La violation de l’espace aérien turc par Moscou « pas accidentelle, » selon un responsable américain
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La violation de l’espace aérien turc par Moscou « pas accidentelle, » selon un responsable américain

L'Otan dénonce les violations "inacceptables" de l'espace aérien turc par Moscou ; L'ambassadeur de Russie à Ankara a été convoqué samedi

Jens Stoltenberg, secrétaire général de l'OTAN, en 2010. (Crédit : Magnus Fröderberg/CC BY 2.5 via WikiMedia Commons)
Jens Stoltenberg, secrétaire général de l'OTAN, en 2010. (Crédit : Magnus Fröderberg/CC BY 2.5 via WikiMedia Commons)

La violation de l’espace aérien de la Turquie par la Russie n’est pas accidentelle, a estimé un haut responsable de défense américain lundi après plusieurs incidents entre appareils russes et turcs à la frontière turco-syrienne.

« Je ne pense pas qu’il s’agisse d’un accident », a dit ce responsable, qui s’exprimait à Madrid, sous couvert de l’anonymat.

« Cela confirme notre profonde inquiétude au sujet de ce qu’ils font. Cela pose des questions sur leurs intentions et soulève certainement des interrogations sur (leur) comportement et leur professionnalisme dans le ciel », a-t-il ajouté.

Le secrétaire général de l’Otan, Jens Stoltenberg, a dénoncé lundi les « violations inacceptables de l’espace aérien turc par des avions de combat russes », à la suite de plusieurs incidents entre appareils russes et turcs à la frontière turco-syrienne.

« Les actions de la Russie » en Syrie, où Moscou mène des frappes aériennes contre les djihadistes, et selon les pays occidentaux contre les groupes rebelles qui combattent le régime de Bashar el-Assad, « ne contribuent pas à la sécurité et à la stabilité de la région », a estimé M. Stoltenberg dans un communiqué.

Il a précisé avoir convoqué en urgence les 28 Alliés pour une réunion du Conseil de l’Atlantique nord lundi soir.

La Turquie activera ses règles d’engagement si son espace aérien est violé

La Turquie activera ses règles d’engagement si son espace aérien est violé, a prévenu le Premier ministre turc, Ahmet Davutoglu, après l’incident à la frontière syrienne provoqué par un avion russe.

« Nos règles d’engagement sont claires pour quiconque viole notre espace aérien », a déclaré M. Davutoglu lors d’un entretien à la chaîne privée Haber-Türk, indiquant que les forces armées turques avaient reçu pour ordre d’intercepter « même un oiseau ».

Le chef du gouvernement turc a cependant tenu à préciser que « le dossier syrien ne constitue pas une crise entre la Turquie et la Russie » qui ont d’importants intérêts commerciaux.

« Nos canaux du dialogue restent ouverts », a souligné M. Davutoglu, espérant que Moscou abandonnerait ses « positions erronées » sur la crise syrienne en général.

Plus tôt, la Turquie a annoncé que des F-16 turcs avaient intercepté samedi un chasseur de l’armée de l’air russe et l’avaient forcé à faire demi-tour.

L’ambassadeur de Russie à Ankara a été convoqué samedi et les autorités turques lui ont fait part de leur « vive protestation » à la suite de cet incident, selon un communiqué du ministère turc des Affaires étrangères.

L’armée turque a, dans un document séparé, indiqué que deux chasseurs turcs avaient été « harcelés » dimanche lors d’une mission de patrouille par un MIG-29 non identifié à la hauteur de la frontière syrienne.

Le secrétaire général de l’Otan, dont la Turquie est membre, Jens Stoltenberg, devait recevoir lundi à Bruxelles le chef de la diplomatie turque Feridun Sinirlioglu afin de discuter de la situation en Syrie.

La Russie et la Turquie, membre de l’Otan et alliée de la coalition internationale qui mène des frappes contre l’EI, s’opposent profondément sur la Syrie depuis le début du conflit en 2011. Ankara demande le départ de Bachar al-Assad qui bénéficie du soutien indéfectible de Moscou qui lui apporte une aide militaire massive.

Fabius : Il faut « taper Daech » et « les groupes considérés comme terroristes »

Les frappes aériennes en Syrie doivent se concentrer sur le groupe Etat islamique (EI) « et les groupes considérés comme terroristes », dont Al-Nosra, branche syrienne d’Al-Qaïda, a déclaré lundi le ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius.

Il faut « taper Daech (acronyme arabe de l’EI) et les groupes considérés comme terroristes », a-t-il déclaré à la radio Europe 1. « Vous avez raison d’ajouter Al-Nosra », a-t-il ajouté, après une relance du journaliste qui l’interrogeait.

Le ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius, s'adresse à la presse devant l'Hôtel Palais Coburg, le lieu des pourparlers sur le nucléaire, à Vienne, en Autriche, le 27 juin 2015. (Crédit photo: Christian Bruna / AFP)
Le ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius, s’adresse à la presse devant l’Hôtel Palais Coburg, le lieu des pourparlers sur le nucléaire, à Vienne, en Autriche, le 27 juin 2015. (Crédit photo: Christian Bruna / AFP)

L’appel lancé vendredi par le président François Hollande à son homologue russe Vladimir Poutine à frapper « Daech et uniquement Daech » était « une formule rapide », a-t-il admis.

La Russie a mené depuis mercredi plus de 70 frappes sur la Syrie au nom de la lutte contre le terrorisme, mais est soupçonné par les Occidentaux de frapper en priorité les groupes qui causent le plus de tort à son allié historique, le président syrien Bachar al-Assad.

En marge d’un sommet sur l’Ukraine à Paris, François Hollande et la chancelière allemande Angela Merkel, qui comme les Etats-Unis souhaitent le départ du président syrien jugé comme le principal responsable des maux de son pays, ont insisté vendredi pour que les bombardements russes se concentrent sur le groupe djihadiste EI.

Lundi, le chef de la diplomatie française a également mis en garde contre le risque de voir le conflit syrien prendre une dimension religieuse encore plus forte.

« Le risque peut-être le plus effrayant c’est que le conflit devienne religieux: si on a d’un coté les populations chiites avec leurs alliés chiites, de l’autre côté les sunnites avec leurs alliés sunites, c’est une conflagration qui peut être extrêmement dangereuse », a-t-il estimé.

Le président al-Assad est un alaouite, une branche du chiisme. Outre la Russie, il est soutenu par la principale puissance chiite de la région, l’Iran, ainsi que des milices chiites comme le Hezbollah libanais.

En face, les puissances sunnites comme l’Arabie saoudite et le Qatar sont opposés au maintien au pouvoir du président al-Assad et soutiennent financièrement des groupes islamistes qui le combattent.

Ils participent à la coalition d’une soixantaine de pays menée par les Etats-Unis, qui a mené depuis un an des milliers de frappes en Irak et en Syrie contre des positions de l’EI.

La France a mené il y a huit jours sa première et unique frappe jusqu’à présent en Syrie, après avoir refusé pendant un an d’intervenir militairement dans ce pays afin de ne pas renforcer indirectement le président syrien.

Paris, frappé par des attentats en janvier, invoque pour justifier l’extension à la Syrie de ses interventions limitées jusque-là à l’Irak, le droit à la « légitime défense » prévu par la charte des Nations unies. La France argue que l’EI prépare de nouvelles attaques contre ses intérêts depuis la Syrie.

Moscou critique cet argument légal. La Russie souligne de son côté agir en Syrie à la demande du président syrien, en conformité avec le droit international qui prévoit qu’un pays peut répondre favorablement à une demande d’aide d’un autre Etat.

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