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Le meurtre de trois personnes en Israël, en 2019 et en 2022, résolu

Wasim a-Sayed, qui avait cherché "des victimes juives" et qui avait tué Yehuda et Tamar Kaduri en 2019, a dit avoir été inspiré par l'État islamique

Wasim a-Sayed, 34 ans, un Palestinien de Hébron lié à l'État islamique, aurait commis trois meurtres à Jérusalem en 2019 et 2022. (Crédit : Police israélienne)
Wasim a-Sayed, 34 ans, un Palestinien de Hébron lié à l'État islamique, aurait commis trois meurtres à Jérusalem en 2019 et 2022. (Crédit : Police israélienne)

Le Palestinien qui aurait tué un couple de personnes âgées en Israël en 2019 aurait raconté l’attaque et ses motivations aux enquêteurs.

La police a annoncé jeudi que le mois dernier, elle avait résolu le dossier d’un double homicide – le meurtre de deux personnes âgées, Yehuda et Tamar Kaduri – ainsi que l’énigme du meurtre récent d’un ouvrier moldave.

Wasim a-Sayed, un Palestinien originaire de Hébron âgé de 34 ans, avait été arrêté récemment lors d’un incident sans lien avec ces affaires qui étaient encore non-résolues. Il s’est néanmoins avéré qu’il était responsable de la mort du couple Kaduri et de celle d’Ivan Tarnovski, qui avait été tué le 22 mars dernier à Jérusalem.

A-Sayed a déclaré aux enquêteurs qu’il avait été inspiré par l’État islamique avant le double meurtre de Jérusalem, en 2019, et qu’il s’était rendu dans la ville sainte pour y trouver des victimes juives, selon des informations qui ont été rendues publiques jeudi.

« J’avais décidé que j’allais assassiner des Juifs mais que je ne dirais rien à personne. Ces meurtres resteraient entre Dieu et moi-même. J’ai pris la décision de suivre la voie ouverte par l’État islamique. J’ai recherché des victimes juives. Je voulais tuer un homme ou une femme mais pas un enfant », a confié a-Sayed, selon la Treizième chaîne.

Il s’était donc rendu à Jérusalem, dans un secteur dans lequel il travaillait auparavant, et il avait recherché d’éventuelles victimes, agressant une adolescente de 14 ans dans l’escalier d’un bâtiment. A-Sayed avait essayé d’égorger la jeune fille mais le col de sa chemise l’avait sauvée et il avait pris la fuite, a révélé l’enquête. La victime n’avait été que légèrement blessée.

Tamar Kaduri, à gauche, avec son mari Yehuda, retrouvés morts à leur domicile d’Armon HaNatziv, le 13 janvier 2019. (Autorisation)

Vingt-quatre heures plus tard, a-Sayed était retourné dans le même secteur – dans le quartier Armon Hanatziv de la capitale – et il avait remarqué Yehuda Kaduri, un homme âgé qui portait la kippa, qui déchargeait ses courses du coffre de sa voiture et les faisait entrer chez lui.

A-Sayed avait attendu que Kaduri ressorte de l’immeuble et il y était entré avant de pénétrer dans l’appartement du vieil homme et de tuer Tamar, son épouse.

« Je l’ai attendu près des escaliers et au moment où je l’ai vu repartir pour chercher les courses, je suis entré dans l’appartement. Je suis allé dans la chambre à coucher, j’ai assassiné la femme et je me suis caché », aurait-il dit aux enquêteurs.

A-Sayed était resté dissimulé alors que Yehuda Kaduri rangeait les courses dans le réfrigérateur et qu’il mangeait un bol de pâtes froides. Cette mention des pâtes, au cours de l’interrogatoire, a été déterminante dans la mesure où elle a correspondu avec les éléments de preuve collectés par la police lors de l’enquête – et c’est ce qui a permis aux enquêteurs d’établir clairement la culpabilité du suspect.

Yehuda Kaduri s’était ensuite rendu dans la salle de bain et il avait trouvé a-Sayed dans l’appartement. Les deux hommes s’étaient battus et le Palestinien avait tué sa deuxième victime.

Après les meurtres, a-Sayed était resté pendant toute la nuit dans l’appartement.

« Je me suis lavé les mains dans l’évier. Je suis resté à l’appartement et j’étais fatigué. J’ai dormi toute la nuit sur le tapis, je me suis réveillé le lendemain matin, j’ai pris les clés et une pomme et je suis parti », a-t-il déclaré aux enquêteurs, selon la Treizième chaîne.

Un homme portant un sweat à capuche sur des images tournées par les caméras de surveillance dans le quartier Armon Hanatziv à Jérusalem, près de la scène d’un double meurtre, le 11 janvier 2019. (Capture d’écran : Twitter)

Les enquêteurs pensaient que l’attaque du couple et l’agression de la jeune fille étaient liées, mais l’adolescente n’avait pas réussi à identifier son assaillant.

