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L’ADL alarmée par le rachat de Twitter, alors que K. West continue d’accuser les Juifs

Les derniers développements sur la plateforme "ont été troublants", a déclaré le PDG de l'ADL, alors que les groupes juifs marquent l'anniversaire de la tuerie de Pittsburgh

Le PDG de Tesla, Elon Musk, souriant en s'adressant aux invités lors de la réunion Offshore Northern Seas 2022 (ONS) à Stavanger, en Norvège, le 29 août 2022. (Crédit : Carina Johansen/NTB/AFP)
Le PDG de Tesla, Elon Musk, souriant en s'adressant aux invités lors de la réunion Offshore Northern Seas 2022 (ONS) à Stavanger, en Norvège, le 29 août 2022. (Crédit : Carina Johansen/NTB/AFP)

L’Anti-Defamation League (ADL) s’est alarmée de la prise de contrôle de Twitter par le milliardaire Elon Musk jeudi, avertissant que le réseau social pourrait se transformer en un foyer de haine et d’extrémisme, si la modération du contenu y est réduite.

Musk a pris la tête de la plate-forme en fin de journée jeudi, concluant l’acquisition pour un montant de 44 milliards de dollars, quelques heures seulement avant la date limite imposée par la justice pour concrétiser son offre d’achat du géant des réseaux sociaux, après s’être emporté contre les restrictions imposées à la désinformation et aux discours de haine.

L’acquisition a été conclue alors que des groupes juifs marquaient le quatrième anniversaire de la fusillade meurtrière de la synagogue « Tree of Life » à Pittsburgh, notant qu’elle est survenue alors que l’antisémitisme faisait à nouveau les gros titres, en raison des commentaires anti-juifs du rappeur Kanye West sur les réseaux sociaux.

Le PDG de l’ADL, Jonathan Greenblatt a déclaré dans un communiqué que l’accueil de Kanye West sur Twitter par Musk lui-même au début du mois, après que le compte Instagram du rappeur a été suspendu en raison de messages anti-juifs, avait été « troublant ».

« J’étais prudemment optimiste quant au fait qu’Elon Musk prendrait à cœur les préoccupations de la société civile, mais les développements des deux dernières semaines ont été troublants », a écrit Greenblatt, dans une déclaration publiée quelques instants après que des informations ont révélé que Musk avait finalisé le rachat.

« Cela inclut, mais n’est pas limité à, M. Musk accueillant chaleureusement le retour de Ye sur Twitter après que ce dernier a fait des commentaires antisémites sur Instagram et a été exclu de la plate-forme. Je crains que cela ne soit révélateur de l’approche de M. Musk en matière de modération de contenu sur la plate-forme », a-t-il ajouté.

Jonathan Greenblatt, directeur-général de l’ADL (Anti-Defamation League) (Crédit : Miriam Alster/FLASH90)

Musk a accueilli West, qui se fait désormais appeler « Ye », de nouveau sur Twitter le 8 octobre, un jour après que son comte Instagram avait été verrouillé pour un contenu que la plate-forme a qualifié d’anti-juif.

Plus tard dans la même journée, West a déclaré « la guerre aux Juifs » en publiant sur Twitter que les Juifs allaient subir la « Death con 3 » (déformation du terme militaire DEFCON), commentaire qui a rapidement été retiré. Ses comptes Instagram et Twitter ont été rétablis plus tôt cette semaine après qu’il se soit excusé pour son tweet.

Musk s’est plaint à plusieurs reprises de la modération du contenu de Twitter, les qualifiant de restrictions à la liberté d’expression, et certains craignent qu’il n’envisage de supprimer la plupart des freins à l’expression, et de permettre à l’ancien président Donald Trump de rouvrir son compte Twitter. Ce dernier, qui a créé sa propre plate-forme, a récemment déclaré que les Juifs américains devaient « se ressaisir » avant « qu’il ne soit trop tard », des propos qui ont été largement condamnés comme antisémites.

Dans une note adressée jeudi aux annonceurs de Twitter, Musk a semblé marquer un changement de cap, en déclarant que Twitter « ne peut pas devenir un enfer où tout peut y être dit sans conséquences ». Il a ajouté qu’il souhaitait que la plate-forme soit « chaleureuse et accueillante pour tous ».

Greenblatt s’est montré optimiste quant à cette déclaration, mais a noté qu’in fine, « Musk sera jugé sur ses actes, et non sur ses paroles ».

