L’annulation des célebrations du 120e anniversaire du Premier congrès sioniste, à Bâle
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L’annulation des célebrations du 120e anniversaire du Premier congrès sioniste, à Bâle

Netanyahu devait se rendre au mois d'août, à l'endroit où Herzl a "fondé l'État juif", mais une mauvaise planification a conduit à l'annulation de cette commémoration

Raphael Ahren est le correspondant diplomatique du Times of Israël

Theodor Herzl s'adresse aux participants du premier ou second Congrès sioniste, à Bâle, en 1897/8. (Crédit : GPO)
Theodor Herzl s'adresse aux participants du premier ou second Congrès sioniste, à Bâle, en 1897/8. (Crédit : GPO)

La ville de Bâle, en Suisse, où Theodor Herzl a intronisé la notion de sionisme politique n’accueillera pas le Premier ministre israélien lors du 120e anniversaire du Premier Congrès sioniste qui s’est déroulé sur place. Un évènement de grande envergure, planifié depuis longtemps par l’Organisation sioniste mondiale pour célèbrer cette date clé, a été annulé.

Les opinions divergent quant à la raison de cette annulation. Les responsables israéliens et suisses évoquent une mauvaise gestion, des problèmes budgétaires, et l’incapacité des autorités suisses à mettre en place les mesures de sécurité nécessaires à cet évènement.

Le fait est que Bâle, qui a accueilli 11 congrès sionistes entre 1987 et le début de la Première Guerre mondiale, ne célèbrera pas cet été, d’anniversaire officiel.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu devait se rendre à Bâle le 27 août pour célébrer l’anniversaire de la conférence de 1987, qui a eu lieu dans le casino de la ville. Considéré comme l’un des jalons principaux de l’histoire du sionisme, ce congrès avait réuni plus de 200 personnes et était couvert par 26 journalistes.

Mais les autorités bâloises ont fait savoir à Jérusalem qu’elles ne seront pas en mesure d’organiser cet évènement comme prévu, et ont proposé de le reporter. Au lieu de cela, l’Organisation sioniste mondiale a décidé d’annuler tous les plans prévus dans la ville suisse et d’organiser une commémoration en septembre, à Jérusalem.

Les échanges entre les responsables suisses et israéliens ont commencé en février, et les projets ont été lancés deux mois plus tard. Mais la lenteur des services israéliens et l’incapacité de la municipalité à mettre sur pied un évènement avec un préavis si court, associé à des désaccords sur celui à qui reviendrait les coûts inhérents à la sécurité, ont conduit les autorités du canton de Bâle-Stadt à annoncer que l’évènement ne pourra avoir lieu à la date anniversaire précise.

« Le conseil municipal a pris cette décision sur la base d’un rapport fourni par les chefs de projet. Nous regrettons profondément cette décision, car nous connaissons la valeur de cette évènement », a déclaré la ville dans un communiqué le 16 juin.

La "carte de membre" des délégués au Premier congrès sioniste, en 1987, à Bâle. (Crédit : Yaacov Saar/GPO)
La « carte de membre » des délégués au Premier congrès sioniste, en 1987, à Bâle. (Crédit : Yaacov Saar/GPO)

« Leur décision a été prise au regard de considération sécuritaires : il ne restait que trop peu de temps pour permettre d’organiser le personnel et les mesures nécessaires pour garantir la sécurité des personnes et de l’évènement », a déclaré Noémie Charton, porte-parole du ministre des Affaires étrangères suisses au Times of Israel cette semaine. « Bien qu’il soit regrettable qu’il n’ait pas lieu à la fin du mois d’août, la possibilité d’organiser cet évènement à une date ultérieure reste envisageable. »

Selon plusieurs sources, il y a eu un désaccord sur le financement de la sécurité de cet évènement, qui s’élevait à 35,5 millions de shekels.

Le Bureau du Premier ministre et le ministre des Affaires étrangères à Jérusalem ont refusé de s’exprimer sur ce fiasco. Mais en privé, certains responsables à Jérusalem ont parlé de « divergences d’opinion quant au financement de certains aspects de l’évènement ».

Selon Avraham Duvdevani, qui préside l’Organisation sioniste mondiale, les préparatifs ont débuté il y a 6 mois. Cependant, l’organisation a dû attendre deux mois pour obtenir le feu vert de la part du bureau de Netanyahu.

« Nous avons tout arrêté jusqu’à l’obtention de la confirmation du bureau du Premier ministre quant à la date et à la participation du gouvernement israélien aux frais de sécurité pour cet évènement », a déclaré Duvdevani au Times of Israel.

Il a souligné que l’Organisation sioniste mondiale a informé les autorités bâloises de son intention d’organiser cet évènement il y a 4 mois. « Nous leur avons dit suffisamment tôt. »

L’Organisation sioniste mondiale a ensuite fait appel à une société de production et a communiqué à la Suisse un programme détaillé, a expliqué Duvdevani, qui s’est lui-même rendu à Bâle il y a un mois et demi pour y rencontrer les autorités municipales. « Ils ont dit que tout était bon et nous ont même envoyé un protocole de la réunion », a-t-il dit. « Mais ensuite, ils nous ont écrit pour nous dire qu’ils voulaient nous revoir, parce qu’il leur manquait certains détails et qu’ils voulaient savoir combien la sécurité leur coûterait », a expliqué Duvdevani.

