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Le fils de George Soros accuse Trump d’encourager la diabolisation des juifs

Pour Alexander Soros, un spot de campagne de 2016, montrant des figures juives du monde de la finance, est à l'origine du colis piégé envoyé chez son père

Alexander Soros, fils du millairdaire juif et survivant de la Shoah George Soros. (Crédit: Wikimedia commons/Nathalie Schuller)
Alexander Soros, fils du millairdaire juif et survivant de la Shoah George Soros. (Crédit: Wikimedia commons/Nathalie Schuller)

Après l’émotion qui a suivi l’envoi de bombes artisanales à des opposants de Donald Trump, la politique a vite repris ses droits : le président américain a appelé mercredi au rassemblement, mais a souligné la « responsabilité » des médias dans la détérioration du climat actuel, tandis que des démocrates accusent le républicain d’attiser la violence.

Donald Trump a jugé que « tout acte ou menace de violence politique » est « une attaque contre notre démocratie elle-même ». Il a dans le même temps, lors d’un meeting de campagne dans le Wisconsin, appelé les médias à « cesser les hostilités sans fin et les (…) attaques négatives constantes et souvent fausses ».

En quelques heures, plus tôt dans la journée, six alertes au colis suspect se sont succédées, de New York à la Floride en passant par Washington, sans compter une fausse alerte en Californie, ce qui a contribué à créer un climat de psychose.

Aucune victime n’a été signalée mais les polices locales et fédérales ont été placées en état d’alerte. Le maire et le gouverneur de New York ont dénoncé une « volonté de terroriser ».

Le président américain Donald Trump prononce un discours avant d’embarquer à bord d’Air Force One, dans une base du Maryland. (Crédit : Nicholas Kamm / AFP)

« Dans des moments comme celui-ci, nous devons nous rassembler », a déclaré dans un premier temps Donald Trump, depuis la Maison Blanche.

« Le gouvernement fédéral mène une enquête exhaustive et nous allons trouver les responsables et les présenter à la justice. Très rapidement j’espère », a-t-il aussi dit.

Le chef de la police new-yorkaise s’est dit persuadé que le ou les coupables seraient identifiés « dans les prochains jours ».

Lundi, un engin explosif a été retrouvé dans la boîte aux lettres de la résidence new-yorkaise du milliardaire George Soros, démocrate devenu une cible des nationalistes américains et européens.

Le fils du milliardaire juif a déclaré que la campagne présidentielle de Donald Trump avait contribué à la création d’une atmosphère antisémite et anti-démocratique. Selon lui, ces colis piégés y sont directement liés.

« Bien que la responsabilité incombe à l’individu ou aux individus qui ont envoyé ces dispositifs mortels au domicile de ma famille ou chez M.Obama et Mme Clinton, je ne peux pas la dissocier de la nouvelle norme de diabolisation politique qui nous frappe aujourd’hui », a écrit Alexander Soros dans le New York Times.

Le fils Soros a accusé Trump de tolérer un discours antisémite qui place son père, un juif milliardaire qui soutient des causes de gauche, au centre d’une théorie du complot.

Il a expliqué dans son article que la philanthropie et le progressisme de son père trouvaient leur origine dans son vécu de survivant de la Shoah. Jusqu’à la campagne de Trump en 2016, les attaques antisémites qui le visaient étaient marginales.

George Soros au au FMI à Washington, le 24 septembre 2011. (Crédit : Manuel Balce Ceneta/AP)

« Le dernier spot télévisé de [la campagne de 2016] de Trump montrait mon père, Janet Yellen, présidente de la Réserve fédérale et Lloyd Blankfein, président de Goldman Sachs – tous juifs – autour de slogans sur ‘les intérêts spéciaux’ et les ‘intérêts spéciaux internationaux' », a-t-il écrit.

« Un génie a été libéré de sa lampe, et il faudra sûrement des générations pour qu’il y retourne, et ça ne se limite pas aux Etats-Unis. »

A l’époque de ce spot, plusieurs groupes juifs avaient condamné ces insinuations antisémites.

Le nom de George Soros a été très présent durant les élections de mi-mandat, dans le discours de la droite républicaine, notamment dans des théories du complot liant le philanthrope à une caravane de migrants d’Amérique centrale et aux manifestations contre la nomination de Brett Kavanaugh à la Cour suprême. Trump a amplifié certaines de ces théories, qui ne sont pas étayées par des preuves.

