Le Canada interdit les options binaires et appelle Israël à suivre son exemple
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Le Canada interdit les options binaires et appelle Israël à suivre son exemple

Malgré les efforts canadiens pour sévir contre l’industrie, le nombre de plaintes de fraude aux options binaires n’a pas chuté au Canada

Le parlement canadien à Ottawa. Illustration. (Crédit : MarcBruxelle/iStock)
Le parlement canadien à Ottawa. Illustration. (Crédit : MarcBruxelle/iStock)

Les Administrateurs des titres canadiens, l’organisation qui rassemble les régulateurs financiers de chaque province du pays, ont annoncé une interdiction totale de la publicité et de la vente des options binaires aux Canadiens.

L’interdiction, annoncée jeudi, définit une option binaire comme un instrument financier « fondé sur le résultat d’une proposition oui/non », et qui paie en fonction de la hausse ou de la baisse du prix d’un produit particulier sur une période donnée. L’interdiction s’applique aux options binaires dont la période concernée est de moins de 30 jours.

Les options binaires sont une industrie majoritairement israélienne, qui rapporterait entre cinq et dix milliards de dollars par an. Les entreprises d’options binaires israéliennes frauduleuses semblent proposer à leurs clients du monde entier un investissement profitable à court terme. Mais en réalité, en utilisant des plate-formes truquées, en refusant de payer et en faisant appel à d’autres ruses, ces entreprises arnaquent la grande majorité des clients, qui perdent tout ou quasiment tout leur argent. Les vendeurs cachent généralement leur localisation, leur identité et mentent sur leurs produits.

Jason Roy, président de l’équipe en charge des options binaires au Canada et enquêteur pour la Commission des titres du Manitoba, avait dit au Times of Israël peu après l’annonce de l’interdiction que les sites Internet proposant des options binaires sans licence étaient déjà illégaux au Canada, mais que l’interdiction récemment promulguée envoie un message encore plus fort.

« Autrefois, nous disions que personne n’était enregistré au Canada pour vendre des options binaires. Nous pensons qu’en interdisant [à présent] ce produit, nous dirons que non seulement personne n’est enregistré pour le faire ici, mais personne ne sera jamais autorisé à le faire ici. »

Jason Roy (Crédit : autorisation)
Jason Roy (Crédit : autorisation)

Roy a indiqué que le nombre de Canadiens qui ont signalé avoir été victimes de la fraude aux options binaires en 2017 serait probablement le même qu’en 2016, malgré les efforts du Canada pour mettre en garde les consommateurs.

« Il semble que nos nombres seront similaires à ceux de l’année dernière – plus de 800 plaintes. Nous avons pris une grande initiative en mars 2017, où nous avons créé le site Internet binaryoptionsfraud.ca. Nous avons reçu plus de 10 000 visites ce mois-là, et plus de 500 articles ont été écrits sur ce sujet. Nous espérons qu’il y aura une baisse du nombre des Canadiens victimes [des options binaires], et comme l’information est sortie, nous pourrions avoir plus de victimes signalant la fraude. »

Une autre raison expliquant le nombre de plaintes resté stable, malgré l’attention des médias et les répressions régulières, est, selon Roy, le « temps de latence » entre le moment où quelqu’un s’engage avec un vendeur en ligne et le moment où il signale une fraude.

« Les gens impliqués avec une entreprise criminelle ne nous appellent pas le lendemain. C’est généralement six ou huit mois plus tard. L’arnaque n’est souvent pas ‘prenons un premier versement d’argent puis arrêtons de lui parler.’ C’est une arnaque qui se déroule aussi longtemps que possible, et dure parfois six mois ou plus avant que l’investisseur ne réalise qu’ils n’arrêtent pas de lui demander de l’argent et que chaque fois qu’on lui demande de retirer de l’argent, ils l’ignorent. A un certain moment, les victimes réalisent ce qu’il se passe, et disent ‘oh non’, et c’est là qu’ils nous appellent. »

Roy a indiqué que le Canada a posé trois objectifs à l’interdiction : prévenir les investisseurs, et persuader les entreprises de cartes de crédit et de technologie de sévir.

« Notre objectif est de faire en sorte que chaque Canadien soit informé de la fraude des options binaires et que cela devienne un mot toxique ici. Quand les gens entendent ce terme, ils sauront immédiatement qu’il s’agit probablement d’une arnaque et qu’ils doivent nous contacter. »

Une plateforme d'options binaires, dont la publicité est faite sur YouTube. Illustration. (Crédit : capture d'écran YouTube)
Une plateforme d’options binaires, dont la publicité est faite sur YouTube. Illustration. (Crédit : capture d’écran YouTube)

Il a ajouté que l’interdiction participe positivement au dialogue entre le Canada et les entreprises de cartes de crédit et les banques, pour permettre de cesser l’afflux d’argent offshore, ainsi qu’avec les compagnies technologiques comme Google et Facebook pour qu’elles cessent de faire de la publicité de tels produits.