La police avait aussi soupçonné les membres de la famille Kaduri au début de l’enquête. Elle a présenté ses excuses à ces derniers, a révélé la Douzième chaîne.

Les enquêteurs avaient initialement cru que le fils du couple, Nitai Kaduri, avait tué ses parents et elle avait traité la famille avec beaucoup de dureté, a expliqué cette dernière.

Shai Levy, l’avocat de la famille, a déclaré jeudi que « aujourd’hui, la police va présenter ses excuses à mes clients ».

« A l’époque, j’avais affirmé que les arrestations étaient impardonnables et aujourd’hui, des excuses vont être faites », a noté Levy devant les caméras de la Douzième chaîne.

Il n’y a pas eu d’excuses publiques.

Nitai Kaduri et son épouse avaient été interrogés par les policiers peu après le meurtre et remis en liberté, les enquêteurs n’étant pas parvenus à récolter de preuves les reliant aux homicides. Pour leur part, les suspects présumés avaient nié toute implication dans le dossier, affirmant que la police ne les avait pas tenus informés de manière appropriée sur l’évolution de l’enquête.

Un membre de la famille Kaduri réconforté par son avocat après sa libération décidée par la cour des magistrats de Jérusalem, le 5 mars 2019. (Crédit : Hadas Parush/Flash90)

A l’époque, Nitai Kaduri avait dit que « nous luttons contre quelque chose de difficile en plus de cette tragédie terrible, et les autorités nous opposent un manque total de transparence ».

« Ce qui comprend le fait de m’avoir emmené dans une salle d’interrogatoire seulement quelques minutes après que quelqu’un a pris la peine de me dire que mes parents étaient morts », avait-il ajouté.

Il avait raconté avoir été enfermé avec des criminels et des toxicomanes, et il avait indiqué que la police avait utilisé des tactiques « brutales » à son encontre, comme une incursion bruyante chez lui au beau milieu de la nuit et la saisie des voitures de la famille.

Les proches de Nitai Kaduri lui ont apporté son soutien jeudi, disant que son nom avait été enfin blanchi.

« Nitai, c’était ce gosse qui n’aurait pas fait de mal à une mouche », a confié sa tante, la sœur de Yehuda Kaduri, Rachel Levy, devant les caméras de la Douzième chaîne. « Jamais il n’aurait pu faire de mal à son père. Et personne n’en a douté une seule seconde dans la famille. »

Levy, l’avocat, a déclaré que la police avait informé la famille, il y a une semaine, que le dossier avait connu « des rebondissements spectaculaires », sans donner de détail. Les enquêteurs n’ont fait savoir que jeudi que le dossier avait été résolu et que l’auteur du double homicide avait été arrêté.

Levy a expliqué que la famille avait perdu confiance dans le système judiciaire.

Avant les derniers rebondissements, le dossier était considéré par les enquêteurs « comme l’un des plus difficiles à résoudre à Jérusalem au cours des dernières années ».

Avi Cohen, de la police de Jérusalem, parle aux médias au sujet du meurtre de Yehuda et de Tamar Kaduri à Jérusalem, le 14 avril 2022. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Après être tombés dans l’impasse en 2020 dans les investigations, les policiers avaient diffusé des images tournées par les caméras de surveillance la nuit des meurtres et ils avaient demandé l’aide des citoyens pour identifier le suspect. L’année suivante, ils avaient rendu public un portrait-robot.

Quand a-Sayed a été arrêté par la police des frontières au mois de mars, la police ignorait totalement qu’il était lié à l’affaire Kaduri et à celle du meurtre de l’ouvrier moldave, Tarnovski. Selon les forces de l’ordre, a-Sayed avait été initialement arrêté en possession d’un couteau alors qu’il tentait de franchir la barrière de sécurité.

Il avait été transféré au Shin Bet en raison de ses liens présumés avec l’État islamique. La police et l’agence de sécurité avaient ultérieurement établi qu’il était l’auteur des trois meurtres.

A-Sayed avait été libéré de détention administrative pour son affiliation présumée à Daesh quatre jours avant le meurtre de Tarnovski.

Il avait aussi été placé en détention administrative – une pratique controversée qui permet aux forces de sécurité de mettre en prison un suspect sans autre forme de procès – entre 2015 et 2018, toujours en raison de ses liens avec l’État islamique.

Il sera officiellement mis en examen dans les prochains jours.

L’annonce de son arrestation a eu lieu alors qu’Israël s’efforce de mener des opérations contre l’État islamique après la mort de six Israéliens au cours de deux attentats terroristes distincts, à Beer Sheva et à Hadera, qui avaient été commis par des partisans arabes israéliens du groupe jihadiste.

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