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Qui est le groupe néo-nazi qui accuse les Juifs d’avoir accusé Kavanaugh

Certains suprématistes blancs tentent de rejoindre l'extrême-droite américaine traditionnelle; les clubs de lecture du Daily Stormer n'ont pas cette ambition-là

Les clubs de lecture du Stormer ont revendiqué les prospectus antisémites qui sont apparus dans tout le pays, la semaine dernière (Crédit : Anti-Defamation League/JTA Collage)
Les clubs de lecture du Stormer ont revendiqué les prospectus antisémites qui sont apparus dans tout le pays, la semaine dernière (Crédit : Anti-Defamation League/JTA Collage)

NEW YORK (JTA) — La semaine dernière, des prospectus accusant les juifs d’avoir proféré des accusations d’agression sexuelle contre le juge à la Cour suprême américaine Brett Kavanaugh sont apparus dans divers endroits des Etats-Unis.

« Chaque fois qu’un évènement anti-blanc, anti-américain, anti-liberté se déroule, regardez, ce sont les juifs derrière tout ça », pouvait-on lire sur le prospectus.

Figuraient aussi sur le prospectus, l’image d’un juge entouré de caricatures de sénateurs juifs, le front marqué d’une étoile juive, ainsi qu’une image du milliardaire juif George Soros, qui fait régulièrement l’objet de théories du complot antisémites.

Le prospectus était « proposé par le club de lecture local du Stormer ».

La Ligue Anti-Diffamation (ADL) a confirmé que ces papiers ont été distribués sur des campus universitaires et dans des organisations dans six états : en Californie, dans l’Iowa, à New York, en Virginie, dans le Massachusetts et dans l’Illinois. L’organisation qui est à l’origine de ces documents affirme en avoir distribué dans sept autres états.

Comment les prospectus ont-ils atterri dans des endroits aussi variés, et qui les y a placés ? Le JTA s’est entretenu avec des experts de l’ADL et avec le Southern Poverty Law Center, deux groupes de défense des droits civiques, qui observent les groupes antisémites et les suprématistes blancs.

Des prospectus antisémites sont apparus sur les campus des instituts universitaires et dans les organisations d’au moins six états : La Californie, l’Iowa, New York, la Virginie, le Massachusetts et l’Illinois. (Crédit : StandWithUs/via JTA)

Que sont les Clubs de lecture du Stormer ?

Bien que ce nom évoque un groupe de discussion autour de la littérature, ces clubs de lecture sont pour le moins sensiblement différents. Organisés par le Daily Stormer, un site néo-nazi fondé par Andrew Anglin, un suprématiste blanc, ils encouragent la diffusion de la propagande antisémite et d’autres messages racistes.

Anglin avait proposé de créer ces groupes en 2016, pour construire une « véritable armée de troll » afin de soutenir son idéologie, selon l’ADL. Mais ce n’est que l’année suivante que les groupes ont vu le jour, quand le chroniqueur du Daily Stormer, Robert Warren Ray, a commencé à organiser des réseaux.

Les branches sont composées de jeunes hommes blancs. Les femmes ne sont pas acceptées. Les membres ne doivent pas utiliser leur véritable nom en ligne ou en personne, et portent un uniforme composé d’un jean, d’un haut blanc, de baskets New Balance rouges et d’un bandana du drapeau américain.

Les groupes sont relativement restreints, et les branches comptent entre 2 et 10 membres, a expliqué Carla Hill, chercheuse et enquêtrice au sein du Center sur l’extrémisme de l’ADL. En se basant sur leur dernière campagne, elle estime que le groupe ne compte que 50 membres dans l’ensemble du pays.

« Ils ont eu du mal à démarrer, mais il semble qu’ils ont coopté quelques branches et nous nous attendons à davantage de campagnes de ce genre », a-t-elle confié au JTA.

Les membres des clubs de lecture en uniforme (Crédit : Anti-Defamation League via JTA)

Que font-ils ?

Leur activité favorite consiste à placarder des affiches, assure Keegan Hankes, chercheur analyste au SPLC, qui se concentre sur les campagnes d’activité en ligne.

« Ça ne comporte pas beaucoup de risques et c’est un bon moyen d’attirer l’attention », a-t-il dit au JTA.

