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L’AP engagée auprès de l’ambassade américaine à Jérusalem malgré le boycott

Si Abbas a rencontré de hauts responsables de la mission américaine, un officiel palestinien l'affirme : la politique de Ramallah ne changera pas avant la réouverture du consulat

Jacob Magid est le correspondant pour les questions liées aux implantations pour le Times of Israël

Le rpésident de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas accueille une délégation américaine dirigée par le secrétaire d'État-adjoint aux Affaires palestiniennes et israéliennes Hady Amr, avec à sa gauche le chargé d'affaires de l'ambassade américaine Michael Ratney et le chef de l'Unité des Affaires palestiniennes George Noll, le 5 octobre 2021. (Crédit : WAFA)
Le rpésident de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas accueille une délégation américaine dirigée par le secrétaire d'État-adjoint aux Affaires palestiniennes et israéliennes Hady Amr, avec à sa gauche le chargé d'affaires de l'ambassade américaine Michael Ratney et le chef de l'Unité des Affaires palestiniennes George Noll, le 5 octobre 2021. (Crédit : WAFA)

Le dirigeant de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas a rencontré de hauts responsables américains de l’ambassade de Jérusalem ces derniers mois malgré l’ordre donné à ses propres diplomates de ne pas le faire, ont confirmé des sources de Washington et de Ramallah au Times of Israel.

Ce changement de politique a commencé peu après l’annonce par l’administration Biden de la réouverture du consulat américain à Jérusalem, qui servait de mission de facto pour les Palestiniens. Les diplomates du consulat avaient travaillé étroitement avec leurs homologues palestiniens à Jérusalem jusqu’à la reconnaissance par l’ex-président Donald Trump de Jérusalem en tant que capitale d’Israël en 2017 – une annonce qui avait été suivie par le transfert de l’ambassade américaine, qui se trouvait alors à Tel Aviv, dans la ville sainte.

L’AP avait rompu les liens avec l’administration Trump qui avait fermé le consulat de Jérusalem. Si le département d’État avait évoqué une mesure d’efficacité, l’initiative avait été considérée par de nombreuses personnes comme une rétrogradation effective des relations avec les Palestiniens. Les diplomates qui travaillaient avec l’Autorité palestinienne avaient été placés sous les auspices de la mission américaine en Israël dans le cadre d’un département qui est dorénavant connu sous le nom d’Unité des affaires palestiniennes.

Mais le travail de ces diplomates avait été limité dans la mesure où l’AP a interdit, depuis deux ans, aux officiels palestiniens de les rencontrer.

Washington et Ramallah ont repris contact depuis l’arrivée du président Joe Biden à la Maison Blanche mais la directive concernant l’ambassade des États-Unis à Jérusalem – qu’Abbas avait qualifié « d’avant-poste d’implantation » – est restée en vigueur et les responsables américains de l’unité n’ont que peu communiqué avec leurs homologues de Ramallah. Les officiels palestiniens préfèrent dorénavant passer par le secrétaire-adjoint aux Affaires israéliennes et palestiniennes, Hady Amr, qui est basé à Washington, ont expliqué des responsables de l’AP.

Cette incapacité à travailler avec les Palestiniens a entraîné de la frustration du côté américain pendant la guerre à Gaza, au mois de mai, a déclaré un responsable proche du dossier au Times of Israel, reconnaissant que Washington avait été ralenti dans ses réactions au moment où les violences se sont déclenchées.

Quelques jours après la guerre, le secrétaire d’État américain Anthony Blinken était venu dans la région et avait fait savoir au Premier ministre israélien de l’époque, Benjamin Netanyahu, et à Abbas que Biden tiendrait sa promesse de campagne de rouvrir le consulat américain à Jérusalem.

De plus, Blinken avait envoyé l’ancien dirigeant de cette mission, Michael Ratney, à Jérusalem pour devenir le chargé d’affaires de l’ambassade jusqu’à l’arrivée d’un ambassadeur à plein-temps. Ratney entretient depuis longtemps des liens avec d’importants membres de l’AP et a utilisé ces relations pour recommander à Abbas de mettre un terme à son boycott de la mission américaine, a fait savoir un responsable proche du dossier.

Depuis le mois de mai, Abbas s’est entretenu en privé à Ramallah avec Ratney et avec le chef de l’Unité des affaires palestiniennes, George Noll, à plusieurs reprises pour évoquer l’avancée des relations bilatérales entre les États-Unis et les Palestiniens, ont confirmé des sources américaines et palestiniennes au Times of Israel.

Ratney et Noll ont également accompagné Amr lors de visites avec Abbas et avec le Premier ministre de l’AP, Mohammad Shtayyeh, cette semaine.

« Abbas reconnaît que l’administration Biden est sérieuse quand elle désire améliorer les relations et qu’il adopte une approche plus pragmatique, bien qu’il aurait aimé que le consulat rouvre ses portes plus tôt », a commenté un responsable. « Il reconnaît qu’il a encore besoin des États-Unis en ce moment. »

Abbas tente de faire sortir l’AP d’une crise financière qui a été rendue plus intense par la pandémie et il doit affronter des critiques en son sein et à l’étranger concernant son report à une date indéterminée des premières élections parlementaires qui auraient dû avoir lieu il y a déjà quinze ans. Il a également été mis en cause pour la répression exercée par ses forces de sécurité à l’encontre de manifestants civils au début de l’été.

Le bureau d’Abbas n’a pas répondu à une demande de réaction sur le sujet mais un officiel palestinien, qui s’est exprimé sous couvert d’anonymat, a minimisé les rencontres qui auraient eu lieu jusqu’à présent entre le président de l’AP et les Américains.

« Même s’il y a eu quelques réunions au niveau de la présidence, personne, plus bas dans la hiérarchie, n’a eu de contact avec la mission. Nos contacts avec les États-Unis, actuellement, sont complètement différents de ceux que nous entretenons avec d’autres pays qui ont des bureaux ici », a noté le responsable palestinien.

Il a souligné l’organisation d’un événement, au début du mois, par l’Unité des affaires palestiniennes qui a eu lieu à Ramallah, remarquant qu’aucun officiel palestinien n’y avait participé.

« La présence de l’Unité des affaires palestiniennes dans l’ambassade américaine en Israël signale comment un groupe d’individus, partisans des implantations et de l’annexion, ont tenté de rétrograder le statut des Palestiniens, et si les États-Unis n’ouvrent pas une mission diplomatique distincte pour la Palestine, il va être très difficile de s’engager à leurs côtés », a poursuivi le responsable.

« Ce n’est pas un boycott de l’administration américaine. Nous rencontrons en permanence des Américains et nous nous investissons dans des initiatives visant à améliorer nos relations avec eux. Le problème, c’est cette unité. Si nous avions eu des instructions nous demandant de changer de positionnement, nous l’aurions fait », a-t-il poursuivi.

L’ambassade américaine de Jérusalem n’a pas répondu à notre demande de réaction.

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