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Le fabricant de sandales Shoresh se convertit à 100 % à l’énergie solaire

La société explique avoir créé son propre réseau alimenté par des panneaux solaires et basculé sa flotte vers le tout électrique, pour parvenir à des émissions carbone nulles

Yoram Gill, fondateur et président de la marque de sandales Shoresh/Source, accueille la ministre de l’Énergie Karine Elharrar et des dignitaires à l’usine de production de Tirat Carmel dans le nord d’Israël, le 22 septembre 2022. (Crédit : Liron Cohen Aviv, pour Shoresh/Source)
Yoram Gill, fondateur et président de la marque de sandales Shoresh/Source, accueille la ministre de l’Énergie Karine Elharrar et des dignitaires à l’usine de production de Tirat Carmel dans le nord d’Israël, le 22 septembre 2022. (Crédit : Liron Cohen Aviv, pour Shoresh/Source)

Shoresh, la célèbre marque israélienne de sandales adoptées par les baroudeurs israéliens après leur service militaire, est aujourd’hui la première entreprise manufacturière du pays, et l’une des toutes premières au monde, à passer au 100 % solaire, de manière totalement autonome.

La ministre de l’Énergie, Karine Elharrar, a qualifié ce mouvement de « pionnier, dans le plein sens du terme », en visitant l’usine Shoresh, d’une surface de 8 000 mètres carrés, dans le nord d’Israël, en septembre dernier.

Le directeur de l’entreprise, Yoram Gill, qui se fait appeler Yoki, a déclaré mercredi, lors d’une conférence sur les solutions climatiques, que le modèle de micro-réseau développé au sein de son usine montrait aux petites et moyennes entreprises qu’il était possible de passer à zéro émission en l’espace de trois ans.

Fondée en 1989 par Gill et sa femme Daniella lorsqu’ils étaient encore de jeunes randonneurs, la marque de sandales vendues dans un sac, connue à l’international sous la marque Source, affiche un chiffre d’affaires annuel de 250 millions de shekels et emploie 300 personnes dans son usine de Tirat Carmel.

Selon Gill, l’usine consommait un million de kilowattheures d’électricité chaque année. (Un kilowattheure est la quantité d’énergie utilisée lorsqu’un appareil de 1 000 watts fonctionne pendant une heure.) Les véhicules de l’entreprise consommaient 30 000 litres d’essence par an et 150 tonnes de déchets étaient envoyées chaque année dans les sites d’enfouissement.

Tout cela générait près d’un million de kilogrammes de gaz à effet de serre, rappelle Gill, et coûtait à l’entreprise plus d’un million de shekels par an.

En collaboration avec le Centre Heschel pour le Développement Durable et les services scientifiques du ministère de l’Énergie, qui a cofinancé l’opération pour moitié, Shoresh s’est converti à un modèle de micro-réseau, soit un réseau électrique de petit taille qui fonctionne de manière totalement indépendante.

L’entreprise a installé des panneaux solaires photovoltaïques sur toutes les surfaces possibles et acheté des batteries solaires pour fournir de l’énergie même lorsque le soleil ne brille pas.

Yoram ‘Yoki’ Gill, fondateur et président de Shoresh / Source, toute première entreprise israélienne entièrement alimentée par l’énergie solaire, lors d’un événement auquel ont assisté la ministre de l’Énergie, Karine Elharrar, des députés et anciens élus, à l’usine de Tirat Carmel, dans le nord d’Israël, le 22 septembre 2022. (Crédit : Liron Cohen Avivs pour Shoresh/Source)

Elle a remplacé tous les véhicules de l’entreprise par des véhicules électriques et installé des bornes de recharge solaires.

Et elle a veillé à ce que les déchets soient triés à la source et que la plus grande quantité possible soit destinée au recyclage.

Tout ce qui ne peut pas être recyclé doit être broyé et stocké, en attendant que l’entreprise obtienne l’autorisation d’installer une unité de gazéification des déchets sur place.

Yoram ‘Yoki’ Gill, fondateur et président de la marque de sandales Shoresh / Source, accueille la ministre de l’Énergie, Karine Elharrar, et des dignitaires à l’usine de production de Tirat Carmel dans le nord d’Israël, le 22 septembre 2022. (Crédit : Liron Cohen Aviv, pour Shoresh/Source)

La gazéification est le processus chimique par lequel les déchets sont chauffés dans un environnement pauvre en oxygène, afin de les décomposer en un gaz appelé gaz de synthèse.

Gill souhaite l’utiliser pour produire de l’électricité en hiver.

L’usine suit de près la consommation d’énergie afin de la réduire au minimum.

« Nos émissions sont passées de 100 à zéro pour cent et nous avons économisé beaucoup d’argent », a expliqué Gill lors de la conférence, qui a marqué le lancement de Zero Hour par le ministère de la Protection de l’environnement, initiative destinée à aider les entreprises à planifier et mettre en œuvre des stratégies pour atteindre l’objectif de “zéro émission de carbone”.

La neutralité carbone est la situation dans laquelle un pays ou une entreprise réduit ses émissions de carbone autant que possible, et compense ce qu’il émet.

