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Le nouveau super PAC vise l’élection de Démocrates noirs pro-Israël

Le groupe soutient 5 Démocrates noirs ayant des positions favorables à l’AIPAC et dépense beaucoup pour l'emporter sur Rashida Tlaib, critique la plus virulente d’Israël au Congrès

Bakari Sellers, avocat de Caroline du Sud et ancien législateur de l’État, s’entretient avec The Associated Press le 28 octobre 2021 à Charleston, S.C. (Crédit : AP Photo/Meg Kinnard)
Bakari Sellers, avocat de Caroline du Sud et ancien législateur de l’État, s’entretient avec The Associated Press le 28 octobre 2021 à Charleston, S.C. (Crédit : AP Photo/Meg Kinnard)

JTA – Un nouveau super PAC dirigé par des dirigeants « noirs et juifs » a décidé de soutenir cinq Démocrates noirs ayant des positions favorables à l’AIPAC, signe que les donateurs pro-israéliens sont déterminés à endiguer l’érosion du soutien à Israël parmi les Afro-Américains.

Dans sa déclaration de lancement du 27 mai, citée pour la première fois par Politico, le PAC Urban Empowerment Action ne mentionne pas Israël, affirmant « soutenir des candidats pragmatiques et constructifs au Congrès, dédiés à l’autonomisation éducative et à l’essor économique des communautés noires ». Il dit « compter sur le soutien de nombreux chefs d’entreprise, politiciens et responsables civils noirs et juifs ».

Pourtant, Bakari Sellers, commentateur politique présenté par le PAC comme porte-parole, a déclaré à Politico qu’Israël figurait « en haut de la liste » dans la décision du super PAC de soutenir Janice Winfrey, greffière de Detroit qui défie la Représentante démocrate sortante, Rashida Tlaib. Tlaib est la critique la plus virulente d’Israël au Congrès et la seule à dire ouvertement qu’il ne devrait pas exister en tant qu’État juif.

« Certes, ce n’est pas l’objectif principal », a assuré Sellers, ex-Représentant de l’État de Caroline du Sud, à propos d’Israël. Néanmoins, le document de lancement d’Urban Empowerment Action évoque les liens, aujourd’hui distendus, entre Noirs et Juifs, alors qu’ils étaient étroits à la grande époque de la lutte pour les droits civiques. Winfrey et les quatre autres candidats qu’il a soutenus, quant à eux, sont connus pour avoir des positions israéliennes proches de celles favorisées par l’American Israel Public Affairs Committee.

Sellers et le PAC n’ont pas répondu aux demandes de commentaires.

Le PAC prend pied après des années de tensions entre la communauté pro-israélienne de centre-droit et les législateurs démocrates noirs, encouragées par l’antagonisme entre l’ex-Premier ministre Benjamin Netanyahu et Barack Obama, le tout premier président américain noir. Les législateurs noirs en voulaient particulièrement à Netanyahu d’avoir accepté une invitation des Républicains à s’exprimer au Congrès, en 2015, pour critiquer la politique iranienne d’Obama. Cela avait été interprété comme un manque de respect.

Le président américain Barack Obama (à droite) et le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu pendant une réunion dans le bureau ovale de la Maison Blanche à Washington, le 9 novembre 2015. (Crédit : AFP / SAUL LOEB)

Depuis la défaite électorale de Netanyahu l’an dernier, le gouvernement israélien s’est engagé à rétablir de bonnes relations avec les Démocrates, et le mouvement pro-israélien dominant a fait de la culture du leadership politique noir une priorité. Un certain nombre de PAC pro-Israël ont apporté ces derniers mois un soutien significatif aux candidats noirs confrontés à des progressistes sceptiques quant à la profondeur des relations américano-israéliennes. Les donateurs pro-israéliens ont remporté des succès, entre autres, avec le représentant Shontel Brown dans l’Ohio, et avec deux candidats à la primaire en Caroline du Nord, Don Davis et Valerie Foushee.

Urban Empowerment Action s’est engagé à dépenser un million de dollars pour Winfrey. Les seules autres dépenses sont allées à la Représentante Nikema Williams en Géorgie, titulaire dans la région d’Atlanta qui n’a pas fait face à une opposition sérieuse lors de la primaire, ce mois-ci, et ne devrait pas être davantage inquiétée en novembre.