Quand on sait que les Israéliens savent programmer des visites pour des chefs d’États en un clin d’œil, comme on a pu le voir lors des funérailles de Shimon Peres, les autorités israéliennes étaient persuadées que 2 mois et demi suffiraient à la Suisse pour tout planifier, a-t-il fait remarquer.

« Mais ils ont trainé, et trainé, et quand, il y a deux semaines, ils ont appelé notre ambassadeur au ministère des Affaires étrangères [à Bern] et ils lui ont dit : ‘Désolé, mais ne pourrons pas organiser cela dans les temps’ ». Les autorités bâloises ont proposé d’accueillir cet évènement à une date ultérieure, a indiqué Duvdevani mais l’Organisation sioniste mondiale a préféré tout annuler, et prévoir de célébrer le 120e anniversaire du premier congrès sioniste dans un évènement prévu mi-septembre au mont Herzl, à Jérusalem.

« Nous ferons quelque chose de grandiose en Israël à la place. Pas grand, grandiose », a promis Duvdevani. Il a ajouté qu’il attend « des dizaines de milliers de personnes » à cet évènement, dont Netanyahu.

Une femme prie près de la tombe d'un soldat tombé au combat durant la guerre de Kippour en 1973, au cimetière militaire du mont Herzl. (Crédit : Michal Fattal/Flash90)
Une femme prie près de la tombe d’un soldat tombé au combat durant la guerre de Kippour en 1973, au cimetière militaire du mont Herzl. (Crédit : Michal Fattal/Flash90)

Le Premier ministre ira peut-être à Bâle, mais « cette visite n’aura aucun lien avec l’anniversaire du Congrès ».

La version bâloise

Les autorités suisses ont rejeté la responsabilité de cette annulation, indiquant qu’ils n’ont été informés de la tenue de cet évènement « tardivement ».

Une première rencontre avec les Israéliens a eu lieu en février, puis « deux mois se sont écoulés et il ne s’est presque rien passé », a expliqué Marco Greiner, porte-parole de la mairie au journal local en mai.

Bâle est une ville qui recense moins de 200 000 personnes, et il faudrait boucler de larges quartiers de la ville et demander de l’aide à des forces de police d’autres villes, selon les responsables. « Ce type d’évènement pose des questions importantes qui n’ont pas trouvées de réponses », a déclaré le conseil municipal dans son communiqué du 16 juin. « Nous n’avons plus suffisamment de temps pour prendre les mesures nécessaires, notamment avec la police du canton et les autres agences de sécurité. De plus, il serait difficile de maintenir la population dans la confusion. »

Les Juifs de Bâle ont toujours été sceptiques quant à la capacité de la municipalité à mettre sur pied un tel évènement dans les temps. En mars, alors que les rumeurs sur l’arrivée de Netanyahu faisait les gros titres, le président de la communauté juive, Guy Rueff, a declaré que « cinq mois de planification représentent un défi énorme pour les politiques et la police ».

En 1997, pour le centenaire du premier congrès sioniste, un évènement de grande envergure a eu lieu à Bâle. Le président de la Knesset était présent. Les Juifs de la ville avaient fait part de leur déception quant au fait qu’Israël n’avait pas envoyé de politicien haut-placé. (Netanyahu était alors Premier ministre).

Cependant, vingt ans plus tard, tous les membres de la communauté ne se réjouissent pas de l’arrivée de Netanyahu. Certains ont déclaré qu’il n’y avait pas besoin d’organiser un tel évènement, 20 ans à peine après le dernier. La plupart des non(-juifs bâlois ne mesurent pas l’importance de la symbolique d’un 120ème anniversaire, et ils soutiennent donc que cet évènement ne ferait pas l’objet d’un intérêt international.

Pierre Loev, président de la branche suisse du New Israel Fund, a déclaré qu’il craignait que Netanyahu ne se serve de ces festivités comme tribune pour promouvoir sa politique belliqueuse à l’égard des Palestiniens.

« Célébrer un anniversaire et réfléchir sur ce qu’était le sionisme, est, et devrait être quelque chose de convenable », a-t-il déclaré à l’hebdomadaire Tachles, fin mars. « Mais je crains que le Premier ministre Benjamin Netanyahu n’instrumentalise cet évènement pour ses propres politiques, et qu’il ne soit pas intéressé par les réflexions historiques. »

La résonance de l’Histoire

Le Premier congrès sioniste est considéré comme la première étape du peuple juif vers le rétablissement d’un état-nation dans sa terre d’origine. « À Bâle, j’ai fondé l’État juif », avait noté Herzl dans son journal, quelques jours après la fin du congrès de 3 jours.

« SI j’avais dit cela à voix haute aujourd’hui, j’aurais fait l’objet de moquerie. Peut-être dans 5 ans, peut-être dans 50 ans, tout le monde s’en rendra compte. »

Sa vision est devenue une réalité, et l’État d’Israël a été fondé près d’une demi-siècle après qu’il a écrit ces mots.

Célèbre photo de Theodor Herz sur le balcon de l'hôtel Les Trois Rois, à Bâle, en Suisse. (Crédit : CC-PD-Mark, by Wikigamad, Wikimedia Commons)
Célèbre photo de Theodor Herz sur le balcon de l’hôtel Les Trois Rois, à Bâle, en Suisse. (Crédit : CC-PD-Mark, by Wikigamad, Wikimedia Commons)
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