L’AP stoppe l’importation de fruits, légumes et volailles israéliennes
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L’AP stoppe l’importation de fruits, légumes et volailles israéliennes

Dernier volet d'une guerre commerciale, l'Autorité palestinienne réagit à une interdiction du ministre israélien de l'Agriculture d'importer des produits agricoles palestiniens

Réunion du gouvernement de l'Autorité palestinienne à Ramallah, le 27 décembre 2018. (Crédit : Wafa)
Réunion du gouvernement de l'Autorité palestinienne à Ramallah, le 27 décembre 2018. (Crédit : Wafa)

Le gouvernement de l’Autorité palestinienne a décidé jeudi de cesser les importations israéliennes de fruits, légumes et volailles qui entraient sur les marchés palestiniens, a fait savoir le site d’information officiel de l’AP, Wafa.

Cette décision a été prise après que le ministre israélien de l’Agriculture, Uri Ariel, a décidé de geler les importations de fruits et légumes palestiniens au sein de l’Etat juif.

Ariel avait ordonné aux autorités au sein du ministère de l’Agriculture de ne plus autoriser l’entrée des fruits et légumes palestiniens en Israël en date du 17 décembre, après que l’AP a donné pour instruction aux bouchers palestiniens de cesser d’acheter de l’agneau en provenance de l’Etat juif, a expliqué lors d’un entretien téléphonique une porte-parole du ministre, Dalia Goldenberg.

Le vice-ministre de l’Agriculture de l’Autorité palestinienne, Abdullah Lahlouh, a confirmé lors d’une conversation téléphonique qu’Israël avait rejeté les fruits et légumes palestiniens aux postes frontaliers depuis une dizaine de jours.

« Le Conseil des ministres a décidé au cours de sa réunion hebdomadaire dirigée par le Premier ministre Rami Hamdallah, jeudi à Ramallah, d’interdire l’entrée sur les marchés palestiniens de tous les types de légumes, fruits et volailles israéliens », a fait savoir l’article de Wafa. « Le conseil a appelé les citoyens et les commerçants à coopérer de manière à honorer cette décision et à protéger les agriculteurs palestiniens ».

Un agriculteur palestinien cueillant des tomates pour l’exportation à Khan Younis, dans la bande de Gaza, le 2 mars 2011 (Crédit : Abed Rahim Khatib / flash 90)

Ariel a répondu à la décision prise par l’AP en affirmant que le ministère de l’Agriculture « ne cédera pas face aux menaces ».

Il a également noté que le ministère reprendrait les importations de fruits et légumes palestiniens si « l’AP revient sur son interdiction d’importer de l’agneau israélien ».

Dans une déclaration faite mercredi dernier, le ministère de l’agriculture de l’AP avait fait savoir qu’il avait interdit, le 2 décembre, aux bouchers d’acheter de l’agneau auprès d’exportateurs israéliens.

Selon le ministère, cette décision avait été prise après que le prix de l’agneau, sur le marché palestinien, est tombé en-deçà de son coût local de production.

Tareq Abu Laban, directeur du marketing du ministère de l’Agriculture, avait fait savoir que la décision ne concernait que l’agneau que les négociants israéliens font venir de l’étranger – soulignant qu’elle n’avait aucun impact sur la viande produite en Israël. Il avait expliqué que cette décision avait été prise pour des raisons économiques.

« Nous avons pris cette décision après que de nombreux agriculteurs locaux nous ont demandé de mettre un terme aux importations d’agneau. Nous l’avons fait pour protéger nos agriculteurs », avait-il noté mercredi dernier lors d’un entretien par téléphone.

Goldenberg a démenti l’explication avancée par Abu Laban, affirmant que l’AP avait également stoppé l’importation de l’agneau élevé en Israël.

Elle a ajouté que la décision prise par l’AP contrevenait au protocole de Paris, l’annexe économique comprise dans les Accords d’Oslo qui ont été signés au milieu des années 1990 par Israël et l’Organisation de libération de la Palestine.

Goldenberg n’a pas pu fournir la clause spécifique qui aurait été violée par l’AP.

Abu Laban a également nié que la décision prise par le ministère de l’Agriculture palestinien est venue contredire les accords passés entre l’Etat Juif et l’AP.

Les responsables israéliens de la sécurité ont averti Ariel que sa décision pourrait entraîner une escalade des violences contre les Israéliens, ont déclaré des responsables de la Défense à la chaîne d’information Hadashot, la semaine dernière.

« C’est une décision irresponsable et populiste qui a été prise à partir de considérations purement politiques et qui est prise au détriment de la sécurité publique, notamment de la sécurité des habitants des implantations », a dit un responsable de la Défense non-identifié à la chaîne de télévision. « Elle encouragera également les trafics et mènera à une hausse des prix en Israël ».

Ofer Moskovitz, fermier israélien, examine le sol dans son champs près de Kfar Youval, en Israël, le 17 juillet 2018. (Crédit : AP/Caron Creighton)

Goldenberg a pris la défense de la décision d’Ariel, disant que le ministre ne cherchait qu’à mettre en oeuvre les accords passés entre les Palestiniens et Israël.

L’ancien ministre de l’Agriculture de l’AP, Walid Assaf, a expliqué que les Palestiniens importent traditionnellement des fruits et des légumes à hauteur d’environ 700 à 800 millions de shekels chaque année, ainsi que 10 millions de shekels de volailles.

« Je pense qu’Israël va connaître des pertes majeures », a commenté Assaf lors d’un entretien téléphonique.

Abbas Melhem, directeur du syndicat palestinien des agriculteurs, contacté par téléphone, a expliqué que les exploitants palestiniens envoyaient environ 207 millions de shekels de produits en Israël, ajoutant que de nombreux secteurs de la Cisjordanie – et en particulier Tubas, Tulkarem et Jénine – s’appuyaient sur ces exportations de fruits et légumes au sein de l’Etat juif.

Il a également appelé le gouvernement de l’Autorité palestinienne à trouver des marchés alternatifs tels que la Jordanie pour que les exploitants agricoles palestiniens puissent vendre leurs fruits et leurs légumes.

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