Le Hamas en mode sous-marin pour ses futures tentatives d’attaques ?
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Les Islamistes 'se réarment à tous les niveaux sur le plan maritime : les systèmes, les armes et les entraînements'

Le Hamas en mode sous-marin pour ses futures tentatives d’attaques ?

Le groupe terroriste basé à Gaza s’entraîne et construit des armes en vue d’une guerre navale, préviennent des officiers israéliens

Judah Ari Gross est le correspondant militaire du Times of Israël.

Commando marin du Hamas, dans une vidéo de propagande publiée par l'organisation terroriste pendant l'opération Bordure protectrice, à l'été 2014. (Capture d'écran)
Commando marin du Hamas, dans une vidéo de propagande publiée par l'organisation terroriste pendant l'opération Bordure protectrice, à l'été 2014. (Capture d'écran)

Alors que les tunnels terroristes du Hamas avec leurs arsenaux de roquettes modernisées attirent toutes les attentions, la marine israélienne observe avec méfiance les capacités maritimes croissantes du groupe terroriste et consacre des ressources importantes afin d’empêcher des attaques « en mer et depuis la mer », confie un responsable de la marine.

Depuis la guerre qui a duré 50 jours en 2014, le Hamas a développé à la fois ses tactiques et ses armements pour mener une guerre en mer, s’entraînant « sans relâche » à mener des attaques avec ces nouveaux équipements, explique le major Irad Shtatar.

Vétéran de la marine, Shtatar commande la Compagnie d’observation d’Ashdod, une unité composée principalement de soldates qui surveillent des caméras optiques et de nombreux radars.

« Nous observons un réarmement à tous les niveaux sur le plan maritime : les systèmes, les armes et les entraînements. Le Hamas perçoit la mer comme une option pour mener à terme ses ambitions opérationnelles agressives », a-t-il déclaré depuis son bureau de la base navale d’Ashdod.

« Dans le même temps, nous surveillons ces développements afin de nous assurer que nous disposons d’une réponse adéquate à ces menaces », a-t-il ajouté.

Le passage par la mer, en contrebande, de matériel et de personne du Hamas semble avoir diminué de manière significative, pour ne pas dire qu’il s’est totalement arrêté, selon Shtatar.

Pourtant, a-t-il déclaré, il n’y a pas de moyen de s’assurer un blocus totalement « hermétique » de la côte gazaouie, laissant la possibilité à certaines personnes d’entrer sur le territoire par la mer.

Dans la période qui a immédiatement suivi la guerre de 2014, la marine a vu une augmentation des tentatives de contrebande. Mais alors qu’il existe des rapports réguliers de marins israéliens procédant à des tirs de sommation en direction de bateaux de pêche gazaouis, Shtatar a indiqué que son équipe n’avait pas constaté un seul cas de passage en contrebande depuis presque un an.

Il explique cela à la fois grâce aux efforts de la marine israélienne et aussi par la relative facilité avec laquelle le Hamas peut introduire en contrebande des marchandises par les tunnels depuis la péninsule du Sinaï.

Après tout, un petit bateau de pêche ne peut transporter qu’une quantité limitée de matériel, alors qu’un tunnel peut faire transiter une quantité beaucoup plus importante, a-t-il souligné.

Des hommes grenouille et des drones sous-marins

Composée de deux centres de contrôle côtier, la compagnie de Shtatar opère une surveillance aussi bien en surface, et de plus en plus, en profondeur 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, en vue d’éventuelles infiltrations vers Israël depuis la mer, avec des possibles passages en contrebande ou des attaques visant les routes de transport ou les champs de gaz du pays.

« Le Hamas se développe de manière active dans le domaine sous-marin », a déclaré Shtatar sans donner des précisions sur le type d’armes spécifiques que la marine israélienne pense être en possessions du groupe terroriste.

Mohammed al-Zoari, ingénieur tunisien lié au Hamas, a été tué près de sa maison de Sfax, en Tunisie, le 15 décembre 2016. (Crédit : capture d'écran Dixième chaîne)
Mohammed al-Zoari, ingénieur tunisien lié au Hamas, a été tué près de sa maison de Sfax, en Tunisie, le 15 décembre 2016. (Crédit : capture d’écran Dixième chaîne)

Pourtant, Mohammed al-Zoari, un expert tunisien en véhicules sans pilote, travaillait à la construction de petits drones sous-marins contrôlés à distance pour le groupe terroriste lorsqu’il a été abattu par des hommes armés en décembre. (Le Mossad a été accusé de l’assassinat, mais Israël n’a pas commenté ces accusations.)

Des analystes ont également prévenu qu’Israël pourrait être vulnérable aux mines navales, notamment celles qui ont inondé le marché noir mondial à la chute de l’Union Soviétique.

Selon une étude de 2015 sur le Hamas écrite conjointement par un chercheur du bureau du Premier ministre et Gabi Siboni, directeur du programme à l’Institut de recherche en sécurité nationale (INSS), un think-tank de Tel Aviv, si le groupe terroriste parvenait à couler un navire israélien, cela « lui permettrait de développer un récit de victoire, ce qu’il espère faire depuis bien longtemps ».

Mais le groupe terroriste ne travaille pas seulement à attaquer des cibles militaires israéliennes, il cherche aussi des cibles civiles.

« Attaquer des civils est la raison d’être du Hamas », a déclaré Siboni au cours d’une conversation téléphonique cette semaine.

