La Turquie prête à accueillir les Syriens qui fuient Alep pour leur éviter « la mort »
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La Turquie prête à accueillir les Syriens qui fuient Alep pour leur éviter « la mort »

L'UE exhorte à endiguer le flux des migrants qui gagnent son sol depuis les côtes turques ; Moscou a accusé Ankara de préparer une "intervention militaire" en Syrie

Des réfugiés syriens qui ont fuit la ville assiégée d'Alep attendent à Bab al-Salama, dans le nord de la Syrie, près de la frontière turque, le 6 février 2016. (Crédit : AFP/Bulent Kilic)
Des réfugiés syriens qui ont fuit la ville assiégée d'Alep attendent à Bab al-Salama, dans le nord de la Syrie, près de la frontière turque, le 6 février 2016. (Crédit : AFP/Bulent Kilic)

Le gouvernement turc s’est déclaré dimanche prêt à accueillir les dizaines de milliers de Syriens qui se pressent à sa frontière pour échapper à l’offensive des troupes du régime de Damas à Alep, afin de ne pas les « abandonner à leur mort ».

« La Turquie a atteint les limites de sa capacité à absorber les réfugiés. Mais en fin de compte, ces gens n’ont nulle part ailleurs où aller. Soit ils mourront sous les bombes (…) soit ils ouvriront nos frontières », a déclaré le vice-Premier ministre Numan Kurtulmus.

Ankara accueille déjà quelque 2,7 millions de Syriens.

« La Turquie n’est pas en position de leur dire de ne pas venir », a poursuivi le porte-parole du gouvernement interrogé sur la chaîne d’information CNN-Türk, « sinon nous les abandonnerions à leur mort ».

Depuis lundi, plusieurs dizaines de milliers de civils, principalement des femmes et des enfants, ont quitté la ville d’Alep en raison des violents combats qui y opposent l’armée syrienne, soutenue par les Russes, et les rebelles.

Entre 30 et 35 000 personnes ont rejoint depuis jeudi les environs de la ville d’Azaz, à 5 km de la frontière turque, selon les dernières estimations livrées samedi par le gouverneur de la province de Kilis, Suleyman Tapsiz.

La Turquie ne les a jusque-là pas autorisés à entrer sur son sol via Oncupinar. Dans le froid et des conditions très précaires, ils vivent dans des camps installés à la hâte autour de la localité frontalière de Bab al-Salama, où ils bénéficient de l’aide d’urgence que leur fournit notamment l’ONG islamique turque IHH.

Seule une poignée de personnes blessées a été autorisée à passer côté turc pour y être soignée, a indiqué à l’AFP un responsable turc.

‘Devoir’

Avant M. Kurtulmus, le président Recep Tayyip Erdogan a lui aussi assuré que les portes de la Turquie s’ouvriraient « si nécessaire » à cette nouvelle vague d’exode.

Recep Tayyip Erdogan (Crédit : AFP/STR)
Recep Tayyip Erdogan (Crédit : AFP/STR)

« S’ils sont à nos portes et n’ont pas d’autre choix, si nécessaire, nous devons laisser entrer nos frères et nous le ferons », a déclaré M. Erdogan aux journalistes dans l’avion du retour de sa tournée en Amérique latine et au Sénégal.

Le chef de la diplomatie turque Mevlut Cavusoglu avait précisé samedi que son pays restait fidèle à sa « politique de la frontière ouverte ».

L’Union européenne (UE) a rappelé samedi Ankara à son devoir, au regard du droit international, d’accueillir les réfugiés, en même temps qu’elle l’exhorte à endiguer le flux des migrants qui gagnent son sol depuis les côtes turques.

Lors de sa conversation avec la presse, M. Erdogan a une nouvelle fois dénoncé l’intervention de Moscou en Syrie.

« Nous devons demander aux Russes : que faites-vous en Syrie ? En clair, vous êtes des envahisseurs », a-t-il lancé, « vous coopérez avec quelqu’un (le président syrien Bachar al-Assad) qui a tué 400.000 personnes et continue à tuer des civils ».

La Turquie, membre de l’Otan, et la Russie traversent une grave crise diplomatique depuis que l’aviation turque a abattu en novembre un bombardier russe accusé d’avoir violé son espace aérien à sa frontière avec la Syrie.

Moscou a de son côté accusé cette semaine Ankara de préparer une « intervention militaire » en Syrie.

Vendredi, M. Erdogan avait jugé ces accusations risibles. A nouveau interrogé sur le sujet dans son avion, il a répondu que son pays était prêt à « faire tout ce qui est nécessaire si c’était nécessaire ».

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