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Analyse

L’anniversaire des Accords d’Abraham, une occasion pour prononcer leur nom

Blinken s'est référé pour la première fois au nom donné aux Accords après des mois à éviter le terme choisi par l'ancien gouvernement américain

De gauche à droite dans le sens des aiguilles d'une montre : Le secrétaire d'État américain Antony Blinken, le ministre des Affaires étrangères Yair Lapid, le conseiller diplomatique des EAU Anwar Gargash, l'ambassadeur de Bahreïn aux États-Unis Sheikh Abdullah bin Rashid al-Khalifa et le ministre marocain des Affaires étrangères Nasser Bourita lors d'une visioconférence fêtant le premier anniversaire des Accords d'Abraham, le  17 septembre 2021. (Capture d'écran/YouTube)
De gauche à droite dans le sens des aiguilles d'une montre : Le secrétaire d'État américain Antony Blinken, le ministre des Affaires étrangères Yair Lapid, le conseiller diplomatique des EAU Anwar Gargash, l'ambassadeur de Bahreïn aux États-Unis Sheikh Abdullah bin Rashid al-Khalifa et le ministre marocain des Affaires étrangères Nasser Bourita lors d'une visioconférence fêtant le premier anniversaire des Accords d'Abraham, le 17 septembre 2021. (Capture d'écran/YouTube)

WASHINGTON (JTA) — À la conclusion de la réjouissante cérémonie qui a marqué le premier anniversaire des Accords d’Abraham, les accords de normalisation qui ont été signés entre Israël et quatre pays arabes, le secrétaire d’État américain Antony Blinken a rendu hommage à celui par qui tout a commencé.

Ne vous y trompez pas : je ne parle pas ici de Donald Trump mais bien d’Abraham lui-même.

« Abraham, dans notre Bible, a la témérité de dialoguer avec Dieu, de se disputer avec Dieu, de demander pourquoi et – c’est peut-être plus important encore – de demander pourquoi pas », a déclaré Blinken lors du rassemblement virtuel qui a été organisé vendredi à l’occasion de l’anniversaire de la signature des accords, le 15 septembre 2020 (célébré avec une journée de retard en raison de Yom Kippour).

« Et je pense que chacun de vous et que chacun de vos pays s’est demandé : ‘Pourquoi pas ?’ et que la réponse à cette question apparaît aujourd’hui devant nous, avec ces accords, avec cette normalisation et avec les bénéfices manifestes qu’elle apporte non seulement aux populations des pays concernés mais qu’elle apporte aussi, je le pense, beaucoup plus largement. »

En invoquant Abraham, Blinken a effacé toute inquiétude sur un engagement moindre en faveur de ces accords de la part du président Joe Biden, et ce même s’ils ont été conclus sous l’administration de l’ancien président Donald Trump.

Cette réunion amicale entre Blinken, qui est Juif ; les ministres des Affaires étrangères d’Israël et du Maroc ; l’ancien chef de la diplomatie des Émirats arabes unis et l’ambassadeur bahreïni aux Nations unies a porté sur ce qui est devenu un sujet familier : la reconnaissance enthousiaste des avancées d’ores et déjà réalisées et la promesse faite d’élargir encore ces accords.

Mais c’est la tonalité qui s’est néanmoins distinguée, avec Blinken qui n’a pas seulement prononcé le nom d’Abraham mais qui a assigné à ces accords une dimension quasiment religieuse en notant la reconnaissance partagée entre Juifs et Arabes du père fondateur originel. Blinken et les diplomates arabes ont également mis un point d’honneur de souhaiter au ministre israélien des Affaires étrangères Yair Lapid, qui était présent, une bonne nouvelle année.