Un inspecteur des douanes découvre une combinaison de plongée, probablement destinée au Hamas, dans une livraison d'articles sportifs pour la bande de Gaza, le 20 juin 2016. (Crédit : capture d'écran du ministère de la Défense)
Un inspecteur des douanes découvre une combinaison de plongée, probablement destinée au Hamas, dans une livraison d’articles sportifs pour la bande de Gaza, le 20 juin 2016. (Crédit : capture d’écran du ministère de la Défense)

En terme d’attaques venant de la mer, au cours des deux dernières années, Israël a découvert de multiples tentatives d’introduire en contrebande des tenues et des équipements de plongée vers la bande de Gaza par le point de passage de Kerem Shalom. Le ministère israélien de la Défense a déclaré que ces équipements étaient destinés au Hamas et à ses unités d’hommes grenouille.

Ce type d’attaque a été mené pendant la guerre de 2014, appelée opération Bordure Protectrice en Israël. Le 8 juillet 2014, quatre commandos marins du Hamas ont rejoint par la mer les abords du Kibboutz Zikim, situé sur la côte est d’Israël.

Les hommes grenouille ont apporté avec eux des armes automatiques, des grenades à fragmentation et des explosifs ; ces derniers ont été utilisés contre un tank israélien, sans succès. Environ 40 minutes après leur arrivée sur la plage, les terroristes du Hamas ont été tués dans une attaque combinée depuis la mer, la terre et l’air, et l’incident s’est arrêté là.

https://youtu.be/J6q3F1fhfss

Initialement présenté par l’armée comme une victoire totale, cet incident a fait l’objet d’une enquête de l’armée, qui a été divulguée dans la presse. On y montrait que la réponse de l’armée avait été plus lente que ce que l’on avait imaginé, et que l’attaque des commandos avait été plus efficace qu’il n’avait semblé. (Leur attaque sur le tank n’avait, par exemple, pas initialement été mentionnée.)

Afin d’éviter de telles infiltrations côtières à l’avenir, les soldats de Shtatar utilisent des « caméras optiques et des radars avancés », tout comme des systèmes de sonars sous-marins pour pister les mouvements d’objets en mer, a-t-il déclaré.

De Gaza à Netanya, 24 h sur 24

Les soldats de la Compagnie d’observation d’Ashdod sont exclusivement des femmes, a déclaré Shtatar, alors que les rangs des officiers sont composés d’hommes et de femmes.

Cette situation n’est pas spécifique à l’unité Shtatar, dans la marine, l’armée de l’Air et l’armée de Terre, seules les femmes servent à ces postes de surveillance, car, selon les standards de l’armée, elles sont meilleures à cette tâche que les hommes.

L’unité est responsable des zones maritimes, depuis Gaza jusqu’au nord de Netanya, et le reste de la côte est surveillé par des soldats de la Compagnie d’observation de Haïfa.

Pêcheurs palestiniens pagayant sur leur petit bateau à quelques centaines de mètres de la plage de Gaza ville, tout en lançant leurs filets à la recherche de poissons, le 10 août 2014. (Crédit : Roberto Schmidt/AFP)
Pêcheurs palestiniens pagayant sur leur petit bateau à quelques centaines de mètres de la plage de Gaza ville, tout en lançant leurs filets à la recherche de poissons, le 10 août 2014. (Crédit : Roberto Schmidt/AFP)

Les soldats passent la plupart de leur temps à surveiller et à suivre des pêcheurs gazaouis, qui jouent un rôle important dans l’économie de la bande de Gaza.

Dans le cadre du blocus maritime de Gaza, nécessaire pour des raisons de sécurité selon Israël, les pêcheurs ne doivent pas s’éloigner à plus de 9,66 kilomètres des côtes.

L’année dernière, cette distance a été temporairement élargie dans la partie sud de la côte de Gaza à 14,5 kilomètres, lors de la saison de la pêche du printemps et, selon Shtatar, Israël a l’intention d’en faire de même cette année encore.

Il était prévu d’agrandir la zone de pêche pour la saison d’automne, mais cette idée a finalement été abandonnée. Israël a accusé les Palestiniens de ne pas avoir rempli les conditions de l’extension. Les Gazaouis ont accusé Israël d’avoir imposé des demandes « irréalistes ».

Les pêcheurs palestiniens qui essaient de quitter la zone de pêche autorisée ou ceux qui se comportent « de manière suspecte » sont interceptés par la Marine, de crainte que ces navires ne soient utilisés pour importer en contrebande des armes ou du matériel en vue d’attaques, a déclaré Shtatar.

Une tentative d’importation de marchandises en contrebande a été empêchée en avril 2016. Un bateau a été repéré alors qu’il se comportait de manière suspecte au large des côtes de Gaza. Lorsqu’un bateau de patrouille de la marine est arrivé sur place, l’équipage a commencé à jeter les marchandises par dessus bord avant de se jeter eux-mêmes à l’eau. Une fois le bateau vide, la marine l’a fait sauter.

Quelques mois plus tard, le contrebandier suspecté a été arrêté quand le bateau sur lequel il naviguait a quitté la zone de pêche désignée, selon le Shin Bet.

La Compagnie d’observation d’Ashdod surveille également les navires entrant et sortant du port d’Ashdod, et les routes de transport commercial d’Israël, qui ne représentent peut-être pas un risque sécuritaire, mais sont considérées comme un atout stratégique, qui pourrait être vulnérable aux attaques terroristes.

Ses soldats surveillent la mer 24h/24 et 7j/7, en étant bien conscient qu’ils sont responsables de la sécurité des civils et de leurs frères et sœurs d’armes, a déclaré Shtatar.

« C’est un travail titanesque, a-t-il déclaré. Mais chaque matin, je me réveille avec le sourire. »

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