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Opinion

Le jeu de patriotisme incendiaire d’Itamar Ben Gvir

Le député interdit à la porte de Damas se présente comme un défenseur patriote d'Israël mais est indifférent aux dangers mortels qu'il exacerbe - y compris pour les Israéliens

David est le fondateur et le rédacteur en chef du Times of Israel. Il était auparavant rédacteur en chef du Jerusalem Post et du Jerusalem Report. Il est l’auteur de « Un peu trop près de Dieu : les frissons et la panique d’une vie en Israël » (2000) et « Nature morte avec les poseurs de bombes : Israël à l’ère du terrorisme » (2004).

Le député Itamar Ben Gvir et des militants de droite à une « Marche du drapeau », qui devait atteindre la Vieille Ville de Jérusalem, mais qui s’est arrêtée place Tzahal, le 20 avril 2022. . (Crédit : Photo by Menahem KAHANA / AFP)
Le député Itamar Ben Gvir et des militants de droite à une « Marche du drapeau », qui devait atteindre la Vieille Ville de Jérusalem, mais qui s’est arrêtée place Tzahal, le 20 avril 2022. . (Crédit : Photo by Menahem KAHANA / AFP)

Quand des extrémistes sont élus à un parlement, il est finalement peu choquant de constater qu’ils nourrissent l’outrance politique. Itamar Ben Gvir, du Parti sioniste religieux, en est un exemple terrifiant.

Ben Gvir, émule de feu Meir Kahane, rabbin connu pour son racisme, est un provocateur politique de longue date. La majorité des Israéliens l’avaient découvert pour la première fois quand il avait brandi l’emblème de la Cadillac de Yitzhak Rabin, qu’il avait volé, quelques semaines avant l’assassinat du Premier ministre en 1995, et qu’il s’en était vanté : « On a eu sa voiture et on l’aura, lui aussi. »

Astucieux et rusé, avocat de formation et de carrière, Ben Gvir s’est intéressé à la politique ces dernières années et, après une première tentative infructueuse, il a été élu au parlement l’année dernière quand sa faction Otzma Yehudit a fusionné avec le parti Sionisme religieux dont il a rejoint la liste, un arrangement qui avait été négocié de manière indigne par le Premier ministre de l’époque Benjamin Netanyahu.

Bénéficiant dorénavant de l’immunité parlementaire, la présence de Ben Gvir a été fréquemment remarquée dans le quartier sensible de Sheikh Jarrah à Jérusalem-Est, au moment où les tensions étaient à leur paroxysme dans ce secteur disputé. Il avait ainsi ouvert un « bureau de permanence » dans le quartier au plus fort des tensions, quelques jours avant que le Hamas ne tire des roquettes vers la ville sainte, déclenchant la guerre d’onze jours qui avait opposé Israël aux groupes terroristes, au mois de mai dernier.

Mercredi, il a défendu l’organisation d’une marche nationaliste, une manifestation qui s’était donné pour objectif de défiler vers le mur Occidental via la porte de Damas et le quartier musulman à Jérusalem-Est – une initiative qui visait clairement à rajouter de l’huile sur les feu des violences qui embrasent Jérusalem, ces derniers jours.

La police a refusé d’approuver l’itinéraire soumis, ce qui n’a pas empêché les manifestants de se rassembler, affrontant les forces du maintien de l’ordre qui les ont bloqués.

Initiative hautement inhabituelle, peu avant le début de la marche, le Premier ministre Naftali Bennett a interdit Ben Gvir du secteur de la porte de Damas après avoir été averti par les forces de sécurité que sa présence pourrait entraîner une escalade bien plus forte de violences et mettre des vies en danger.

Selon un reportage diffusé dans la soirée par la Douzième chaîne, une note écrite par le Shin Bet lors de la discussion avec Bennett et d’autres responsables de la Défense – la discussion ayant entraîné l’interdiction de Ben Gvir à la porte de Damas – avait qualifié le député de « détonateur » de violences potentielles, un détonateur à désamorcer. La chaîne a précisé que les responsables de la sécurité s’inquiétaient de ce que la présence de Ben Gvir et des marcheurs à Jérusalem-Est n’entraîne une recrudescence des violences similaires à celle qui avait finalement débouché sur le conflit de l’année dernière, avec des barrages de roquette tirés depuis Gaza, des affrontements dans les villes mixtes d’Israël et des troubles dans la ville sainte.

Et pour prendre correctement en charge un tel conflit, les diverses organisations sécuritaires israéliennes auraient dû réaffecter des ressources considérables – des ressources qui se consacrent actuellement à des opérations contre des terroristes potentiels en Cisjordanie après la mort de quatorze Israéliens au cours de quatre attentats, ces dernières semaines. La police, de son côté, doit faire face aux émeutiers palestiniens sur le mont du Temple/mosquée al-Aqsa.

Après avoir pris connaissance de l’évaluation faite par les chefs de la sécurité, Bennett et le ministre de la Défense Benny Gantz ont immédiatement accepté la recommandation de bannir Ben Gvir du secteur, a déclaré la chaîne.

Ben Gvir lui-même s’est rendu au rassemblement de la marche sur la place Safra, aux abords de la Vieille Ville, mercredi après-midi. Il a mis en doute la légalité de l’interdiction et a cherché à défier le déploiement de policiers qui empêchaient les participants de rejoindre la porte de Damas. Frustré, il a indiqué qu’il reviendrait à sa tactique de l’année dernière en ouvrant une « permanence » dans ce lieu sensible.

Comme un trop grand nombre d’autres extrémistes dangereux, Ben Gvir se présente comme un défenseur patriote de la nation, entouré de partisans brandissant les couleurs d’Israël et appelant à l’expulsion des citoyens arabes du pays.

Mais ce qu’il a souligné, mercredi, c’est bien son indifférence à la probabilité – comme l’avaient évalué les chefs de la sécurité, dont le travail est de protéger le pays – d’une exacerbation du risque de voir le sang couler par suite de ses actions. Le sang des ennemis d’Israël, et le sang des citoyens israéliens dont il affirme vouloir défendre les intérêts.

Et il n’en a pas encore terminé.

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