haine et la déshumanisation dont a fait preuve la Shoah « ne sont pas si loin de nous… C’est le bon moment et le bon endroit pour cette série. »

Yaron dit avoir visionné le premier épisode de la série quelques mois après le 7 octobre, ce qui a ajouté un lot d’émotions complexes.

« Cela a ajouté une dimension que je n’avais pas prévue, il y a de cela un an, lorsque nous avons tourné », précise-t-elle.

« C’est extrêmement important de raconter cette histoire aujourd’hui », ajoute-t-elle. « Il y a de cela un an, si vous m’aviez demandé si l’antisémitisme existait, j’aurais répondu : ‘Quelques illuminés, un peu partout dans le monde. Mais rien de bien important.’ Parce que nous vivons dans les temps modernes. Mais manifestement, c’est grave, et c’est très étrange de prendre conscience que cela existe vraiment. »

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