La vente du Beitar Jérusalem à un sheikh émirati fait des vagues
Rechercher

La vente du Beitar Jérusalem à un sheikh émirati fait des vagues

Les membres du groupe d'extrême-droite "La Familia" et les soutiens du copropriétaire du club Moshe Hogeg ont manifesté ; Hogeg a porté plainte suite à des menaces.

Des membres du groupe La Familia protestent contre l'intention du propriétaire du Beitar, Moshe Hogeg, de vendre un pourcentage du groupe à un membre de la famille royale des Émirats arabes unis, sur le terrain d'entraînement du Beitar à Jérusalem, le 4 décembre 2020. (Flash90)
Des membres du groupe La Familia protestent contre l'intention du propriétaire du Beitar, Moshe Hogeg, de vendre un pourcentage du groupe à un membre de la famille royale des Émirats arabes unis, sur le terrain d'entraînement du Beitar à Jérusalem, le 4 décembre 2020. (Flash90)

Deux manifestations, l’une réunissant les partisans de la vente de la moitié du club de football du Beitar Jérusalem à un sheikh émirati, et l’autre, rassemblant les opposants à cette tractation, ont été organisées vendredi.

Plusieurs dizaines de membres du groupe de supporters La Familia, classé à l’extrême-droite, ont fait savoir, lors d’un regroupement, leur désaccord face à cette acquisition, incriminant le propriétaire du club Moshe Hogeg, a noté la Douzième chaîne.

Ils étaient aussi quelques dizaines à être venus pour témoigner leur soutien à Hogeg et à l’homme d’affaires émirati Hamad bin Khalifa Al Nahyan, membre de la famille royale d’Abou Dhabi, qui a acheté 50 % des parts du club.

Les manifestations ont conduit à l’intervention de la police et une personne a été arrêtée, accusée d’avoir menacé les journalistes. Les forces de l’ordre ont déclaré avoir appréhendé deux personnes, ces derniers jours, pour trouble à l’ordre public lors d’un entraînement de l’équipe de football en début de semaine.

Hogeg s’est présenté sur les lieux du rassemblement et s’est entretenu avec certains supporters.

Jeudi, le propriétaire du club avait porté plainte contre La Familia après des menaces proférées à son encontre et à l’encontre de sa famille. Des photos de messages menaçants, peints à la bombe, ont ainsi été rendues publiques ces derniers jours, à un endroit qui n’a pas été localisé.

Hogeg a toutefois affirmé dans un communiqué qu’il n’avait pas peur, notant que ces menaces ne resteraient pas sans réponse et qu’il utiliserait tous les outils nécessaires contre les personnes qui s’étaient permis de menacer son épouse et ses enfants.

Lundi, le Beitar a annoncé que Sheikh Hamad avait acheté 50 % des parts du club et qu’il avait promis d’investir 90 millions de dollars dans l’équipe au cours de la prochaine décennie.

Ce club de Jérusalem est connu pour les violences anti-Arabes de certains de ses supporters, qui ont déjà conspué les joueurs arabes des équipes adverses et proféré des insultes contre le prophète Mahomet.

Le club, héritier de la droite nationaliste israélienne, a pris ses distances ces dernières années avec le groupe d’ultras « La Familia » et s’est employé à changer son image, recevant en 2017 des mains du président Reuven Rivlin un prix pour sa lutte contre le racisme.

Hogeg et Al-Nayan, les nouveaux copropriétaires, ont déclaré mardi qu’ils étaient déterminés à démontrer que les Juifs et les musulmans pouvaient coopérer et « établir des choses merveilleuses ensemble », et que le sport était précisément le meilleur allié dans cette mission.

« C’est un moment historique pour le club, pour le Beitar Jerusalem. C’est évidemment un moment historique pour les deux nations, Israël et les Émirats arabes unis », a dit Hogeg. « C’est le premier véritable fruit de l’accord de paix entre les nations et je suis heureux et honoré de vous présenter notre nouveau copropriétaire, mon nouveau partenaire, au Beitar Jérusalem, Son Altesse Cheikh Hamad bin Khalifa, et son fils, Cheikh Mohammed. »

Mohammed, qui a confié qu’il n’avait aucune expérience préalable dans la gestion d’une équipe de football, deviendra le vice-président du Beitar et sera responsable du « côté professionnel » du partenariat ÉAU-Israël, a déclaré Hogeg.

