Le pouvoir polonais vérifiera les dernières restitutions de biens à Varsovie
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Le pouvoir polonais vérifiera les dernières restitutions de biens à Varsovie

L'opposition dénonce une mesure politique à son encontre, au lieu d'une volonté de rendre justice aux personnes spoliées

Le centre de la vieille ville de Varsovie. Illustration. (Crédit : Shmuel Bar-Am)
Le centre de la vieille ville de Varsovie. Illustration. (Crédit : Shmuel Bar-Am)

Les conservateurs au pouvoir en Pologne ont décidé vendredi de passer au crible les dernières restitutions, souvent controversées, de biens immobiliers d’avant 1945 à Varsovie, une opération que l’opposition libérale croit dirigée contre elle.

Ces biens avaient été spoliés par le pouvoir communiste en 1945 et restitués ces dernières années par la justice, alors que les libéraux étaient au pouvoir. La mairie de Varsovie qui y a joué un rôle important est toujours dirigée par la vice-présidente de la Plateforme civique (PO, libéral) Hanna Gronkiewicz-Waltz.

Un certain nombre de terrains et d’immeubles, représentant souvent des millions d’euros, ont été récupérés par des « chasseurs de droits d’héritage », avec l’aide de fonctionnaires soupçonnés de corruption.

« Il faut punir les responsables des fraudes », a déclaré Patryk Jaki, vice-ministre de la Justice pressenti pour présider la commission de vérification dont la création a été votée vendredi par le parlement. « Le bon temps pour les malins et les malfaiteurs est révolu ».

Des ONG et des médias polonais ont récemment mis au jour des scandales de re-privatisation, révélant l’existence de lobbys de cabinets d’avocats, anciens propriétaires et sociétés immobilières qui avaient réussi, parfois frauduleusement, à s’emparer de terrains ou immeubles dans la capitale polonaise.

Cinq personnes, dont un avocat connu de Varsovie et un haut responsable de la mairie ont été arrêtées et accusées d’irrégularités.

La commission aura de vastes pouvoirs, dont ceux d’annuler une décision de restitution ou d’en suspendre une en cours.

L’opposition a vu dans la commission une arme contre elle. « Cela a l’air d’un tribunal d’inquisition », a déclaré le député libéral Andrzej Halicki (PO). « Il ne s’agit pas de faire la justice mais de donner l’impression qu’on fait la justice. »

Selon Me Andrzej Herman, avocat spécialisé dans les restitutions, « cette commission est une arme disproportionnée par rapport aux outils juridiques existants. C’est comme si on voulait tuer une mouche avec un canon », a-t-il déclaré à l’AFP.

Pour Wojciech Gruszczynski, de l’association Dekretowiec qui regroupe les anciens propriétaires spoliés, « c’est une arme purement politique qui n’a pas pour but de régler le vrai problème de restitution mais d’attaquer les adversaires politiques. »

Depuis le retour à la démocratie en 1989, aucun gouvernement n’a jamais réussi à régler le problème de manière globale, y compris pour les biens de la communauté juive ayant en majorité péri dans l’Holocauste.

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