La technologie informatique peut-elle résoudre les mystères Anne Frank et Raoul Wallenberg ?
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La technologie informatique peut-elle résoudre les mystères Anne Frank et Raoul Wallenberg ?

Deux experts américains pensent qu’ils peuvent utiliser la puissance de calcul pour faire avancer ces deux cas

Anne Frank, à l'âge de 12 ans à l'école à Amsterdam, en 1941
Anne Frank, à l'âge de 12 ans à l'école à Amsterdam, en 1941

JTA — Après 70 ans d’étude de l’Holocauste, les historiens ne connaissent toujours pas les circonstances exactes du destin tragique de deux des victimes les plus célèbres de la période de l’Holocauste : Anne Frank et Raoul Wallenberg.

Frank, l’adolescente dont le journal du temps qu’elle a passé à se cacher des nazis à Amsterdam a sensibilisé des millions de personnes à la souffrance des six millions de victimes, est morte en 1945 à Bergen-Belsen après avoir été capturée par les nazis. Mais personne ne sait si quelqu’un l’a dénoncée avec sa famille aux nazis.

Dans le même temps, Wallenberg, le diplômate suédois qui a sauvé la vie d’innombrables Juifs hongrois en leur octroyant des visas vers la Suède, a disparu sans laisser de trace dans les années 1940. Des preuves ont ensuite refait surface en prouvant que l’Union Soviétique avait menti quand elle avait déclaré qu’il était mort en 1947 dans l’une de ses prisons.

Ces mystères ont attiré séparément l’attention de deux experts américains qui pensent tous les deux pouvoir utiliser les puissances de calcul informatique pour faire avancer ces affaires classées.

Sur l’affaire Frank, Vince Pankoke, un agent du FBI à la retraite, a déclaré la semaine dernière au quotidien hollandais Volkskrant qu’il avait rassemblé une équipe de plus d’une dizaine d’experts en informatique et de médecine légale. Ils utiliseront leur expertise pour étudier les archives avec plus d’efficacité et plus de vitesse qu’en utilisant des méthodes orthodoxes de recherche historique.

Ari Kaplan, un mathématicien de Baltimore spécialisé dans le calcul des performances des joueurs de baseball afin d’identifier des schémas de jeu à long-terme qui peuvent être traduits en stratégies efficaces, est sur la trace de Wallenberg.

Dans les deux cas, une réussite de la recherche constituerait une vraie surprise.

La police hollandaise a lancé deux enquêtes approfondies pour découvrir si Frank avait été dénoncée et, si oui, par qui. La première enquête en 1948 n’a rien donné, pas plus que la deuxième investigation de 1963.

Raoul Wallenberg (photo credit: Wikimedia Commons)
Raoul Wallenberg, envoyé de la Suède en Hongrie occupée par l’Allemagne nazie. (Crédit : WikiCommons)

Depuis lors, les écrivains et les historiens ont proposé différentes théories, dont aucune n’a été prouvée, y compris une théorie centrée sur la sœur d’un dactylo qui travaillait pour Otto Frank, le père d’Anne.

Mais Pankoke, âgé de 59 ans, pense que l’affaire ne doit pas forcément s’arrêter là.

« Il y a tellement d’informations disponibles actuellement, d’archives et d’anciennes études », a-t-il déclaré au Volkskrant. Pour des individus seuls, c’est impossible de tout examiner, mais avec le bon programme, c’est possible. De cette manière, on peut relier les différents points à travers des analyses ».

L’analyse est aussi la tactique choisie par Kaplan, le fan de baseball et le petit génie des mathématiques, qui s’intéresse à l’affaire Wallenberg.

Ses algorithmes ont aidé à déterminer la cellule exacte de Wallenberg dans la prison de la Liubianka, selon Marvin Makinen, professeur de biochimie à l’université de Chicago qui déclare avoir eu de ses nouvelles de la part d’autres prisonniers qui ont vu Wallenberg vivant longtemps après la fausse annonce de sa mort. Makinen, Kaplan et plusieurs autres font partie d’une équipe de recherche non officielle mise en place pour découvrir ce qui est réellement à Wallenberg.

L’algorithme a aidé Kaplan et Makinen à rassembler une analyse complexe de bases de données de l’occupation de cellules dans la prison de 1947 à 1972 en se basant sur des archives incomplètes de prisons russes.