Le propriétaire du Beitar Jerusalem, Moshe Hogeg (au centre), avec un membre de la famille royale des Émirats arabes unis, Sheikh Hamad bin Khalifa Al Nahyan (à droite), qui a acheté la moitié de l’équipe, et son fils le Sheikh Mohammed (à gauche). (Crédit : Beitar Jerusalem)

« C’est un grand moment, parce qu’au final, en football, nous voulons gagner. Nous voulons gagner des titres, nous voulons marquer des buts, nous voulons rendre les fans heureux. Et nous voulons montrer aux gens – alors que tant de monde pense que les musulmans et les Juifs ne peuvent pas faire de choses ensemble et ne peuvent pas s’entendre – nous voulons leur prouver le contraire », a noté Hogeg dans son discours d’ouverture.

« Nous voulons montrer que les musulmans et les Juifs peuvent établir de merveilleuses choses ensemble. Et le sport est le meilleur moyen d’y parvenir. La vraie paix est entre les peuples, pas seulement entre les dirigeants », a-t-il ajouté.

Lors de la séance de questions-réponses, Hogeg et son nouveau partenaire émirati ont écarté toute inquiétude concernant la réputation du club en tant que refuge de racistes détestant les Arabes.

« Nous voulons montrer aux deux nations que les Juifs et les musulmans peuvent travailler ensemble », a expliqué Hamad bin Khalifa.

Hogeg a déclaré qu’il était tout à fait d’accord, réaffirmant qu’il « n’avait pas peur des racistes » et qu’il avait un plan pour gérer la question.

« Nous avons une stratégie. Cela fait partie des choses que nous voulons changer dans ce club. Jérusalem est un lieu saint pour toutes les religions – chrétiens, musulmans et Juifs – et nous voulons montrer que dans cette ville, nous pouvons avoir un club de football que nous pouvons apprécier tous ensemble. Et tous ceux qui se mettront en travers de notre chemin – nous les traiterons sans crainte », a-t-il précisé, s’exprimant en anglais.

Lorsqu’il lui a été demandé si sa décision d’investir dans le Beitar avait pu être influencée par le club de supporters de La Familia, connu pour son activisme anti-arabe, le cheikh a répondu : « Défi accepté. »

Développant sa réponse, il a déclaré que la plupart des fauteurs de troubles parmi les supporters du Beitar étaient des « jeunes » qui s’étaient « trompés et ont subi un lavage de cerveau… Je pense que nous devrions leur tendre la main et leur montrer la lumière, le bon chemin ».

Des fans du Beitar Jerusalem lors du match contre le Bnei Sakhnin F.C. au Teddy Stadium de Jérusalem, le lundi 22 janvier 2018. (Crédit : Roy Alima / Flash90)

Le fait qu’un membre de la famille royale émiratie ait acquis la moitié du premier club de football de la capitale, jusqu’alors tristement célèbre, a été considéré par beaucoup comme une révolution.

Même le Premier ministre Benjamin Netanyahu a brièvement évoqué la vente mardi. « Il est instructif qu’un Émirati ait acheté le Beitar Jérusalem », a-t-il déclaré lors d’une réunion avec le ministre slovène des Affaires étrangères. « Cela montre comment les choses changent à toute vitesse. »

Lors de la conférence de presse de mardi, le cheikh a souligné que son implication avec le Beitar était « un pur investissement sur le plan personnel ».

Hogeg a fait savoir que le Beitar Jerusalem envisageait de se rendre aux Émirats arabes unis pour un match d’exhibition, mais que rien n’avait encore été confirmé.

Cette annonce, qui fait suite à l’accord historique conclu par Israël pour établir des relations diplomatiques avec les Émirats arabes unis, a bouleversé le football israélien.

Le Beitar, vaguement lié au parti Likud de Netanyahu, a remporté 13 trophées et compte parmi ses fans des présidents et Premiers ministres israéliens. Mais il est également perçu négativement comme étant le seul grand club à n’avoir jamais eu de joueur arabe. La minorité arabe d’Israël représente environ 20 % de la population, et les joueurs arabes jouent dans des équipes rivales et dans l’équipe nationale du pays.

Par le passé, les responsables du club ont déclaré qu’ils avaient les mains liées par une base de supporters qui exerçaient une influence considérable sur les décisions relatives aux effectifs. « La Familia » s’est déjà illustré pour avoir fait des cris de singes lorsqu’un joueur africain d’une équipe adverse touchait le ballon et pour avoir scandé « Mort aux Arabes » aux joueurs arabes adverses.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...