Le fils d’Yitzhak Rabin fustige l’incitation à la haine de Yair Netanyahu
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Le fils d’Yitzhak Rabin fustige l’incitation à la haine de Yair Netanyahu

Yuval Rabin estime que les allégations de Yair Netanyahu concernant le défunt Premier ministre étaient directement liées à une affiche datant de 1995 décrivant Rabin comme un nazi

Yuval Rabin, fils du défunt Premier ministre israélien Yitzhak Rabin, s'exprime lors d'une cérémonie  sur le mont Herzl de Jérusalem marquant les 22 ans depuis l'assassinat de son grand-père, le 1er novembre 2017 (Crédit : Marc Israel Sellem/Pool)
Yuval Rabin, fils du défunt Premier ministre israélien Yitzhak Rabin, s'exprime lors d'une cérémonie sur le mont Herzl de Jérusalem marquant les 22 ans depuis l'assassinat de son grand-père, le 1er novembre 2017 (Crédit : Marc Israel Sellem/Pool)

Yuval Rabin, le fils du Premier ministre assassiné Yitzhak Rabin, a déclaré samedi que le tweet récent du fils de Benjamin Netanyahu, Yair, alléguant qu’Yitzhak Rabin « a assassiné des survivants de la Shoah sur l’Altalena » était « dans la directe lignée » d’une célèbre affiche de 1995 dépeignant Rabin en uniforme SS, peu avant son assassinat.

Cette dernière avait été considérée comme relevant de l’atmosphère anti-Rabin qui régnait à l’époque, dont certains pensent qu’elle a conduit à son assassinat. Benjamin Netanyahu a longtemps été accusé d’avoir joué un rôle dans la haine qui visait l’ancien chef du gouvernement. Le Premier ministre réfute régulièrement ces allégations, qu’il qualifie de forme « [d’]assassinat politique ».

Samedi, Yuval Rabin a publié sur Twitter une courte vidéo de Benjamin Netanyahu s’adressant à lui lors d’un discours à la Knesset en 2017, lui faisant part de son chagrin et de sa compassion au regard de la peine que lui a causée les incitations à la haine contre son père. « vous seriez surpris, Yuval, je comprends la douleur que vous cause le déferlement de diffamations et de calomnies visant votre père », lui avait alors déclaré Netanyahu.

Dans son tweet, Yuval Rabin indique, « Je ne l’ai pas cru. Affirmer que Rabin a assassiné des survivants de la Shoah s’inscrit dans lignée directe des portraits de Rabin en uniforme SS », semblant relier les propos de Yair Netanyahu à ceux de son père.

« Ne dites pas que vous ne l’avez pas vu », a demandé Yuval Rabin à ses abonnés. « Peut-être que cette fois-ci, le procureur général agira contre ceux incitant à la haine ? ».

Yitzhak Rabin avait été assassiné le 4 novembre 1995, par Yigal Amir, un Juif extrémiste opposé aux accords d’Oslo et à la restitution du contrôle de certaines parties de la Cisjordanie aux Palestiniens convenue par l’accord de paix historique. Dans les semaines précédant ce meurtre, Netanyahu, alors chef de l’opposition, et d’autres cadres du Likud avaient assisté à un rassemblement politique de la droite à Jérusalem où des manifestants qualifiaient Rabin de « traître », « assassin » et « nazi » pour avoir signé l’accord de paix avec les Palestiniens.

La publication de Yair Netanyahu sur Twitter était une réaction à un tweet de la députée du Camp démocratique, Stav Shaffir, qui, dans le cadre d’une discussion avec le journaliste Kalman Liebskind sur la plateforme, avait demandé à ce dernier de ne pas comparer Rabin et Benjamin Netanyahu.

« Rabin a courageusement dirigé le pays vers un accord de paix. Bibi est accusé de pots-de-vin, de fraude et d’abus de confiance », avait écrit Shaffir, utilisant le surnom de Benjamin Netanyahu.

« Avec Rabin, tout s’est terminé par trois balles. Netanyahu, pour sa part, fuit trois inculpations. Croyez-moi, il ne vaut mieux pas les comparer », avait-elle ajouté.