Dans leur analyse, Kaplan et Makinen montrent que certaines cellules dans la prison surpeuplée étaient restées vides – selon les documents du moins – pendant plus de neufs mois consécutifs. Pour Makinen, cela suggère qu’un prisonnier ou des prisonniers avaient été gardés là-bas, mais qu’ils n’étaient pas notés dans le registre. Lui et Kaplan pensent que Wallenberg était prisonnier dans la cellule considérée comme vide.

Moscou a refusé leur demande pour obtenir plus de registres des prisons, a déclaré Makinen.

L'immeuble de bureaux à Amsterdam (au centre) où se sont cachés Anne Frank et sa famille pendant deux ans, en novembre 2014 (Crédit : Matt Lebovic/The Times of Israel)
L’immeuble de bureaux à Amsterdam (au centre) où se sont cachés Anne Frank et sa famille pendant deux ans, en novembre 2014 (Crédit : Matt Lebovic/The Times of Israel)

L’année dernière, Makinen et Kaplan sont allés à Moscou pour présenter à des officiels un rapport de 57 pages demandant des documents spécifiques, allant de dossiers sur Wallenberg des services de renseignement soviétiques datant de l’époque de la Seconde Guerre mondiale jusqu’à des documents au sujet du retour, en 1999, des objets personnels de Wallenberg, a annoncé Tablet cette semaine dans une entretien avec Kaplan.

Leur recherche suggère que s’ils avaient reçu « seulement une poignée » de documents des archives de l’état russe, cela « aurait résolu l’affaire ou, au moins, éclairci des zones d’ombres », a déclaré Kaplan à Tablet.

Il est convaincu que le destin de Wallenberg « sera révélé » un jour ou l’autre.

« Ce n’est qu’une question de quand, et je veux que ça se produise bientôt – pour que sa famille et ceux qui l’ont aidé puissent tourner la page – a déclaré Kaplan. C’est ce qui me donne ma force ».

Même s’ils sont arrivés dans une impasse, Kaplan et Makinen se trouvent peut-être dans une situation plus claire que Pankoke. Après tout, ils savent que les Russes ont capturé Wallenberg, alors que Pankoke est peut-être tout simplement sur la mauvaise piste, si l’on en croit la Maison Anne Frank à Amsterdam.

L’année dernière, cette même institution, qui s’occupe du musée Anne Frank à l’adresse d’Amsterdam où elle s’est cachée avant d’être capturée et assassinée, a publié un rapport suggérant qu’Anne Frank et sa famille n’avait pas été dénoncée mais capturée par hasard lors d’une descente nazie qui visait à arrêter des faussaires de tickets alimentaires.

La question est polémique au Pays-Bas.

Pendant des décennies, l’absence de délateur dans l’histoire d’Anne Frank a aidé à faire de l’affaire une sorte de conte célébrant l’héroïsme des résistants qui ont aidé la famille à se cacher des nazis. Mais la découverte d’un délateur pourrait changer l’histoire de manière dramatique, donnant ainsi un visage et un nom à la collaboration massive qui s’est déroulée aux Pays-Bas pendant l’occupation nazie – une raison principale de l’assassinat de 75 % des Juifs hollandais, ce qui représente le taux le plus important de morts par habitant dans l’Europe occidentale occupée.

Thijs Bayens et Pieter Van Twisk, respectivement réalisateur et journaliste hollandais, ont recruté Pankoke et lancé son investigation. (Le mois dernier ils ont publié, dans les médias et en ligne, un appel pour obtenir des éléments de quiconque ayant des informations sur l’arrestation d’Anne Frank).

Ils travaillent avec Xomnie, une entreprise basée à Amsterdam spécialisée dans le traitement et l’analyee de larges volumes d’informations, pour mettre un terme à son histoire, ont-ils expliqué. Le groupe, qui dispose de plus d’une dizaine d’enquêteurs, raconte son travail de recherche sur un site internet intitulé coldcasediary.com.

« Le volume de données est énorme, a déclaré Bayens au journal britannique The Guardian. Il y a au moins 20 à 25 kilomètres de dossiers pour le moment, et on vient juste de commencer. Essayer de faire quelque chose de cohérent avec ces données est assez complexe. Nous avons commencé à travailler avec des algorithmes d’intelligence artificielle pour traiter ces données ».

Bayens explique que la plupart des gens qui étaient autour de la famille d’Anne Frank et qui étaient vivants à la fin de la guerre « sont dans les dossiers de police de l’enquête précédente ».

Ils ont été interrogés, a-t-il déclaré, alors nous avons des rapports détaillés à ce sujet ».

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