Le Likud n’arrêtera pas la campagne éléctorale « haineuse » de Tel Aviv
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Le Likud n’arrêtera pas la campagne éléctorale « haineuse » de Tel Aviv

Les affiches "c'est nous ou eux" seront retirées mais seulement parce que le contrat de publicité prend fin ; un porte-parole affirme: "si vous n'aimez pas, ne votez pas pour nous"

'une des affiches de campagne du Likud de Tel Aviv "C'est nous ou eux", à un arrêt de bus de Tel Aviv, en octobre 2018. (Crédit : Times of Israel Staff)
'une des affiches de campagne du Likud de Tel Aviv "C'est nous ou eux", à un arrêt de bus de Tel Aviv, en octobre 2018. (Crédit : Times of Israel Staff)

La branche de Tel Aviv du Likud s’est engagée mercredi à défendre sa campagne électorale controversée qui prend pour cible les arabes, les gauchistes et les demandeurs d’asile africains, malgré les nombreuses condamnations émises par les groupes de droite et le maire de Tel Aviv Ron Huldai.

Le slogan de campagne « c’est nous ou eux » est accompagné de deux images, celle d’un drapeau israélien face à celle d’un homme cagoulé brandissant un drapeau israélien ou des demandeurs d’asiles brandissant le drapeau soudanais.

Les affiches de campagne ont commencé à habiller les espaces publicitaires des arrêts de bus la semaine dernière.

« C’est une ville juive… ou une ville d’infiltrés », peut-on lire sur l’une des affiches de campagne, qui reprend un terme utilisé au sein du gouvernement pour évoquer les demandeurs d’asile.

« C’est une ville juive… ou le Mouvement islamique de Jaffa », lit-on sur une autre affiche, en référence à une organisation terroriste illégale. Un troisième panneau établit un parallèle entre « une éducation sioniste… ou Breaking The Silence à l’école », une ONG qui recense les témoignages de présumés agissements de l’armée israélienne contre les Palestiniens.

Une capture d’écran de l’une des affiches de campagne du Likud de Tel Aviv : « C’est nous ou eux ». (Crédit : Facebook)

Lundi, Huldai a déclaré que le Likud avait accepté sa demande pour changer de campagne et a ajouté qu’elle « n’a pas sa place dans cette ville ».

« A Tel-Aviv-Jaffa, il n’y a pas de ‘nous ou eux' », a écrit Huldai sur Twitter.

Mais mercredi, Uri Wollman, porte-parole de la branche du Likud à Tel Aviv, a déclaré que le Likud continuera d’utiliser ce slogan mais que les affiches seront retirées dans les jours à venir, parce que le contrat d’une semaine avec la société qui loue les espaces publicitaires touche à sa fin.

« Parfois, c’est agréable de ne pas entendre, mais c’est notre vérité, notre réalité », a déclaré Wollman. « Ce que Huldai a dit, c’est vrai, les affiches vont partir, mais nous défendons cette campagne. »

Les affiches de la campagne électorale municipale à Tel Aviv, le 9 octobre 2018. (Crédit : Miriam Alster/FLASH90)

« Nous sommes au cœur d’une lutte pour le caractère et l’identité de cette ville », a déclaré Wollman. « La première partie de cette lutte porte sur les infiltrés au sud de la ville. Le gouvernement du Likud a tenté de les faire partir d’ici. Nous faisons notre possible pour les faire sortir d’Israël. Les autres choses que nous voyons, c’est que le Mouvement islamique s’empare de Jaffa », a ajouté Wollman, évoquant la présence de drapeau du Mouvement islamique durant des manifestations dans la ville.

« Nous n’avons aucun problème avec les arabes respectueux de la loi, mais nous ne tolérerons pas [la présence] du Mouvement islamique à Tel Aviv. »

Le Likud occupe actuellement deux sièges au conseil municipal et aucun de ses membres ne brigue le poste de maire. « Nous continuerons à dire [c’est nous ou eux]. Ceux qui n’aiment pas ça n’ont pas à voter pour nous », a souligné Wollman.

