L’Allemagne jure de soutenir Israël à l’ONU, rompant en apparence avec le passé
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L’Allemagne jure de soutenir Israël à l’ONU, rompant en apparence avec le passé

L'envoyé israélien à Berlin a salué ces propos, évoquant un "signal clair" de la détermination du pays à renforcer le statut de Jérusalem dans ce forum international

Raphael Ahren est le correspondant diplomatique du Times of Israël

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et le ministre allemand des Affaires étrangères Heiko Maas lors de leur rencontre à Jérusalem, le 26 mars 2018 (Crédit : Kobi Gideon / GPO)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et le ministre allemand des Affaires étrangères Heiko Maas lors de leur rencontre à Jérusalem, le 26 mars 2018 (Crédit : Kobi Gideon / GPO)

L’Allemagne a expliqué être profondément troublée par la partialité anti-israélienne affichée aux Nations unies et a promis de s’opposer à « tout traitement inéquitable » de l’Etat juif au sein de l’institution internationale.

Cette déclaration, émise le jour du 70e anniversaire de l’accession de l’Etat juif à l’ONU, a été saluée par l’envoyé de Jérusalem en Allemagne, Jeremy Issacharoff, qui a expliqué espérer qu’elle signalerait un changement dans le modèle de vote de Berlin sur la question du Moyen-Orient.

Les antécédents de vote de l’Allemagne, sur les questions relatives à la région, ont été régulièrement critiqués par Israël et ses partisans, le pays rejoignant souvent les autres nations européennes dans des votes allant contre l’intérêt d’Israël aux Nations unies.

« Il y a 70 ans – 24 ans avant l’admission de la république fédérale allemande aux Nations unies – Israël avait été admis à l’ONU en tant que membre plein et entier de l’institution. Le gouvernement fédéral voudrait profiter de ce 70e anniversaire pour répéter que l’Allemagne continuera à se tenir aux côtés d’Israël, et également à l’ONU », a dit le communiqué en anglais émis par le ministère allemand des Affaires étrangères.

« La responsabilité historique de l’Allemagne vis-à-vis de l’Etat d’Israël, Juif et démocratique, et sa sécurité font partie de notre raison d’être. L’Allemagne oeuvrera toujours, y compris aux Nations unies, à garantir que le droit à l’existence d’Israël ne sera jamais remis en cause ».

Nickolay Mladenov, à gauche, coordinateur spécial de l’ONU pour le processus de paix au Moyen-Orient, intervient lors d’un conseil de sécurité des Nations unies par vidéoconférence, le 10 novembre 2018 (Crédit : AP Photo/Bebeto Matthews)

Berlin « s’inquiète qu’à ce jour, Israël est un pays qui continue à être critiqué de manière inappropriée, traité avec partialité et marginalisé dans les instances de l’ONU », a continué le communiqué.

L’Allemagne, qui est membre non-permanent du conseil de Sécurité, a juré de « s’opposer à tout traitement inéquitable d’Israël au sein des Nations unies et à soutenir ses intérêts légitimes. Nous continuerons à faire de notre mieux pour soutenir sa cause », selon le communiqué qui s’est basé sur des propos tenus par le ministre des Affaires étrangères Heiko Maas.

Le soutien de l’Allemagne « aux intérêts légitimes d’Israël aux Nations unies » est ancré dans la foi profonde placée par le pays dans l’importance pour l’ONU de « l’ordre multilatéral et basé sur la loi », a noté le communiqué.

Ainsi, les résolutions des Nations unies sur le Moyen-Orient doivent constituer le « cadre international » des initiatives de résolution du conflit israélo-palestinien, a poursuivi le communiqué – ce qui pourrait être considéré comme un rejet anticipé de la proposition de paix très attendue qui sera soumise par l’administration américaine.

« Dans sa solidarité profonde avec le peuple Juif et l’Etat d’Israël, l’Allemagne continuera à assumer sa part de la mission dans le renforcement de la représentation israélienne aux Nations unies », a conclu le communiqué.

L’ambassadeur Issacharoff a fait savoir dimanche qu’il saluait ce communiqué. Il a exprimé l’espoir que ce dernier puisse envoyer « le signal clair de la détermination de l’Allemagne dans le cadre des initiatives prises actuellement pour améliorer les antécédents de vote du pays et pour renforcer également la place et la représentation d’Israël à la tribune de l’ONU ».

Jeremy Issacharoff, ambassadeur israélien à Berlin, parle aux médias à Berlin, en Allemagne, le 7 mai 2019 (Crédit : Michael Kappeler/dpa via AP)

Le modèle de vote adopté par l’Allemagne aux Nations unies est « un élément très central de notre programme vis-à-vis du gouvernement allemand », a-t-il expliqué.

« Cela fait un certain temps que nous avons cette discussion à un niveau supérieur et avec nos homologues allemands. Nous les avons informés que nous espérions voir changer leurs habitudes de vote », a-t-il déclaré au Times of Israel lors d’un entretien récent.

Il y a eu des moments où le gouvernement allemand a agi de manière à améliorer les textes de certaines résolutions, « ce qui a été utile », a-t-il commenté.

« Mais il y a aussi, en fin de compte, des efforts livrés par l’Allemagne pour se plier au consensus au sein de l’Union européenne. Il y a certaines circonstances dans lesquelles, nous le pensons, l’Allemagne aurait pu être en désaccord et adopter un positionnement indépendant propre. Mais finalement, la relation unique entre Israël et l’Allemagne devrait se refléter au sein de l’arène internationale ».

Le communiqué allemand a été critiqué par Yair Netanyahu, le fils du Premier ministre Benjamin Netanyahu.

« Ce serait une bonne chose que vous cessiez d’intervenir dans nos affaires et que vous arrêtiez de financer des centaines d’ONG de la gauche radicale en Israël qui cherchent la destruction du pays », a-t-il écrit sur Twitter, en réponse au post écrit par le ministère allemand des Affaires étrangères sur le communiqué.

« Utilisez les centaines de millions d’euros que vous dépensez pour ça pour financer des hôpitaux, des écoles et des églises en Allemagne ! », a-t-il ajouté.

Tandis que la chancelière Angela Merkel a déclaré, il y a maintenant plus d’une décennie, que la sécurité d’Israël était l’une des « raisons d’être » de l’Allemagne, Berlin vote habituellement en défaveur de l’Etat juif à l’ONU. Cela a été le cas, entre autres, sur les questions de Jérusalem, du plateau du Golan et des implantations de Cisjordanie.

Le 14 mars, le Bundestag a voté une résolution déclaratoire qui appelait le gouvernement allemand et l’Union européenne à changer son modèle de vote en faveur d’Israël.

Dans la mesure où elle avait été proposée par un parti d’opposition, les formations de la coalition ont voté contre la résolution, qui n’a donc pas été adoptée. Quatre cent huit députés – dont 224 issus de l’Union chrétienne démocrate de Merkel, de centre-droit – ont voté contre la résolution, tandis que 155 législateurs – avec notamment presque la totalité des membres du parti d’extrême-droite Alternative pour l’Allemagne – ont voté « pour ».

Issacharoff a expliqué avoir été déçu que la résolution ait été rejetée par le Bundestag, estimant par ailleurs que ce vote avait marqué le lancement d’un débat public plus large sur la question.

« Cela place le sujet à l’ordre du jour et nous espérons que l’Allemagne continuera à réfléchir à son positionnement sur la question », a-t-il dit.

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