Le Mossad a-t-il tué un général russe qui aurait vendu un neurotoxique à Damas ?
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Le Mossad a-t-il tué un général russe qui aurait vendu un neurotoxique à Damas ?

Anatoly Kuntsevich, l’un des hommes derrière le 'Novichok', travaillait avec Damas – l’Etat juif avait mis en garde Moscou à de nombreuses reprises, en vain

Le stand du Mossad à Cybertech 2017 (autorisation: Gilad Kavalerchik)
Le stand du Mossad à Cybertech 2017 (autorisation: Gilad Kavalerchik)

Un général soviétique à l’origine du développement d’un agent neurotoxique meurtrier soupçonné d’avoir été utilisé lors d’un empoisonnement qui a eu lieu la semaine dernière au Royaume-Uni avait suscité l’inquiétude d’Israël dans les années 1990. L’Etat juif s’inquiétait de ce que ce haut-gradé tentait de vendre ses connaissances à la Syrie. L’homme était ultérieurement décédé dans des circonstances mystérieuses, selon des informations publiées vendredi.

Le général, Anatoly Kuntsevich, décrit comme un éminent spécialiste des armes chimiques, avait dirigé le développement par les Soviétiques d’un agent neurotoxique hautement redoutable appelé Novichok qui, selon le Royaume-Uni et l’UE, a été utilisé contre l’ancien agent Sergei Skripal et sa fille le 4 mars.

Dans le contexte de l’effondrement de l’Union soviétique, Kuntsevich avait commencé à vendre ses connaissances aux Syriens, selon des informations parues sur le site Ynet et livrées par le journaliste et auteur israélien Ronen Bergman dont le livre « Rise and Kill First: The Secret History of Israel’s Targeted Assassinations » a été publié en début d’année.

« Il semblerait que ses affaires avec les Syriens n’ont pas été une initiative gouvernementale mais plutôt une tentative de sa part de faire avancer ses propres intérêts », a écrit Bergman, disant que Kuntsevich avait reçu « d’importantes sommes d’argent ».

Israël avait mis en garde Moscou de manière répétée, mais en vain. « On estimait que le président russe Boris Yeltsin ne pouvait pas ou ne voulait pas intervenir », est-il écrit dans l’article.

Bergman cite le livre « The Volunteer », qui a été publié au Canada par Michael Ross, dans lequel ce dernier clamait être un agent du Mossad et disait qu’il avait mis en garde de manière répétée les responsables russes face aux activités de Kuntsevich. Sans résultats, une fois encore.

“Israël était furieux. Le 29 avril 2002, dans des circonstances qui restent inconnues, Kuntsevich est décédé lors d’un voyage reliant Alep à Moscou », a écrit Bergman. « Les Syriens ont paru croire que les renseignements israéliens avaient réussi à aller jusqu’à lui et à empoisonner le général ».

La Syrie avait accepté d’abandonner son arsenal chimique en 2013 quand le président américain d’alors, Barack Obama, avait menacé de frappes de missiles en riposte à une attaque chimique perpétrée sur une banlieue de Damas détenue par les rebelles pendant la guerre civile dans le pays. Cette attaque aurait tué plus de 1 000 personnes. Obama avait renoncé à évoquer d’éventuelles attaques contre la Syrie après que le président Bashar el-Assad a convenu d’abandonner ses armes.

La Syrie a toutefois été accusée à de multiples reprises d’avoir utilisé du chlore dans ses attaques.

L’attaque à l’agent neurotoxique, la semaine dernière, a été à l’origine d’un conflit majeur entre la Russie et le Royaume-Uni.

Skripal, ancien agent double russe, sa fille Yulia et un agent de la police britannique ont été empoisonnés à l’aide d’un agent neurotoxique rare et puissant. Skripal et sa fille sont dans un état critique et l’agent se trouve pour sa part dans un état grave.

La Russie a insisté sur le fait qu’elle n’avait aucune raison de prendre Skripal pour cible dans ce que le Royaume-Uni considère comme la première attaque de ce type en Europe depuis la Seconde guerre mondiale.

Skripal avait emmené sa fille, venue de Moscou pour une visite, à déjeuner avant que les deux ne s’effondrent sur un banc.

De nombreux russes restent sceptiques sur la responsabilité du gouvernement et certains analystes n’ont pas exclu l’implication de criminels ordinaires ou d’agents voyous.

Jeudi, le vice-ministre aux Affaires étrangères Sergei Ryabko a démenti que la Russie ait eu seulement un programme visant à développer l’agent Novichok.

« Je veux dire avec toute la certitude possible que l’Union soviétique ou la Russie n’ont pas eu le programme de développer un agent neurotoxique appelé Novichok », a-t-il dit à l’agence Interfax.

Il a critiqué ceux qui « distribuent l’information qu’un tel programme aurait existé », une référence apparente au chimiste soviétique Vil Mirzayanov, qui a révélé le premier l’existence de cette catégorie d’agents neurotoxiques hautement puissants.

Mirzayanov, qui vit dorénavant aux Etats-Unis, a expliqué que Moscou avait inventé ce produit durant la guerre froide et que la Russie le produisait dans un institut de la ville russe où lui-même travaillait, au début des années 1990.

« Nous avons arrêté toutes les recherches dans la sphère des nouveaux agents neurotoxiques militaires après avoir rejoint la Convention sur les armes chimiques et l’année dernière… toutes les réserves d’agents toxiques ont été détruites », a continué Ryabkov.

Il a expliqué que les Etats-Unis ont échoué à faire de même.

« J’espère que les débats autour de la tragédie à Salisbury ne seront pas un nouveau prétexte utilisé par les Etats-Unis pour s’éloigner de ce à quoi ils se sont engagés à faire dans le cadre de leurs propres obligations », a-t-il dit.

Dans un communiqué rare conjoint, le président américain Donald Trump, le président français Emmanuel Macron, la chancelière allemande Angela Merkel et la Première ministre britannique Theresa May ont estimé qu’il « n’y a pas d’explication alternative plausible » à la responsabilité des Russes.

Les leaders ont déclaré que l’usage des armes chimiques était « une agression contre la souveraineté du Royaume-Uni » et une « violation du droit international ».

Mercredi, May a expulsé 23 diplomates du Royaume-Uni, rompu des contacts de haut-niveau avec Moscou et a promis des actions publiques et couvertes suite à l’attaque, plongeant les relations entretenues entre les deux pays à un niveau jamais observé depuis la guerre froide.

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