« Nous avons été en contact avec deux grandes entreprises de cartes de crédit en Amérique du Nord. Ils bloquent plusieurs entreprises à notre demande, et identifient des entreprises qui vendent des options binaires et les bannissent de leur réseau de carte de crédit. »

Roy a ajouté que Twitter est la première grande entreprise technologique à interdire les publicités pour les options binaires, et qu’il espère que d’autres suivront cet exemple. Le 30 août, Twitter, a mis à jour ses directives publicitaires pour interdire les « publicités faisant des déclarations trompeuses ou mensongères, comme des offres pour ‘devenir riche rapidement’ et des schémas d’options binaires. »

L’objectif final est de faire que les entreprises d’options binaires laissent les Canadiens tranquilles.

« Nous espérons que nous pourrons protéger les Canadiens en interdisant ces différentes publicités et les moyens de paiement ou en augmentant significativement le coût nécessaire pour s’en prendre à une victime canadienne. Nous espérons que le coût sera si élevé qu’il n’en vaudra pas la peine pour eux et qu’ils concentreront leurs efforts ailleurs. »

Des options binaires aux monnaies cryptées

Même si le nombre de plaintes concernant les options binaires est resté stable, Roy a remarqué un changement du type de produits vendus par les mêmes entreprises, dont beaucoup agissent depuis Israël. Ces derniers mois, Roy a vu les entreprises d’options binaires passer à des produits comme le Forex, les CFDs (contrats de différence), et la vente de monnaies cryptées.

« Nous avons entendu le cas d’une famille qui a perdu 180 000 dollars à cause d’une entreprise appelée WMOption. Ils ont remarqué, au printemps, que sur leur compte en banque l’entreprise avait changé son nom pour PrimeCFDs. Il semble que cette entreprise en particulier a changé son produit, des options binaires aux CFDs. »

Fred Turbide et son épouse Maria Chaves-Turbide (Crédit : autorisation)
Fred Turbide et son épouse Maria Chaves-Turbide (Crédit : autorisation)

Le Times of Israël a détaillé la fraude massive des entreprises israéliennes d’options binaires, en commençant en mars 2016 par un article intitulé « Les loups de Tel Aviv ».

En janvier, le Times of Israël a annoncé que le Canadien Fred Turbide s’était suicidé après avoir perdu plus de 200 000 dollars canadiens à cause d’une entreprise israélienne d’options binaires. Cette société a récupéré de l’argent sur la carte de crédit de Turbide même après sa mort.

Un projet de loi présenté cette année pour interdire toute l’industrie des options binaires, ainsi que les entreprises de Forex et de CFDs qui agissent en Israël sans autorisation, a ensuite été remanié pour ne s’appliquer qu’aux options binaires. Les critiques ont affirmé que cette réécriture créait une faille juridique, et que dès la loi adoptée, des entreprises d’options binaires frauduleuses changeront simplement de produits et continueront leurs agissements. Ceci pourrait expliquer le changement constaté au Canada.

Après avoir été adopté en première lecture par la Knesset puis par la commission des Réformes de la Knesset le 7 août, le projet de loi attend à présent son approbation finale à la Knesset. Tal Schneider a écrit dans Globes le 28 septembre que malgré l’urgence exprimée par l’Autorité des titres d’Israël (ATI), la députée Rachel Azaria et le ministre des Finances Moshe Kahlon, le secrétaire du cabinet n’a pas encore programmé de date pour l’examen et le vote final de l’interdiction des options binaires par la Knesset.

Roy a indiqué au Times of Israël qu’à présent que le Canada avait interdit les options binaires, il espérait qu’Israël suivrait rapidement son exemple en adoptant son projet de loi.

« Plusieurs pays ont été en contact avec Israël et ont exprimé leur inquiétude sur toute l’industrie des options binaires du pays. C’est ce qui a poussé Israël à introduire cette loi. Je ne sais pas vraiment pourquoi la loi est dans une impasse. »

Une réunion de la commission des Réformes de la Knesset sur les options binaires, le 31 juillet 2017. (Crédit : Times of Israël)
Une réunion de la commission des Réformes de la Knesset sur les options binaires, le 31 juillet 2017. (Crédit : Times of Israël)

Roy a ajouté : « mon espoir est qu’Israël fasse la bonne chose. Il semble qu’ils sont sur la bonne voie et j’espère qu’ils le feront. »

Roy a précisé que la Commission des titres d’Ontario et l’Autorité des marchés financiers du Québec avaient toutes deux des programmes d’alerte permettant aux individus ayant des connaissances sur l’activité criminelle des options binaires touchant les Canadiens de partager leurs informations.

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