Et tout cela a marqué un changement de la part de l’administration Biden dans la manière dont elle a pu évoquer les accords jusqu’à présent. Auparavant, les responsables de Biden avaient semblé réticents à la seule idée de prononcer le terme « Accords d’Abraham », ce qui avait ulcéré leurs architectes au sein de la précédente administration. Des proches de l’équipe de Biden ont confié à JTA que cette dernière ne souhaitait pas nécessairement introduire la religion dans des négociations diplomatiques.

Les artisans des Accords d’Abraham, dans l’administration Trump, s’étaient inquiétés au vu de la révulsion des Démocrates pour tout ce qu’avait pu faire Trump pendant son mandat. Ils craignaient, entre autres, que Biden ne saborde les accords conclus même s’il avait établi clairement, pendant sa campagne, que la normalisation des liens entre Israël et ses voisins arabes étaient un rare point d’entente qui existait entre lui et Trump.

Ces inquiétudes avaient diminué quand Biden s’était engagé à ne pas revenir sur les promesses faites par Trump pour inciter les pays signataires à concrétiser la normalisation de leurs relations avec l’État juif : la vente d’avions de combat F-35 aux EAU, la reconnaissance de la revendication, par le Maroc, de sa souveraineté sur le Sahara occidental, et le retrait du Soudan de la liste des États terroristes, liste qui avait bloqué le développement des relations internationales de ce dernier.

Vendredi, c’était également le 43e anniversaire de l’accord de paix de Camp David, conclu entre Israël et l’Egypte et négocié par Jimmy Carter, un Démocrate qui ne craignait guère de mélanger religion et diplomatie. Blinken a noté cette coïncidence et déclaré qu’une partie de l’ordre du jour que l’administration Biden s’est fixé consisterait à approfondir les traités de paix déjà existants entre Israël, l’Egypte et la Jordanie.

« Nous œuvrerons à approfondir les relations de longue haleine avec l’Egypte et la Jordanie – des partenaires déterminants pour les États-Unis et pour Israël et les Palestiniens de la même manière », a noté Blinken. Il a remarqué que le Premier ministre israélien Naftali Bennett avait fait le déplacement au Caire ce mois-ci pour y rencontrer le président égyptien Abdel Fattah el-Sissi – la première visite de ce type entre de hauts-responsables des deux pays depuis une décennie. « Les négociations entre Israël et la Jordanie sur de nouveaux accords dans les secteurs de l’eau et du commerce montrent la manière dont ces relations continuent de se construire sur ces accords pionniers, signés il y a des dizaines d’années », a-t-il dit.

S’ils précèdent en effet de plusieurs décennies les Accords d’Abraham, les relations entre Israël et l’Egypte et entre l’État juif et la Jordanie sont en manque d’interactions entre les peuples – l’idée de la normalisation, qui a fleuri depuis la conclusion des Accords d’Abraham. Blinken est entré dans le détail des avantages et des opportunités apportés jusqu’à présent par la normalisation.

« Les Émirats arabes unis ont procédé à des investissements significatifs dans des secteurs stratégiques en Israël et notamment dans l’énergie, dans la médecine, dans la technologie et dans les soins de santé », a-t-il expliqué. « Les entreprises privées de vos pays travaillent ensemble dans tous les secteurs, de la désalinisation aux thérapies cellulaires. »

Blinken a même mentionné l’établissement récent de liens diplomatiques entre le Kosovo et Israël, un pays que l’équipe de négociation de Trump avait voulu trouver le moyen d’inclure dans les Accords d’Abraham malgré une différence de contexte essentiel – et notamment le fait que c’est le Kosovo qui a demandé la reconnaissance de l’État juif pendant des années et non le contraire.

Absent notable de la cérémonie virtuelle, le Soudan, où il y a eu des signes de malaise face à ces nouvelles relations avec Israël (citons par exemple le cas d’un athlète olympique soudanais qui s’est retiré cette année des JO pour ne pas devoir affronter un adversaire israélien). Un diplomate soudanais a indiqué que le pays devrait signer un accord officiel à la Maison Blanche avant d’afficher publiquement ses liens avec l’État juif.

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