Les clubs ont mené trois grandes campagnes cette année, selon Hill. Toutes ces campagnes ciblent spécifiquement les juifs. En septembre, le groupe avait distribué des prospectus accusant les juifs d’être à l’origine du limogeage du théoricien du complot Alex Jones de plusieurs plateformes de réseaux sociaux. En mai, le groupe a affiché des posters affirmant que les juifs voulaient abroger le Deuxième amendement. Mais c’est la campagne Kavanaugh qui a eu le plus grand retentissement, a précisé Hill.

Bien que les juifs semblent être leur « cible préférée », les clubs de lecture encouragent également la discrimination contre les personnes de couleur, les membres de la communauté LGBT, les femmes et quiconque est considéré comme « anti-blanc ».

« C’est contre ceux qui ne sont pas des hommes blancs hétéros », a affirmé Hankes.

Andrew Anglin, qui dirige le site Internet néo-nazi The Daily Stormer, portant un chapeau pro-Donald Trump après avoir approuvé le leader républicain (Crédit : Wikipedia / BFG101 / CC BY SA-4.0)

Font-ils la promotion de la violence ?

Selon Hankes, l’objectif principal de ces groupes est de faire se propager leur message et d’instiller la peur au sein de leurs communautés plutôt que de s’en prendre physiquement aux individus. Il est « peu probable » que leurs membres passent à l’action violente, a-t-il dit.

Toutefois, il y a eu des cas individuels qui ont montré des liens présumés avec le Daily Stormer où des actes réels de violence ont été commis, a-t-il ajouté, comme dans le cas de Dylann Roof, qui avait tué neuf personnes dans une église afro-américaine à Charleston en 2015, ou dans celui de James Harris Jackson, qui a assassiné un sans-abri afro-américain à New York, l’année dernière.

« La distribution des prospectus dans une communauté signale qu’il y a des gens qui nourrissent suffisamment d’enthousiasme pour le Daily Stormer pour sortir dans le monde physique et pour agir – au moins dans un périmètre accessible en voiture », a estimé Hankes.

Dylann Roof devant le tribunal de Charleston, en Caroline du sud, le 18 juillet 2015 (Crédit : Grace Beahm-Pool/Getty Images/via JTA)

Comment se comparent-ils à d’autres groupes similaires ?

Selon Hill, les clubs de lecture du Stormer sont les plus antisémites de tout le segment « alt-right » du mouvement suprématiste blanc. Ils présentent une image moins polie et plus extrémiste que d’autres groupes plus importants, comme Identity Evropa, qui se tiennent à distance du langage et de l’imagerie néo-nazie pour tenter de se positionner comme plus modérés.

« Ils veulent s’impliquer dans la politique mainstream et faire partie de ‘l’extrême-droite légitime en Amérique’, » a commenté Hill en évoquant Identity Evropa. « Le Daily Stormer ne tente même pas de prétendre le faire ».

Nathan Damigo, fondateur du groupe nationaliste blanc Identity Evropa s’adresse aux médias à Alexandrie, en Virginie, le 14 août 2017 (Crédit : Tasos Katopodis/Getty Images via JTA)

Hankes a noté que le Daily Stormer a connu une augmentation de sa fréquentation depuis l’élection en 2016, du président américain Donald Trump, qui est considéré par ses lecteurs comme leur « champion », ainsi que depuis le rassemblement suprématiste blanc qui a eu lieu à Charlottesville, en Virginie, l’année dernière.

« Il a bénéficié d’une base réellement électrisée pendant toutes les élections », a-t-il expliqué, « et parce que la politique est restée clivante, controversée et houleuse, nous avons pu constater qu’une partie de cet enthousiasme s’est maintenu, et je pense que cela va probablement continuer ».

Et pourtant, d’autres signaux semblent annoncer l’affaiblissement de « l’alt-right ». Au mois d’août, seules deux douzaines de personnes ont participé à une manifestation des suprématistes blancs organisée pour l’anniversaire du rassemblement de Charlottesville. Ses initiateurs attendaient environ 400 personnes. A cette occasion, le petit groupe de suprématistes blancs a été largement dépassé en nombre par les milliers de contre-manifestants.

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