Cela peut être fait en investissant dans des projets qui réduisent les émissions ou capturent (absorbent) le dioxyde de carbone de l’air et l’utilisent dans l’industrie, ou le convertissent sous une forme susceptible d’être enfouie pendant une longue période.

Adam Ajzensztejn, directeur de l’environnement et de la durabilité chez Teva Pharmaceuticals, a déclaré que son entreprise avait décidé, il y a deux ans, de mettre l’accent sur l’action climatique et la résilience au changement climatique.

Elle a ainsi été la toute première entreprise en Israël à fixer des objectifs scientifiques pour réduire les émissions de carbone, explique Ajzensztejn. A ce titre, les émissions de ses usines et de ses fournisseurs d’énergie doivent être réduites de 25 % d’ici 2025 et 46 % d’ici 2030, en prenant comme référence l’année 2019. Les émissions de sa chaîne d’approvisionnement doivent par ailleurs être réduites de 25 % d’ici 2030, cette fois par rapport à l’année 2020.

Des camions circulent devant le centre logistique pharmaceutique de Teva, dans la ville de Shoham, en Israël, le 16 octobre 2013. (Crédit : Dan Balilty/AP)

La société a également choisi de suivre, pour ses rapports sur les questions environnementales, sociales et de gouvernance, les préconisations du Groupe de travail sur l’information financière.

Dirigé par l’ancien gouverneur de la Banque d’Angleterre Mark Carney et présidé par Michael Bloomberg, ce groupe définit les informations que les entreprises doivent communiquer en matière d’exposition aux risques liés au changement climatique.

« Les critères ESG et le changement climatique ne sont plus marginaux », explique Ajzensztejn. « Il s’agit d’une activité essentielle pour l’entreprise et il est important de commencer dès maintenant. C’est beaucoup plus facile qu’on ne le pense et Zero Hour va aider les entreprises à démarrer. »

Le Centre Dizengoff, récompensé d’un Green Globe en 2015 par Vie et Environnement, l’organisation-mère des ONG vertes israéliennes, était représenté par Dan Pilz, qui en est le copropriétaire et co-PDG. Le centre, qui a ouvert ses portes à Tel Aviv en 1977, a été le premier centre commercial d’Israël et est le plus durable aujourd’hui, assure Pilz.

Dan Pilz, copropriétaire et co-PDG du centre commercial Dizengoff à Tel Aviv. (Crédit : Guy Hamoy, pour le Centre Dizengoff)

L’entreprise a réduit ses émissions de gaz à effet de serre de 7 274 tonnes en 2014 à 2 591 tonnes en 2021, avec l’ambition d’atteindre zéro émission nette d’ici 2028, explique Pilz.

Parmi les mesures déjà prises, citons le remplacement des équipements électriques anciens, le passage au gaz fossile et le compostage quotidien d’une demi-tonne de déchets organiques, sur place.

L’énergie solaire permettra au centre commercial d’atteindre l’objectif, poursuit-il, ajoutant que les émissions sont compensées par la plantation d’arbres – 13 000 à ce jour. Les arbres absorbent le dioxyde de carbone lorsqu’ils font la photosynthèse.

La réduction des émissions a permis au Centre commercial Dizengoff d’économiser 1,5 million de shekels par an, assure Pilz. « On ne fait pas des câlins aux arbres. C’est du business. »

Un guide explique comment cultiver en hydroponie (dans l’eau, sans terre) sur le toit du centre commercial Dizengoff à Tel Aviv. (Crédit : Parc du Centre, Centre Dizengoff)

La Société nationale d’infrastructures de transport de l’État, connue sous le nom de Netivei Israël en hébreu, a entre-temps achevé la phase d’appel d’offres pour l’utilisation des terrains dans et autour de trois échangeurs autoroutiers, afin d’y installer des panneaux solaires, assure Adi Gamliel, directeur du développement durable et des critères ESG (environnementaux, sociaux et de gouvernance) de la société, et président du Forum pour des Directeurs ESG et Durabilité dans les entreprises publiques en Israël.

Le premier sera construit à Gedera, dans le centre d’Israël, et deux autres suivront, à Beit Kama au sud et à Yagur, dans le nord.

Vue d’architecte montrant comment les terrains dans et autour d’un grand carrefour à Gedera, au centre d’Israël, doivent être équipés de panneaux solaires. (Crédit : Netivei Israël)

Netivei Israël a également testé l’intégration dans l’asphalte de caoutchouc broyé, issu de pneus, sur deux routes de la région de Hadera, dans le centre d’Israël.

Gamliel indique qu’après un hiver et un été, la route dotée de caoutchouc s’est avérée plus élastique et résistante aux températures extrêmes que l’asphalte ordinaire.

Le repavage serait nécessaire à des intervalles plus longs, ce qui contribuerait à réduire les coûts d’entretien, ajoute-t-il.

En l’absence de normes routières vertes en Israël, la société a adopté celles d’une route américaine afin de faire sortir de terre la première route verte du pays, la route 77 de Tel Kashish à Ramat Yishai, dans le nord d’Israël, précise Gamliel.

Gamliel a déclaré au Times of Israel travailler avec le ministère de la Protection de l’environnement pour développer une norme israélienne pour des routes vertes.

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