Les candidats d’autres partis ont jugé cette campagne raciste.

« Vous avez vu que l’incitation et la dissension marchait bien pour vous à l’échelle nationale, alors [vous vous êtes dit] que vous alliez le faire à l’échelle locale ? » a accusé Assaf Harel, candidat à la mairie, sur la page Facebook de son parti « Nous sommes la ville ».

« Ce n’est pas une campagne légitime et le fait que le parti au pouvoir s’en serve à maintes reprises sans en payer le prix est une honte pour notre société, qui se divise profondément et s’emplit de haine d’autrui. »

L’artiste Shoshke Engelmayer placarde ses propres posters « C’est nous… ou nous », samedi 6 octobre 2018. (Crédit : Facebook)

L’artiste Shoshke Engelmayer, un personnage qui porte un costume d’une voluptueuse femme nue aux cheveux blonds, a placardé sa propre affiche par dessus celles du Likud. Elles sont chaleureuses, colorées, et comportent un cœur sur lequel on peut lire : « c’est nous… ou nous ».

« Nous sommes tous des êtres humains, et le seul choix que nous avons est d’apprendre à combler nos différences et à vivre ensemble », a déclaré Engelmeyer, vêtu d’un manteau de fourrure, à la Dixième chaîne.

La liste « Nous sommes la ville » comprend, en deuxième position l’avocat arabe israélien et défenseur des logements abordables Amir Badran et une réfugiée congolaise en onzième position, Maria Joze.

Mardi,le ministre de l’Autorité de la Population, de l’Immigration et des Frontières du département du ministère de l’Intérieur a annoncé qu’Israël mettait fin au statut groupé pour les demandeurs d’asile congolais et que les centaines de réfugiés congolais doivent quitter le pays d’ici le 5 janvier 2019.

Auparavant, les demandeurs d’asiles congolais, arrivés dans les années 2000, ont pu rester en Israël parce qu’il encourraient un danger s’ils retournaient en République démocratique du Congo, qui était ravagée par une guerre civile et un soulèvement. Mais dimanche, le ministre de l’Intérieur Aryeh Deri et le ministre des Affaires étrangères ont diffusé un communiqué indiquant qu’il n’y avait plus aucun « obstacle à l’expatriation » des citoyens congolais.

Maria Joze, une réfugiée congolaise en Israël depuis 2001. (Crédit : We are the City)

Joze fait partie de l’une des sept familles congolaises qui a obtenu le statut de réfugiés de la part du ministère de l’Intérieur et n’est donc pas menacée d’expulsion. Joze, 64 ans, est arrivée en Israël en 2001 et a reçu le statut de réfugiée en 2004. Elle a déclaré au journal Haaretz qu’elle rejoindra le conseil municipal « les larmes aux yeux [parce que] le gouvernement veut expulser ma communauté ».

L’antagonisme en Israël envers les migrants s’est renforcé ces dernières années. On estime que le pays compte 38 000 demandeurs d’asiles, majoritairement issus d’Erythrée et du Soudan. La plupart des demandeurs d’asile sont rassemblés les quartiers du sud de Tel Aviv, s’attirant l’hostilité des résidents israéliens, excédés par le délabrement des infrastructures qui n »ont pas été conçues pour recevoir autant d’habitants.

Selon une enquête du Pew Research Center le mois dernier, 57 % des Israéliens acceptent s’opposent à l’accueil des réfugiés qui fuient la guerre et le conflit. C’est un chiffre très inférieur à celui observé dans de nombreux pays occidentaux.

Les demandeurs d’asile affirment qu’ils sont des réfugiés et qu’ils fuient le conflit ou la persécution, mais les Israéliens estiment qu’ils sont à la recherche d’un travail et qu’ils menacent le caractère juif de l’Etat.

Les électeurs israéliens peuvent trouver leur bureau de vote ici.

L’équipe du Times of Israël a contribué à cet article.

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