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Le gouvernement va étudier les postes donnés aux soldats dans les prisons

Cette décision est prise dans le cadre du scandale faisant état d'agressions sexuelles sur des soldates ; l'embargo sur l'identité du terroriste accusé de viol a été levé

Emanuel Fabian est le correspondant militaire du Times of Israël.

Un gardien de prison dans un mirador à la prison de Gilboa, dans le nord d'Israël, le 6 septembre 2021. (Crédit : Flash90)
Un gardien de prison dans un mirador à la prison de Gilboa, dans le nord d'Israël, le 6 septembre 2021. (Crédit : Flash90)

Le ministre de la Défense Benny Gantz et le ministre de la Sécurité intérieure Omer Bar-Lev ont trouvé un accord visant à réévaluer l’arrangement, mis en place depuis des années, qui permet à des recrues militaires d’être engagées au sein du Service israélien des prisons. Cet accord a été décidé suite à des accusations lancées par d’anciennes soldates qui ont affirmé avoir été victimes de viol et d’agression sexuelle par des détenus palestiniens emprisonnés pour terrorisme.

Les deux ministères vont former une équipe conjointe qui examinera les postes donnés aux soldats au Service israélien des prisons. Elle soumettra ses recommandations d’ici la fin du mois de novembre, a noté un communiqué.

Les informations portant sur des faits de harcèlement et d’agression sexuelle commis sur des soldates dans les prisons israéliennes avaient filtré il y a plusieurs années mais avaient été largement ignorées jusqu’à l’année dernière, quand une enquête a été ouverte suite à de nouvelles accusations.

Gantz, en tant que ministre de la Défense, supervise le service militaire des soldats israéliens et Bar-Lev, pour sa part, est chargé de contrôler le Service israélien des prisons. Un accord datant de 2005 avait transféré la responsabilité des prisonniers palestiniens reconnus coupables de terrorisme – qui étaient alors placés sous l’autorité de l’armée – au Service israélien des prisons. Le plan prévoyait d’envoyer certains soldats faire leur service militaire en milieu carcéral. Il avait été initialement approuvé pour trois ans et a depuis été régulièrement ré-autorisé.

Gantz avait menacé de ne pas accepter la prolongation de l’accord permettant aux soldats de servir hors de l’armée jusqu’à la fin de l’enquête sur les viols présumés.

Mais le communiqué conjoint a précisé que les soldats intégrant Tsahal pourraient faire leur service au sein du Service des prisons, comme d’habitude. Les ministres ont convenu d’interdire la présence des militaires dans les cellules des prisonniers sécuritaires et d’augmenter le nombre de contrôles de routine « afin de garantir la sécurité personnelle des conscrits ».

Le ministre de la Défense Benny Gantz lors d’une conférence de presse à Ramat Gan, le 14 août 2022. (Crédit : AP Photo/Tsafrir Abayov)

« La sécurité personnelle de toutes les recrues, qu’elles évoluent au sein du Service israélien des prisons ou dans n’importe quelle autre unité, doit être notre principale priorité. Les événements qui se seraient produits dans l’enceinte des prisons sont extrêmement graves et nous ne devons pas les ignorer », a commenté Gantz.

« L’équipe qui sera établie mènera des investigations en profondeur et réexaminera la nature du service en plus des actions immédiates qui sont d’ores et déjà prises sur le terrain », a-t-il ajouté.

Au mois d’octobre, l’armée et le ministère de la Défense avaient formé une équipe chargée de se pencher sur les conditions de service des recrues engagées dans des unités extérieures à Tsahal, pour vérifier qu’elles étaient adéquates. Le groupe de travail a fait savoir, au mois de juin, que les soldats servant au sein du Service des prisons étaient largement satisfaits de leurs postes et qu’ils étaient très motivés par ce qu’ils faisaient.

Le ministre de la Sécurité intérieure, Omer Bar-Lev, au centre, et la commissaire en chef du service pénitentiaire israélien, Katy Perry, à gauche, visitent la prison de Ketziot, dans le sud d’Israël, le 9 septembre 2021. (Crédit : Service pénitentiaire israélien)

Le mois dernier, le site d’information Ynet a révélé qu’un détenu palestinien condamné pour terrorisme, Mahmoud Atallah, faisait l’objet d’une enquête de la police. Il se serait rendu coupable d’agressions sexuelles alors qu’il se trouvait derrière les barreaux.

L’embargo sur son identité a été levé mardi par la justice israélienne.

L’homme, lié au Fatah, purge actuellement une peine de prison à vie pour le meurtre, en 2003, d’une Palestinienne soupçonnée d’avoir aidé Israël à Ramallah, en 2003.

Atallah avait été placé à l’isolement en 2018 suite à un scandale qui avait éclaboussé le milieu carcéral. Ainsi, selon des informations, Rani Basha, un agent des renseignements, avait « prostitué » des soldates en les mettant à la disposition du détenu et à la disposition d’autres prisonniers palestiniens, à la demande du terroriste condamné. Bar-Lev a approuvé le mois dernier le renvoi de Basha, qui se trouvait en congé depuis le mois de novembre 2021.

Une ancienne soldate, se présentant sous le pseudonyme de Hila, a depuis raconté qu’elle avait été violée et agressée sexuellement de manière répétée par un prisonnier sécuritaire palestinien alors qu’elle faisait son service au sein de la prison de Gilboa – des accusations qui ont fait l’effet d’une bombe.

« Les événements présumés qui ont été révélés sont très graves et ils nécessitent que nous tous nous battions contre de tels phénomènes, en affichant une tolérance zéro, et il faut et que nous nous battions aussi pour garantir la sécurité des recrues masculines et féminines au sein du Service des prisons en particulier – l’équipe conjointe a été établie dans cet objectif – et dans les forces de sécurité en général », a expliqué Bar-Lev mardi.

La prison de Gilboa, le 28 février 2013. (Crédit : Moshe Shai/Flash90/Dossier)

Le responsable de la prison, Freddy Ben Shitrit — qui n’occupait pas ces fonctions quand les incidents présumés ont eu lieu – a indiqué que les soldates assumant des postes de gardiennes avaient été contraintes de se prostituer pour certains détenus, un moyen de les calmer.

Ben Shitrit a tenu ces propos lors d’un témoignage devant la commission chargée d’enquêter sur l’évasion, en septembre 2021, de condamnés palestiniens pour terrorisme, mettant en évidence des lacunes dans le fonctionnement de la prison et suscitant de vives critiques à l’égard de l’administration pénitentiaire.

L’équipe du Times of Israel a contribué à la rédaction de cet article.

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