Le message de Musk semblait viser à répondre aux préoccupations des annonceurs – principale source de revenus de Twitter – qui craignent que son projet de promouvoir la liberté d’expression en réduisant la modération du contenu n’ouvre les vannes à davantage de toxicité en ligne et ne fasse fuir les utilisateurs.

Illustration : Le logo de l’entreprise américaine de réseaux sociaux Twitter affiché sur l’écran d’un smartphone, le 2 mai 2019. (Crédit : Loic Venance/AFP)

« J’ai acquis Twitter parce ce qu’il est important pour l’avenir de la civilisation d’avoir une place publique numérique commune, où l’on peut débattre d’un large éventail de croyances de manière saine, sans recourir à la violence », a écrit Musk dans un message inhabituellement long pour le PDG de Tesla, qui véhicule généralement ses pensées dans des tweets laconiques.

« Il existe actuellement un grand danger que les réseaux sociaux ne se divisent en chambres d’écho de l’extrême-droite et de l’extrême-gauche qui génèrent davantage de haine et divisent notre société », a-t-il poursuivi.

Greenblatt s’est dit inquiet que le rachat par Musk « puisse accélérer ce que l’ADL a déjà vu à plusieurs reprises, à savoir, l’éviction des réseaux sociaux des communautés marginalisées ».

« À l’instar de Telegram, Gab, Parler, Rumble et d’autres plate-formes qui refusent de traiter l’incitation et la diffamation, au nom de la liberté d’expression, ces plate-formes sont devenues des foyers de radicalisation et de haine », a-t-il déclaré, faisant référence aux plate-formes utilisées par les partisans d’extrême-droite, tels que les néo-nazis, parce qu’elles ne sont pas soumises aux restrictions de contenu utilisées par les plus grandes plate-formes de réseaux sociaux.

Gab, en particulier, s’est fait connaître lorsqu’elle a été utilisée par le suprémaciste blanc, Richard Bowers, pour publier un manifeste peu avant qu’il ne prenne d’assaut la synagogue « Tree of Life » dans le quartier de Squirrel Hill, à Pittsburgh, le 27 octobre 2022, tuant 11 fidèles dans la pire attaque antisémite jamais perpétrée sur le sol américain.

Alors que les survivants et d’autres personnes se sont rassemblés pour commémorer leurs morts jeudi, les groupes juifs marquant l’anniversaire, ont noté que les remarques de West étaient révélatrices de la rhétorique antisémite croissante alimentée par les réseaux sociaux.

Une étoile de David suspendue à une clôture à l’extérieur de la synagogue « Tree of Life » dans le quartier de Squirrel Hill, à Pittsburgh, le 26 octobre 2022. (Crédit : Gene J. Puskar/AP)

« Il est horriblement triste que cette semaine, alors que notre communauté tente de se souvenir et de guérir, nous soyons à nouveau traumatisés par l’antisémitisme qui fait à nouveau la Une des journaux », a déclaré Laura Cherner, directrice du Conseil des relations communautaires de la Fédération juive du Grand Pittsburgh.

« Il est horrifiant de voir quelqu’un, qui dispose d’une si grande tribune, épouser avec désinvolture des théories conspirationnistes antisémites avec une telle conviction et si peu de considération pour l’impact violent que ses mots peuvent avoir », a-t-elle ajouté.

Holly Huffnagle, directrice américaine de la lutte contre l’antisémitisme à l’American Jewish Committee (AJC), a noté que West avait fait d’autres commentaires troublants dans le passé qui ont suscité peu de réactions, comme associer Juifs et cupidité ou Juifs et services secrets, ainsi qu’une forme de nationalisme noir radical partagé avec les responsables de la fusillade mortelle de 2019, dans une épicerie casher du New Jersey.

Le rabbin Rick Jacobs, président de l’Union pour le judaïsme réformé, a déclaré que les paroles de West étaient survenues dans un contexte de montée de l’antisémitisme « émanant de la droite, de la gauche et d’à peu près de tout le spectre politique ».

L’augmentation est « non seulement dans la rhétorique, mais aussi dans les attaques physiques à l’encontre des Juifs et de la communauté juive », a-t-il dit.

« Le fait que quelqu’un comme Kanye West transpire la haine, le vitriol et une forme pure d’antisémitisme, a un impact incroyablement douloureux et doit susciter des réponses fortes », a ajouté Jacobs.

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