Le plus grand mémorial de la Shoah au monde pour le ravin ukrainien de Babi Yar
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Le plus grand mémorial de la Shoah au monde pour le ravin ukrainien de Babi Yar

Le site du massacre principal de la "Shoah par balles", qui s’étend sur 150 hectares, deviendra le plus grand mémorial mondial du génocide juif

Plans du nouveau complexe commémoratif de Babi Yar à Kiev, en Ukraine. (Autorisation : BYHMC)
Plans du nouveau complexe commémoratif de Babi Yar à Kiev, en Ukraine. (Autorisation : BYHMC)

Revenant sur le plan de construction d’un musée central sur le site du plus grand massacre en plein air de la Shoah, le Babi Yar Holocaust Memorial Center (BYHMC) a annoncé le 21 janvier son intention de construire douze bâtiments sur les 150 hectares du ravin remblayé de Kiev où plus de 100 000 personnes ont été massacrées pendant la Seconde Guerre mondiale.

Les 29 et 30 septembre 1941, des nazis et leurs collaborateurs ukrainiens ont assassiné 33 771 Juifs au « Ravin de grand-mère » en périphérie de la capitale ukrainienne. Au cours des trois années suivantes, encore 70 000 personnes ont été assassinées à Babi Yar, dont des Juifs, des résistants ukrainiens, des Roms et des personnes handicapées.

« Actuellement, il y a beaucoup trop de gens qui ignorent la nature de ce lieu », a déclaré le directeur artistique du BYHMC Ilya Khrzhanovsky au Times of Israël. « Si vous visitez Babi Yar aujourd’hui, vous verrez des familles venues se divertir et jouer comme s’il s’agissait d’un parc ordinaire. »

Parlant de Babi Yar comme « du plus grand charnier d’Europe », le mémorial a déclaré que « le nouvel ensemble de musées transformera la zone d’un lieu de terreur et de meurtre, en un lieu de paix et de tranquillité. »

À titre de comparaison, le complexe israélien de Yad Vashem fait environ un huitième de la taille du complexe prévu à Kiev.

Après le massacre de masse de 33 771 Juifs à Babi Yar, Ukraine, septembre 1941. (Domaine public)

L’un des nouveaux musées commémorera « la Shoah par balles » au cours de laquelle 1,5 million de Juifs ont été assassinés en Ukraine et en Europe de l’Est. Au cours de cette phase initiale du génocide, les unités allemandes « Einsatzgruppen » se sont associées à des collaborateurs locaux pour assassiner les Juifs de leurs communautés.

En plus des quelques musées, le projet prévoit une structure listant les noms des victimes et un « centre religieux / spirituel » avec une synagogue, une église et une mosquée. Il y aura également sur le site des centres de recherche et d’éducation.

En tant que président du conseil d’administration du BYHMC, l’icône israélienne des droits de l’homme Natan Sharansky a personnellement fait l’expérience de l’entreprise de suppression de la mémoire de la Shoah. Ayant grandi en Ukraine à l’époque soviétique, Sharansky n’a rien appris des événements de Babi Yar.

Plan du complexe commémoratif de Babi Yar. (Autorisation : BYHMC)

« Le concept qui a été présenté est à la fois très intéressant et remarquable », a déclaré Sharansky. « La conception prévoit un musée et un centre éducatif qui seront non seulement de grande qualité, mais également différents des nombreux autres musées de la Shoah. De ce fait, il contribuera à combler une lacune dans le domaine des études sur l’Holocauste. »

Les concepteurs du mémorial prévoient quinze sites thématiques en lien avec le lieu du massacre et à la suppression mémorielle qui a suivi. Les sites seront reliés par un chemin sinueux évoquant l’ancienne topographie du système de ravins.

« Lorsque vous visitez Babi Yar, les endroits les plus puissants sont ceux d’où vous pouvez voir des ravins bruts, très similaires à ceux où les fusillades ont eu lieu, qui ont été remplis [de déchets industriels] à l’époque soviétique », a déclaré Khrzhanovsky. « En utilisant la géographie et la topographie de la région, nous sommes en mesure de créer un voyage physique et émotionnel pour les visiteurs », a déclaré le réalisateur.

Au lendemain du massacre de Babi Yar à Kiev, 29-30 septembre 1941, simulation du Center for Spatial Technologies pour le BYHMC. (Autorisation : BYHMC)

L’« aktion » allemande de 1941 au ravin de Babi Yar fut le premier massacre en plein air à avoir lieu dans une capitale européenne. Des milliers d’Ukrainiens ont regardé les victimes être entassées dans le ravin, voire ont participé au massacre en tant que gardes, chauffeurs, cuisiniers, nettoyeurs ou autres, comme le montre le père Patrick Desbois.

« Le calme de Babi Yar »

Comme pour la plupart des projets de grande échelle de commémoration de la Shoah, tout le monde n’est pas d’accord.

« Pour moi, le pouvoir et l’importance des images d’une mémoire et d’un héritage aussi douloureux sont dans leur authenticité et leur état brut », a déclaré Jonny Daniels, fondateur et président de l’organisation mémorielle de la Shoah From the Depths, basée en Pologne.

Dans le passé, Daniels a critiqué ce qu’il considère comme le « surdéveloppement » des sites de massacre de l’Holocauste, notamment la construction sur le site Sobibor en Pologne.

« Bien qu’il soit évidemment très important de construire des mémoriaux, je crains que ces lieux ne soient noyés sous les monuments, lieux de culte et autres bâtiments », a déclaré Daniels au Times of Israël. « Pour moi, le calme de Babi Yar est ce qui me touche le plus », a déclaré Daniels.

Après le massacre de masse de 33 771 Juifs à Babi Yar, Ukraine, septembre 1941. (Domaine public)

Le BYHMC mène des recherches sur le massacre depuis plusieurs années. Jusqu’à présent, 20 000 noms de victimes inconnues jusqu’ici ont été retrouvés et vérifiés. Pour la première fois, les scientifiques ont identifié la zone relativement réduite – environ 500 pieds de long – des exécutions et de la fosse commune de 1941.

« Il est important de comprendre que nous considérons Babi Yar comme un espace absolument sacré », a déclaré Khrzhanovsky. « C’est même ce qui caractérise notre approche. »

Selon Khrzhanovsky, il n’y aura pas de construction là où les meurtres ont été commis. Certains bâtiments prévus pour le complexe seront construits sur des plates-formes hors-sol afin de préserver les vestiges archéologiques en dessous, a-t-il ajouté.

D’ici l’automne, une série d’activités vont être organisées pour commémorer le 80e anniversaire du massacre de Babi Yar. La synagogue et un espace d’exposition devraient être achevés d’ici là pour accueillir le principal événement commémoratif de septembre.

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