« Cet effort conjoint s’appuie sur la forte relation entre dirigeants afro-américains et juifs pour promouvoir toutes les communautés », a déclaré Sellers dans le document de lancement.

« L’histoire nous enseigne que lorsque les communautés noires et juives s’unissent pour lutter pour des idéaux communs, nous apportons un changement positif à la société. »

Le seul donateur du PAC dont l’identité ait été révélée est Third Point LLC, un fonds spéculatif basé à New York, dirigé par Daniel Loeb, qui donne prioritairement aux Républicains. Third Point a ainsi donné 76 355 $ à Urban Empowerment Action. La femme de Loeb, Margaret, donne pour sa part principalement aux Démocrates. Les Super PAC peuvent solliciter et dépenser des montants illimités tant qu’ils ne se coordonnent pas directement avec une campagne.

L’AIPAC PAC, le nouveau comité d’action politique affilié, soutient Williams. Un autre PAC pro-israélien, Pro-Israel America, fondé par deux anciens cadres supérieurs de l’AIPAC, soutient Winfrey.

Le PAC affilié à la Majorité démocratique pour Israël, qui s’appuie sur des positions pro-israéliennes traditionnelles, soutient deux candidats promus par Urban Empowerment Action : Randolph Bracy, qui se présente au siège laissé vacant par le Représentant de Floride, Val Demings, candidat au Sénat américain, et Sydney Kamlager, qui se présente dans un district de la région de Los Angeles au siège laissé vacant par la Représentante Karen Bass, candidate à la mairie de Los Angeles.

Une autre partisane de l’Urban Empowerment Action, Nykea Pippion-McGriff, se présente dans une primaire très ouverte, pour succéder au Représentant Bobby Rush, Démocrate de la région de Chicago qui prend sa retraite.

Tlaib est l’unique titulaire que le nouveau PAC cherche à renverser. Elle a d’ailleurs immédiatement présenté la décision d’Urban Empowerment Action de la prendre pour cible comme une tentative extérieure de la destituer en raison de ses idées pro-palestiniennes. Tlaib est Américaine, d’origine palestinienne.

La représentante Rashida Tlaib, Démocrate du Michigan, écoute lors d’une audience de la commission de la Chambre sur le contrôle et la réforme, au Capitole, à Washington, le 12 février 2020. (Crédit : Alex Brandon/AP)

« Nous allons l’emporter sur ceux qui ne veulent pas voir quelqu’un comme moi au Congrès américain », a-t-elle déclaré sur Twitter. « Personne ne m’intimidera et ne m’empêchera de dire la vérité. »

Tlaib et un certain nombre d’autres progressistes, menés par le sénateur Bernie Sanders, le législateur juif du Vermont deux fois candidat à l’investiture présidentielle démocrate, ont demandé aux Démocrates de s’engager à ne pas solliciter de fonds du super PAC.

Ces progressistes ont fait valoir que les super PAC, dont le United Democracy Project affilié à l’AIPAC, étaient préjudiciables à la démocratie du fait des sommes phénoménales qui étaient injectées et que l’AIPAC PAC soutenait des dizaines de Républicains qui avaient refusé de certifier l’élection de Joe Biden. L’AIPAC note que son PAC soutient des progressistes, des Démocrates et des Républicains modérés.

Pendant des années, Sellers a été proche de la communauté pro-israélienne et a participé aux conférences de l’AIPAC. Dans l’interview donnée à Politico, il a déclaré que l’Urban Empowerment mettait l’accent sur le maintien d’une présence noire au Congrès, avec une attention toute particulière à ce que les titulaires noirs qui quittent la Chambre soient remplacés par des Noirs.

Tlaib a succédé à un Noir, membre de longue date du Congrès, John Conyers, démissionnaire à la suite d’un scandale. La Représentante Brenda Lawrence, seule membre noire du Congrès de l’État, prend sa retraite et l’État comptant l’une des communautés afro-américaines les plus importantes du pays pourrait bientôt ne plus avoir de représentant noir au Congrès, a relevé Sellers.

« Nous voulons voir au Congrès des gens qui ont une réelle attention et une compréhension profonde du sort des Afro-Américains et de leurs intérêts », a conclu Sellers.

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