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Un projet d’agrandissement menace de destruction la synagogue Copernic

Afin d’éviter la démolition totale et reconstruction intégrale de la synagogue historique, édifice centenaire, un contre-projet a été présenté

Image de l’Association pour la protection du patrimoine de Copernic (APPC) et du mouvement citoyen « Regard Naïf », qui s’opposent au projet de destruction de la synagogue Copernic.
Image de l’Association pour la protection du patrimoine de Copernic (APPC) et du mouvement citoyen « Regard Naïf », qui s’opposent au projet de destruction de la synagogue Copernic.

Le projet visant à l’agrandissement et à la modernisation de la synagogue Copernic, à Paris, divise les fidèles de la synagogue, les instances dirigeantes de la synagogue et les riverains. Le projet actuel et officiel, validé par le conseil d’administration de l’ULIF-Copernic (association propriétaire) et le cabinet d’architectes Valode et Pistre, suppose en effet de raser l’édifice existant, haut lieu culturel, cultuel et mémoriel.

Afin d’éviter la démolition totale et reconstruction intégrale de la synagogue historique, édifice centenaire, l’Association pour la protection du patrimoine de Copernic (APPC) et le mouvement citoyen « Regard Naïf » ont présenté lors d’une conférence de presse le 21 juin dernier un contre-projet qui permettrait là aussi l’agrandissement et la modernisation de la synagogue, tout en évitant la destruction totale de l’édifice actuel.

Les opposants aux projets officiels veulent ainsi « sauver un témoignage unique de l’Art Déco synagogal français ».

« La destruction totale ferait place à un nouveau centre communautaire, avec le choix assumé d’une architecture ostentatoire », écrit Regard Naïf. « Pour ses promoteurs, il s’agit d’augmenter la surface plancher, permettre un meilleur accueil (notamment avec un ascenseur), et une terrasse donnant sur le bassin de Passy environnant. Murée sur sa façade sud et sans fenêtre ouverte, elle obligerait à un recours exclusif à l’air conditionné et à l’éclairage artificiel. »

« Si les motivations fonctionnelles peuvent s’entendre, détruire le patrimoine n’est jamais une solution. Regard Naïf a donc réfléchi à une contre-proposition reprenant l’ensemble des exigences et les surpassant même avec une terrasse donnant sur la Tour Eiffel, et des intérieurs naturellement lumineux et ouverts. Le corps historique serait conservé dans son intégralité, les ajouts remplaçant la surélévation des années 70 et l’atelier mitoyen. La façade prolongerait l’existant avec des clins d’œil multiples à la salle de culte, affirmant le style Art Déco du site. »

Des illustrations du contre-projet de Regard Naïf, de la synagogue actuelle, et du projet officiel. (Crédit : Regard Naïf)

Une pétition, signée par plus de 11 000 personnes, a été lancée il y a quelques mois afin de s’opposer au projet officiel.

Un dossier de presse et une vidéo présentant le contre-projet ont également été publiés il y a quelques semaines :

« Sans égard pour le patrimoine mémoriel et Art Déco de la salle de culte historique (un des deux seuls patrimoines Art déco synagogaux en France), il s’agît pour [l’ULIF-Copernic et le cabinet d’architectes Valode et Pistre] de construire à sa place un nouveau centre communautaire à l’architecture ostentatoire en rupture totale avec l’harmonie haussmannienne de la rue Copernic », peut-on lire dans la pétition.

« La non-protection actuelle de ce bâtiment est le fruit d’une double méconnaissance, tant de la part des instances compétentes que de la plupart des membres de l’ULIF. Plusieurs historiens d’art et d’architecture de renom ont pourtant souligné son intérêt. L’APPC se bat depuis cinq ans pour une restauration par des architectes du patrimoine confirmés et un classement par la DRAC. Elle est constituée de fidèles de la synagogue ainsi que de défenseurs du patrimoine. »

Ainsi, l’association se dit « favorable à toute démarche visant à la sécurisation et à l’embellissement du lieu », tout en s’opposant « fermement à la démolition intégrale de la synagogue emblématique historique ».

Elle met en avant les travaux de d’autres communautés parisiennes, celles de La Victoire et de la rue Notre-Dame-de-Nazareth, qui ont souhaité rénover et aménager leurs espaces, tout en ayant « le plus grand soin de ne pas détériorer leur patrimoine architectural ».

« L’enjeu est aussi tout symbolique », estime l’APPC, qui rappelle que la synagogue Copernic a survécu à deux attentats, en 1941 et en 1980.

« Pire, ce projet est mené au nom des générations futures, comme si le judaïsme devait se dépouiller de son histoire pour mieux accueillir ses nouveaux venus sur un terreau vierge. C’est selon nous un contresens. Car si le judaïsme libéral se doit d’être tourné vers l’avenir, il cessera d’être juif s’il piétine l’héritage dont il est dépositaire. Ce tribut, empreint de souvenirs de joie comme de douleur, imprègne l’atmosphère à la fois solennelle et chaleureuse de la synagogue Copernic. L’épaisseur historique dont elle est porteuse est irremplaçable. Nous n’avons pas le droit d’en priver les générations futures », conclut le mouvement dans sa pétition.

Alors que le permis de construire pour le projet officiel est toujours à l’instruction, la justice administrative n’a pas totalement fermé la porte aux démarches de protection de la synagogue entreprises par les défenseurs du site actuel, qui ont lancé des recours en justice. L’avenir du lieu doit ainsi dorénavant se jouer devant la cour administrative d’appel.

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