Yair Netanyahu lui a alors rétorqué que « Rabin a enfreint la loi en faisant des conférences en Amérique alors qu’il était fonctionnaire, gagnant une fortune ».

Il faisait ici référence au scandale qui avait éclaboussé Rabin et son épouse et qui avait entraîné sa démission du poste de Premier ministre en 1977. Le couple possédait des comptes en banque aux Etats-Unis qu’il utilisait lorsque Rabin était ambassadeur israélien à Washington, des comptes qui n’avaient pas été fermés lorsque la famille était retournée en Israël. Il aurait ainsi reçu 900 000 dollars pour des conférences qu’il a données pendant ses cinq années en poste.

« Il a assassiné des survivants de la Shoah sur l’Altalena, » avait également écrit Yair Netanyahu, se référant à l’affaire éponyme, un incident survenu pendant la guerre de l’Indépendance israélienne, lorsque l’armée naissante – alors sous le commandement de Rabin – avait affronté le groupe paramilitaire Irgun à Tel Aviv. Seize membres de l’Irgun et trois soldats israéliens avaient été tués.

« C’est Rabin qui a fait venir ici Arafat et des dizaines de milliers de terroristes depuis Tunis et qui a causé la mort de 2 000 Israéliens », a-t-il continué. Yasser Arafat se trouvait à Tunis avant les négociations de paix avec Rabin.

Le président Clinton invite le Premier ministre israélien Yitzhak Rabin, (gauche) et le chef de l’OLP Yasser Arafat à se serrer la main dans la Chambre Est de la Maison Blanche, le jeudi 28 septembre 1995. Le président égyptien Hosni Mubarak est derrière Arafat. (AP Photo/Doug Mills)

« Dites-moi, comment vont vos amis pédophiles ? », a-t-il ensuite demandé sous forme de conclusion – se référant à Ehud Barak, membre du Camp démocratique de Shaffir qui entretenait des liens avec le financier américain Jeffrey Epstein.

Shaffir était membre du parti Travailliste avant de rejoindre le Camp démocratique.

« Nous condamnons avec fermeté les commentaires scandaleux de Yair Netanyahu à l’encontre du défunt Premier ministre Yitzhak Rabin. Que pouvait-on attendre d’autre de sa part quand son père se tenait sur le balcon de la place Sion, à la tête d’une campagne d’incitation ? », a réagi le parti Travailliste dans un communiqué conjoint avec le mouvement Gesher, avec lequel il a passé une alliance en vue du scrutin du 17 septembre.

Yair Netanyahu est un fervent activiste de la droite israélienne sur les réseaux sociaux. Par le passé, il a pris la défense de son père et suscité des controverses à plusieurs reprises par ses déclarations incendiaires en ligne.

Samedi soir, Benjamin Netanyahu a adressé un court communiqué à la Douzième chaîne, indiquant : « Je ne partage pas les déclarations de mon fils Yair sur Yitzhak Rabin. Ses commentaires relèvent de son opinion, à lui et lui seul ».

Plus tôt samedi, le chef du Parti travailliste, Amir Peretz, avait menacé de porter plainte contre lui pour diffamation.

« En tant que responsable de l’héritage de Rabin, en tant que successeur, je ne permettrai ni la calomnie, ni la souillure de la réputation d’un homme qui fut un héros israélien dans la guerre et dans la paix », a-t-il ainsi dénoncé.

« Je me battrai pour sa réputation et je ne laisserai pas les idées écœurantes de gens écœurants réécrire l’histoire pour porter atteinte au nom du parti et au mien », a-t-il ajouté.

La petite-fille de Rabin, Noa Rothman, candidate aux prochaines élections sous l’étiquette du Camp démocratique, a qualifié la menace de plainte de Peretz de creuse.

« On ne peut pas porter plainte pour diffamation à l’égard des morts, l’appel de Peretz et du Parti travailliste est donc dénué de sens », a-t-elle été citée par le quotidien Maariv, reprenant ses propos tenus à un événement culturel à Givat Shmuel.

Et d’ajouter : « Ce qu’il est possible de faire, c’est d’aller aux urnes et voter en son âme et conscience ».

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