L’affaire a continué mercredi dans la matinée lorsque le service fédéral chargé de la protection des anciens présidents a annoncé avoir intercepté deux colis contenant « des engins explosifs potentiels ». Ils étaient destinés à l’ex-secrétaire d’État démocrate Hillary Clinton, qui réside dans la banlieue de New York, et à l’ex-président démocrate Barack Obama, qui vit à Washington.

Le colis destiné à Mme Clinton, rivale malheureuse de Trump à la présidentielle 2016 que le président continue à critiquer régulièrement, a été intercepté mardi soir. Celui qui était destiné à Barack Obama l’a été mercredi matin, ont indiqué les autorités. Aucun des colis n’a atteint ses destinataires.

Peu après, la chaîne d’information CNN, souvent dénoncée par Donald Trump qui l’accuse de critiquer systématiquement sa présidence, a évacué ses bureaux new-yorkais après la découverte d’un colis suspect.

Le colis contenait un engin « apparemment explosif » et une « poudre blanche », en cours d’analyse, selon le chef de la police new-yorkaise. Il était adressé à John Brennan, ex-directeur de la CIA et commentateur sur CNN très critique de Trump, lequel a décidé en août de le sanctionner en lui retirant son habilitation de sécurité.

Paquets d’apparence similaire

Debbie Wasserman Schultz membre du Congrès, en 2018. (Crédit : AP /Brynn Anderson)

La police de Floride a ensuite indiqué avoir trouvé un colis suspect près du bureau de l’élue au Congrès Debbie Wasserman Schultz, ex-présidente du comité national du parti démocrate.

Au moins deux autres personnalités démocrates, noires, l’ex-ministre de la Justice d’Obama, Eric Holder, et la députée californienne Maxine Waters, ont aussi été visées par des colis suspects.

Dans la soirée, le FBI a indiqué que deux colis supplémentaires, « d’apparence similaire », avaient été envoyés à Mme Waters, portant le nombre total de ces paquets à sept.

Personne n’a revendiqué ces envois.

Aucune arrestation n’a été annoncée. Mais le FBI a confirmé que les cinq petits paquets jaunes destinés à Soros, Clinton, Obama, Holder et Brennan étaient « d’apparence similaire », portant plusieurs timbres et une même adresse d’expéditeur: celle de Mme Wasserman Schultz.

« De la haine dans l’air »

Plusieurs voix ont dénoncé une polarisation qui est allée trop loin dans la vie politique américaine depuis l’élection de Donald Trump

« C’est une période de divisions profondes et nous devons faire tout notre possible pour nous rassembler », a déclaré Hillary Clinton depuis la Floride.

La candidate démocrate à la présidentielle Hillary Clinton après avoir été battue par Donald Trump, à New York, le 9 novembre 2016. (Crédit : Jewel Samad/AFP)

« Nous traversons une période où les gens ressentent beaucoup de haine dans l’atmosphère », a déclaré pour sa part le maire démocrate de New York, Bill de Blasio.

Malgré l’appel au rassemblement de M.Trump, et des condamnations de la violence par plusieurs responsables républicains, les chefs démocrates au Congrès ont accusé le président de cautionner la violence. En rappelant qu’il avait traité les médias d' »ennemis du peuple », et tardé à dénoncer les militants d’extrême-droite à l’origine de violentes manifestations à Charlottesville l’été 2017.

« De façon répétée, le président cautionne la violence physique et divise les Américains avec ses mots et ses actes », ont indiqué Nancy Pelosi et Chuck Schumer.

Le président de CNN, Jeff Zucker, a accusé la Maison Blanche
d' »incompréhension totale face à la gravité de ses attaques continues contre les médias ».

Les États-Unis sont en pleine campagne pour les élections législatives du 6 novembre, dont l’issue sera déterminante pour la suite de la présidence Trump.

L’immigration était jusque-là le thème dominant, alimenté par la marche de milliers de migrants depuis le Honduras vers la frontière mexico-américaine.

Donald Trump, qui enchaîne les meetings à travers le pays, s’est engagé à les stopper. Il a notamment déclaré que les migrants étaient encouragés par les démocrates. Des personnalités conservatrices ont accusé M. Soros de les soutenir financièrement, sans fournir de preuve.

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