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Le nouveau projet de Dany Tirza : investir dans la reconnaissance faciale

L'ancien colonel de l'armée israélienne et père de la barrière de sécurité développe une technologie, qui, selon ces détracteurs, pose des risques de violation de la vie privée

Dany Tirza, 63 ans, un ancien colonel de l'armée israélienne montre une carte alors qu'il s'adresse à l'AFP dans son bureau de l'implantation juive de Kfar Adumim en Cisjordanie, le 14 décembre 2021. Crédit :
Dany Tirza, 63 ans, un ancien colonel de l'armée israélienne montre une carte alors qu'il s'adresse à l'AFP dans son bureau de l'implantation juive de Kfar Adumim en Cisjordanie, le 14 décembre 2021. Crédit :

Contrairement à la barrière de sécurité, le nouveau projet de Dany Tirza ne requiert aucun ciment mais des caméras corporelles dotées d’une technologie de reconnaissance faciale.

Une technologie, considérée par ses détracteurs comme un outil de surveillance posant des risques de violation de la vie privée, qui est de plus en plus utilisée dans les appareils électroniques et déployée par plusieurs pays dans des aéroports pour vérifier l’identité de voyageurs.

Dany Tirza, ancien colonel de l’armée israélienne vivant dans l’implantation de Kfar Adumim, en Cisjordanie, s’est lui reconverti dans les affaires, à la tête de la société Yozmot qui développe des caméras corporelles permettant aux policiers de scanner une foule et d’identifier en temps réel des « suspects », même s’ils portent un masque.

« Les policiers sauront à qui ils ont affaire », estime l’homme de 63 ans, qui s’est associé avec la start-up israélienne Corsight AI, dont la technologie permet à ses clients de créer une banque de données, par exemple d’employés, ou de suspects recherchés par la police, pour ensuite identifier une personne dans une foule.

Remodeler

Estimé à environ 3,7 milliards de dollars en 2020, le marché en plein essor des technologies de reconnaissance faciale devrait dépasser les 11 milliards de dollars d’ici 2026, selon le cabinet Mordor Intelligence.

Face à la critique, de grands groupes comme Amazon, Microsoft, IBM et Meta ont arrêté ou gelé temporairement la vente de leurs logiciels de reconnaissance faciale aux forces de l’ordre.

Mais cet essor connaît quelques remous. Le mois dernier, la France a ordonné à la société de reconnaissance faciale Clearview AI de supprimer les données personnelles de ses citoyens, l’accusant d’atteinte à la vie privée en constituant des bases de données à l’aide d’images « ramassées » (grattées) sur internet.

Des agissements « odieux », souligne Rob Watts, PDG de Corsight AI, assurant que sa compagnie a refusé de vendre ses produits à la Russie, au Myanmar ou à la Chine, des ONG de défense des droits de l’Homme accusant Pékin d’utiliser la reconnaissance faciale pour surveiller les Ouïghours, une minorité musulmane.

Ces polémiques n’empêchent pas Dany Tirza de défendre le bien-fondé de sa caméra qu’il espère mettre au point d’ici un an et vendre aux services de police aux Etat-Unis et au Mexique, pays séparés par une longue barrière.

Dany Tirza, 63 ans, ancien colonel de l’armée israélienne, s’adresse à l’AFP alors qu’il se tient le long de la barrière de sécurité d’Israël , le 14 janvier 2022. Crédit : AHMAD GHARABLI / AFP

Barrière, mur ? Ces mots, Danny Tirza les connaît bien et de près. En 2002, en pleine seconde Intifada, l’armée israélienne avait demandé à cet expert en planification stratégique spatialisée, d’ériger « une barrière de sécurité » pour protéger l’Etat hébreu des incursions depuis la Cisjordanie.

Pour les Palestiniens, cette barrière qui s’étend sur plus de 500 km et faite de barbelés, clôtures électriques et de murs de béton atteignant jusqu’à neuf mètres de haut est l’un des symboles les plus honnis du contrôle israélien.

Mais pour Dany Tirza, elle a remodelé le conflit israélo-palestinien, en limitant le nombre d’attentats sur le sol israélien. Avant qu’elle ne soit érigée, « beaucoup de gens pensaient qu’on ne pouvait pas séparer » les deux peuples, dit-il.

Ficher les Palestiniens ?

Au cours des derniers mois, la société de cybersécurité israélienne NSO a été critiquée pour l’usage présumé de son logiciel Pegasus qui aurait permis d’espionner les numéros de journalistes, d’hommes politiques, de chefs d’entreprises, ou de militants palestiniens.

Cette illustration photographique de studio montre un smartphone avec le site web du groupe israélien NSO qui comporte le logiciel espion « Pegasus », exposé à Paris, le 21 juillet 2021. (Joel Saget/AFP)

Le groupe fondé par des vétérans du renseignement militaire israélien soutient que son logiciel – permettant de récupérer les messages, photos, contacts, et d’activer à distance les micros d’un smartphone – ne peut être vendu qu’à des Etats et avec l’approbation du ministère de la Défense.

En novembre « Breaking the Silence », une organisation israélienne controversée ayant recueilli des témoignages de soldats, a révélé que l’armée israélienne avait mis au point un système de reconnaissance faciale pour ficher des Palestiniens en Cisjordanie.

Sollicitée par l’AFP sur cette affaire, l’armée israélienne a dit mener des « opérations sécuritaires de routine » en Cisjordanie visant à « lutter contre le terrorisme ».

Et la société israélienne Oosto – nouveau nom d’Anyvision – a confirmé à l’AFP que ses logiciels étaient aujourd’hui utilisés par les forces de l’ordre aux points de passage par lesquels transitent les Palestiniens travaillant en Israël.

Pour Dany Tirza, qui doit traverser ces points de contrôle lorsqu’il se rend en Israël depuis son implantation, ce dispositif permet de « réduire les frictions entre les soldats et les gens sur le terrain ».

A l’opposé, le militant palestinien des droits numériques Nadim Nashif, dénonce lui un outil de « domination ». « Plutôt que de trouver une solution politique qui respecte les droits du peuple palestinien, il y a de plus en plus une tentative de contrôle ».

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