Le festival d’unité de Crown Heights prend un autre sens après les agressions
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Le festival d’unité de Crown Heights prend un autre sens après les agressions

Pour sa quatrième, le festival #OneCrownHeights réunit les résidents pour discuter, jouer, et s'organiser contre la violence armée et les crimes de haine

Le rabbin Eli Cohen (droite), directeur du Crown Heights Community Center, avec un bénévole au festival #OneCrownHeights, ) Brooklyn, le 15 septembre 2019. (Crédit : Ben Sales/JTA)
Le rabbin Eli Cohen (droite), directeur du Crown Heights Community Center, avec un bénévole au festival #OneCrownHeights, ) Brooklyn, le 15 septembre 2019. (Crédit : Ben Sales/JTA)

NEW YORK (JTA) — A la fin du mois d’août, la force opérationnelle spécialisée dans les crimes de haine de la police de New York (New York Police Department Hate Crimes Task Force) enquêtait sur une attaque antisémite présumée près du Brower Park dans le quartier de Crown Heights à Brooklyn.

Un individu aurait en effet jeté un bloc de glace sur un automobiliste hassidique. Il s’agissait de la seconde attaque antisémite présumée dans la même semaine, quelques jours après qu’un homme avait frappé un homme ultra-orthodoxe à la tête avec une brique cette fois.

Deux semaines plus tard, dans le même parc, le quartier renvoyait une image bien différente : celle d’une communauté cosmopolite et pacifique.

Lors d’un festival qui s’est déroulé dimanche, un chanteur populaire auprès des enfants ultra-orthodoxes partageait la scène avec un groupe de danseurs caribéens. Des enfants juifs et afro-américains jouaient ensemble dans une rue fermée. Et dans une tente derrière la scène, des participants étaient assis en cercle et discutaient de préoccupations houleuses telles que les crimes de haine et la violence armée.

Il s’agissait du quatrième festival #OneCrownHeights, mais celui de cette année prenait un autre sens après les récentes séries d’attaques ayant visé les Juifs ultra-orthodoxes de Brooklyn, renforçant les tensions dans le quartier.

Crown Heights, un quartier majoritairement afro-américain, compte une importante communauté hassidique et une population croissante de hipsters, a été le théâtre de nombreuses agressions.

Le rabbin Eli Cohen (droite), directeur du Crown Heights Community Center, avec un bénévole au festival #OneCrownHeights, ) Brooklyn, le 15 septembre 2019. (Crédit : Ben Sales/JTA)

Ces épisodes de violence ne sont pas sans rappeler les émeutes de 1991, déclenchées par la mort accidentelle d’un enfant noir, renversé par une voiture qui escortait le rabbin Menachem Mendel Schneerson, ancien guide spirituel de la communauté Habad-Loubavitch qui avait pris ses quartiers à Crown Heights. Cet accident avait donné lieu à trois jours d’émeutes, et des jeunes afro-américains avaient agressé des Juifs religieux, tuant l’un d’eux.

« Quand on a une communauté cosmopolite issue de cultures différentes qui cohabitent dans un seul environnement, on ne peut pas simplement penser que le vivre-ensemble va être harmonieux », a déclaré Laurie Cumbo, cheffe de la majorité au conseil municipal de New York et représentante de Crown Heights, à la Jewish Telegraphic Agency. « Cela demande du travail et de l’investissement de vivre dans une communauté diversifiée. »

Laurie Cumbo était l’une des nombreuses personnalités politiques à prendre part à l’évènement co-parrainé par de nombreux groupes, notamment le Jewish Community Relations Council of New York et le Brooklyn Children’s Museum. L’American Jewish Committee a quant à lui parrainé le groupe de discussion.

Laurie Cumbo, cheffe de la majorité au New York Council, qui représente Crown Heights au festival #OneCrownHeights, ) Brooklyn, le 15 septembre 2019. (Crédit : Ben Sales/JTA)

Plusieurs participants ont dit avoir compris qu’organiser un festival ne signifie pas que tout va bien sur le terrain, mais ont exprimé l’espoir que ce genre d’évènements donne lieu à davantage d’interactions au quotidien.

« Après les émeutes de Crown Heights, il y a eu d’importantes mobilisations, et les communautés s’entendaient mieux », a déclaré Duane Joseph, un bénévole du festival qui a grandi à Crown Heights et se souvient des émeutes. « Mais je pense qu’au fil des ans, une certaine apathie et un certain déclin s’est installé dans le dialogue, et ce que nous essayons de faire, c’est de rétablir ce dialogue. »

Certains avancent que les attaques contre les Juifs témoignent d’un problème plus large dans le quartier.

Le rabbin Eli Cohen, directeur-exécutif du Crown Heights Jewish Community Center, a déclaré qu’il a entendu ses voisins afro-américains condamner les attaques. Il pense également que les autorités ont réagi de manière adéquate. Il a souligné que le quartier est bien plus uni qu’en 1991.

Le rabbin Eli Cohen, directeur du Crown Heights Community Cent au festival #OneCrownHeights, ) Brooklyn, le 15 septembre 2019. (Crédit : Ben Sales/JTA)

« Je pense qu’il y a une tendance que nous devons gérer, nous ne pouvons pas l’ignorer, mais d’un autre côté, les relations intercommunautaires sont, dans l’ensemble, bonnes », assure-t-il. « Les incidents qui ont eu lieu n’opposent pas les communautés, elles se déroulent au sein d’une communauté que partagent de nombreuses personnes. »

Et pourtant, durant l’évènement, certains participants ont soulevé des inquiétudes.

Lors de la discussion sur la violence armée, une femme a raconté qu’elle était surprise de se sentir à l’aise en apprenant qu’il y avait des armes dans un appartement qu’elle visitait, dans un quartier réputé dangereux. Et Laurie Cumbo a ajouté qu’en plus des agressions à Crown Heights, un parc situé non loin a été le théâtre de nombreux incidents de violence armée.

« Tout le monde devrait pouvoir sortir avec sa famille, dans un environnement sécurisé, où que ce soit », souhaite-t-elle. « Il y a une communauté qui est défavorisée et dispose de peu de ressources depuis des générations, alors la gentrification, les nouveaux cafés et les nouvelles boutiques ne suffisent pas à résoudre le problème. »

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